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Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 14 : IN NATALICIIS SANCTORUM QUALITER AGANTUR VIGILIAE 14 - LA MANIÈRE DE CÉLÉBRER LES VIGILES AUX ANNIVERSAIRES DES SAINTS
In sanctorum vero festivitatibus, vel omnibus sollemnitatibus, sicut diximus dominico die agendum, ita agatur, excepto quod psalmi aut antiphonae vel lectiones ad ipsum diem pertinentes dicantur; modus autem suprascriptus teneatur AUX FÊTES DES SAINTS et à toutes les solennités, on fera comme nous l’avons dit pour le dimanche, sauf qu’on prendra les psaumes, les antiennes et les lectures se rapportant au jour même, tout en gardant la mesure prescrite ci-dessus.
Des trois formes d’offices : le férial, le dominical et le festif, N. B. Père a déjà déterminé les deux premières, quant aux Vigiles et aux Matines ; il lui suffit maintenant de quelques lignes pour régler l’office festif, parce qu’il l’assimile à celui du dimanche. Le titre du chapitre restreint aux seules Vigiles l’assimilation, à tort peut-être, car saint Benoît s’exprime d’une manière générale, sans distinguer entre les Vigiles et les Matines ; il ne parlera pas davantage des particularités de l’office festif aux Heures du jour ; aussi bien c’était pour les Vigiles surtout qu’il importait de fixer la mesure, modus, la quantité de la psalmodie et des lectures. Nous pouvons d’autant plus regretter l’extrême concision de N. B. Père que nous sommes insuffisamment renseignés par ailleurs sur l’office festif chez les moines d’alors.
Pour les fêtes du temps, pour les solennités commémoratives des mystères du Seigneur : Pâques, Noël, l’Épiphanie, etc. (celles que veut probablement désigner saint Benoît en écrivant : vel omnibus solemnitatibus), le calendrier monastique s’était adapté dès l’origine au calendrier des églises séculières. Il n’en va pas de même pour les fêtes des saints. Quelques-unes, il est vrai, celles par exemple des saints Pierre et Paul, de saint Étienne, des saints Jacques et Jean, de saint André, de saint Jean-Baptiste, etc., furent de bonne heure communes à toute la chrétienté ; mais primitivement les fêtes des martyrs et celles, un peu plus tardives, des confesseurs ne se célébrèrent que dans les églises ou elles avaient une attache topographique, là du moins où les appelait un motif local précis. Les églises monastiques, étant dépourvues d’ordinaire de semblables traditions, avaient peu de natales à commémorer ; et c’est sans doute ce qui explique le silence des anciennes Règles orientales sur ce point. Parfois. les moines accouraient de leurs solitudes pour fêter un saint martyr avec les clercs et les fidèles ; c’est ainsi que la pèlerine Eucheria eut la joie inattendue de contempler et d’entretenir, à Charra, en Mésopotamie, tous les moines de la région, qui avaient dû s’y rassembler pour l’anniversaire du moine martyr Helpidius : Audieram eos, écrit-elle, eo quod extra diem Paschae et extra diem banc non eos descendere de locis suis. Dans la Règle de saint Césaire éditée par les Bollandistes, il y a des dispositions liturgiques spéciales non seulement pour le dimanche et pour les jours ordinaires, privatis diebus, mais pour Pâques, Noël, l’Épiphanie, pour les solennités, pour “ tous les jours de fête , spécialement pour les fêtes des Martyrs : Quando festivitates Martyrum celebrantur, prima missa (lectio) de Evangeliis legatur, reliquae de passionibus Martyrum.
Le calendrier monastique s’enrichissait donc peu à peu et se calquait sur celui des églises séculières, desservies. parfois d’ailleurs par des moines ou ayant à côté d’elles un monastère. Si N. B. Père n’a pas innové de tous points relativement au culte des saints, il lui à du moins assuré une place d’honneur et une place régulière dans la liturgie proprement monastique. Nous savons par saint Grégoire qu’en prenant possession du Mont Cassin saint Benoît dédia un oratoire à saint Jean-Baptiste et un autre à saint Martin de Tours ; c’est en face des reliques qu’il nous fait émettre profession, et les saints sont invoqués comme les témoins authentiques de nos engagements.
Aux fêtes des saints et dans toutes les solennités, on célébrera l’ŒUVRE de Dieu (agendum, ita agatur) de la même manière qu’il a été réglé plus haut pour le dimanche : en toute saison trois nocturnes, douze leçons, douze répons. Mais saint Benoît ajoute une clausule, qui limite et réduit l’assimilation de l’office festif à l’office dominical : il aura ses psaumes, ses antiennes et ses leçons propres (remarquez qu’il n’est question ni des répons, ni des hymnes). De longues discussions se sont élevées parmi les commentateurs sur l’interprétation des mots : ad ipsum diem pertinentes. Sont-ce les psaumes, antiennes et leçons de la férie, ou bien les psaumes, antiennes et leçons assignés spécialement à la fête ? D. Calmet est plutôt favorable à la première opinion ; D. Mège est décidément pour la seconde ; D. Martène, tout en reconnaissant la valeur des arguments fournis par les tenants de cette dernière, laisse à chacun la liberté d’apprécier et ne conclut pas.
Grammaticalement, le texte se prête à l’une et à l’autre interprétation. Il faut donc chercher une solution ailleurs. Saint Benoît, au chapitre XVIII, réclame de tous ses fils la récitation intégrale du Psautier en une semaine ; et il ne s’agit pas d’un nombre de cent cinquante psaumes, quels qu’ils soient, mais des cent cinquante psaumes dont se compose le Psautier. Or, ceci ne pouvait avoir lieu qu’à la condition que l’on récitât aux nocturnes des saints les psaumes de la férie correspondante. A ceux qui répondent “ que saint Benoît a voulu parler conditionnellement et supposé qu’il ne se trouverait pas de fête dans la semaine , D. Calmet réplique : “ Avec de pareilles suppositions, que ne peut-on pas faire dire à un auteur ? ” Pour saint Benoît, la psalmodie est vraiment l’ossature immuable de l’office divin, et s’il laisse à l’Abbé la faculté de donner une distribution du Psautier meilleure que la sienne, encore veut-il, répétons-le, que tout le Psautier soit récité chaque semaine. La physionomie festive était suffisamment accusée par ce qu’avait de spécial le dessin de l’office, copié sur celui du dimanche, et par certaines parties propres. Actuellement encore, les petites Heures ne gardent-elles pas immuable leur psalmodie même aux jours festifs, et la récente réforme du Bréviaire romain n’a-t-elle pas combiné l’office férial avec celui des fêtes ? Nous ne pouvons pas d’ailleurs, selon la remarque de D. Calmet, chercher des arguments solides en faveur de l’une ou de l’autre interprétation de notre texte dans les usages postérieurs à saint Benoît, fessent-ils très anciens, ni dans une législation monastique ou ecclésiastique plus récente.
A ceux qui entendent l’ad ipsum diem de la férie correspondante, on fait encore l’objection suivante : saint Benoît parle des psaumes comme il parle des antiennes et des leçons, il énumère ces éléments sans distinguer leur condition est donc la même. Or, il semble bien qu’aux jours de fête on ne pouvait dire ni les antiennes du Psautier, ni les leçons de la férie car aux féries d’hiver il n’y a que trois leçons et une seule aux féries d’été, or l’office festif nous en réclame douze ; d’autre part, aux féries il n’y a d’antiennes proprement dites qu’au premier nocturne, or l’office festif en réclame pour deux nocturnes : donc, on ne disait pas plus les psaumes de la férie que les antiennes et les leçons de cette même férie. D. Calmet répond en contestant la mineure ; “ on tirera les leçons, dit-il, des mêmes livres d’où sont tirées celles que l’on dit les jours de férie ; et au lieu de trois, on en dira douze ; pour les antiennes, ou l’on prendra celles de la férie même, ou l’on les tirera d’un antiphonier commun, de même que les répons ; et ce sera un livre où ces sortes de choses sont recueillies, car on ne peut douter qu’au temps de saint Benoît et depuis il n’y ait eu des psautiers, des lectionnaires, des antiphoniers et des recueils de répons... ”. On serait plutôt tenté d’accorder que les leçons, comme les cantiques, comme peut-être aussi les antiennes, étaient en effet propres à la fête et désignés par l’usage et la volonté de l’Abbé, mais en contestant que les psaumes aient nécessairement la condition des éléments avec lesquels ils sont énumérés : saint Benoît aurait voulu simplement, dans cette clausule, distinguer la liturgie festive de la liturgie dominicale, sauf pour chacun de ces éléments à être déterminé par le procédé qui lui convient. Par malheur, dans cette explication, l’ad ipsum diem a un sens indécis ou plutôt un double sens, puisqu’il signifie tantôt la férie et tantôt la fête.
Peut-être vaut-il mieux admettre que psaumes, antiennes et leçons sont de la fête. Il en allait de même dans les liturgies milanaise et romaine, connues de saint Benoît ; nos communs des saints, au moins celui des martyrs, ont été originairement des offices propres. Eucheria signale comme intéressante cette coutume de l’église de Jérusalem d’approprier les textes liturgiques au mystère du jour : Hoc auteum inter omnia satis praecipuum est, quod faciunt, ut psalmi vel antiphonae apti semper dicantur, tam qui nocte dicuntur, tam qui contra mature ; tam etiam qui per diem vel sexta sut nova vel ad lucernare semper ita apti et ita rationabiles ut ad ipsam rem pertineant, quae agitur.
D’après la Règle du monastère de saint Césaire, certaines leçons, nous l’avons vu, sont empruntées à la Passion des martyrs dont on célèbre la fête ; le même document contient la disposition suivante : Cunctis diebus festis ad Duodecimam psalmi qui ad Tertiam dicendi sont, antiphonae tres jungantur, lectiones vero de re, hoc est de ipsa festivitate dicantur. N’est-il pas assez naturel de croire que N. B. Père adopta des usages analogues ? Il pouvait même prescrire une psalmodie festive sans sacrifier le grand principe du chapitre XVIII relatif à la récitation hebdomadaire du Psautier, puisque les fêtes étaient alors des exceptions et assez rares. ll conclut en rappelant que la forme de l’office festif, son dessin général, le nombre et l’ordonnance de ses éléments doivent être ceux de l’office dominical, quels que soient la fête et le jour où elle, tombe, et ses parties propres. On ne connaissait donc pas à l’origine les offices festifs à trois leçons.
Les textes français proposés ont pour seul but une meilleure compréhension des textes latins. Ils ne doivent pas être utilisés dans la liturgie en Français.
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