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Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 18 : QUO ORDINE IPSI PSALMI DICENDI SUNT (d) 18 - L’ORDONNANCE DES PSAUMES (d)
Hoc praecipue commonentes ut, si cui forte haec distributio psalmorum displicuerit, ordinet si melius aliter iudicaverit, dum omnimodis id adtendat ut omni hebdomada psalterium ex integro numero centum quinquaginta psalmorum psallantur, et dominico die semper a caput reprehendatur ad vigilias. Quia nimis inertem devotionis suae servitium ostendunt monachi qui minus a psalterio cum canticis consuetudinariis per septimanae circulum psallunt, dum quando legamus sanctos patres nostros uno die hoc strenue implesse, quod nos tepidi utinam septimana integra persolvamus. L’ordonnance de la psalmodie de jour étant ainsi faite, tous les psaumes qui restent seront également répartis entre les sept vigiles nocturnes, de manière à diviser ceux qui sont les plus longs et à en établir douze pour chaque nuit. Nous faisons surtout la recommandation suivante : si jamais cette distribution des psaumes déplaît à quelqu’un, qu’il en adopte une autre jugée par lui meilleure, pourvu qu’il veille, en tout cas, à ce qu’on chante chaque semaine intégralement le psautier de cent cinquante psaumes et que, le dimanche aux vigiles, on le reprenne toujours au commencement. « Car ils montrent vraiment par trop de lâcheté dans le service qu’ils ont voué, les moines qui, au cours d’une semaine, psalmodient moins d’un psautier avec les cantiques habituels. Nous lisons que nos saints Pères accomplissaient vaillamment en un jour cette tâche ; nous, dans notre tiédeur, puissions-nous nous en acquitter en une semaine entière!
Telle sera la psalmodie des offices du jour. Les sept Vigiles nocturnes se partageront tous les autres psaumes, tous ceux qui n’ont pas encore reçu d’affectation. Cette répartition se fera de façon égale, à raison de douze psaumes chaque nuit. Il nous reste la portion du Psautier qui va du XXe au CVIIIe, soit quatre-vingt-neuf psaumes ; et, puisqu’il nous en faut quatre-vingt-quatre, ce serait trop, si le psaume XCIV n’était retenu comme invitatoire, le XCe comme second psaume de Complies et douze autres pour les Laudes. Mais, cette soustraction faite, nous sommes en déficit de neuf psaumes : nous nous tirerons d’affaire en divisant “ en deux Gloria ”, comme disait plus haut saint Benoît, neuf des plus longs psaumes. La Règle ne les désigne pas ; ce sont, d’après l’usage bénédictin, les psaumes XXXVI, LXVII, LXVIII, LXXVIl, LXXXVIII, CIII, CIV CV, CVI. C’est au CVIIIe inclusivement que s’arrête aussi, dans les liturgies ambrosienne et romaine, la psalmodie des Vigiles.

Nous faisons surtout la recommandation suivante : si jamais cette distribution des psaumes déplaît à quelqu’un, qu’il en adopte une autre jugée par lui meilleure, pourvu qu’il veille, en tout cas, à ce qu’on chante chaque, semaine intégralement le psautier de cent cinquante psaumes et que, le : dimanche aux vigiles, on le reprenne toujours au commencement. Car ils, montrent vraiment par trop de lâcheté dans le service qu’ils ont voué, les moines qui, au cours d’une semaine, psalmodient moins d’un psautier avec les cantiques habituels.

Saint Benoît ne se flatte point d’avoir donné la meilleure distribution possible du Psautier. Mais, avec une parfaite humilité et déférence pour la pensée d’autrui, il avertit de façon instante, praecipue, que si quelqu’un de ses successeurs (il ne peut s’agir des simples moines) vient à trouver un ordre qui lui semble préférable, il l’adopte sans scrupule. Alors que les dispositions liturgiques n’avaient pas encore été définitivement consacrées par l’Église, quelques Abbés profitèrent de la licence donnée par N. B. Père. Il fallut que des conciles, comme ceux d’Aix-la-Chapelle de 802 et de 817, rappelassent les communautés monastiques à l’observation pure et simple de la Règle. Même pour la distribution du Psautier, I’œuvre de saint Benoît est fort sage ; s’il y a quelque complication dans l’agencement des psaumes, il faut reconnaître du moins qu’au point de vue de la longueur des offices, toutes les parties sont heureusement balancées et équilibrées .
Le seul point qui semble essentiel à saint Benoît, et que toute combinaison quelle qu’elle soit devra, par-dessus tout, sauvegarder, c’est que chaque semaine nous épuisions le Psautier entièrement, c’est-à-dire l’intégrité de ses cent cinquante psaumes, pour en recommencer la série tous les dimanches, aux Vigiles. Il est facile de reconnaître ce qui a guidé N. B. Père, ce qui a guidé l’Église romaine : le Souverain Pontife l’a rappelé naguère dans la constitution Divino afflatu. Le Psautier a été créé par Dieu même pour être à jamais le formulaire authentique de la prière. C’est avec ces pensées-là, avec ces accents-là que Dieu a voulu être loué et honoré. Les psaumes traduisent les sentiments les plus profonds, les plus variés les plus délicats du cœur de l’homme, et répondent à tous ses besoins. Ils ont servi aux justes de l’Ancien Testament, ils ont servi aux Apôtres et aux saints de tous les âges. Mais ils ont erré sur d’autres lèvres encore ils ont été dits et redits par Notre-Dame et par le Seigneur. Dans les pèlerinages à Jérusalem, le Seigneur et sa Mère et saint Joseph chantaient les psaumes graduels. Certains auteurs ont pensé que le Seigneur récitait le Psautier chaque jour et qu’il n’avait fait, pendant la Passion, que poursuivre sa prière, lorsqu’il dit, élevé en croix : Deus meus, Deus meus, ut quid dereliquisti me, et encore : In manus tuas commendo spiritum meum.
Peut-être, au temps de saint Benoît, des moines avaient-ils commencé à réduire leur psalmodie. Dire dans le cours d’une semaine le Psautier avec les cantiques d’usage, c’est là, ajoute-t-il, un minimum de courage, chez ceux qui sont les ouvriers de la prière. Ils feraient vraiment preuve de trop d’inertie et de nonchalance dans le service divin qu’ils ont voué, les moines qui demeureraient en deçà.

Alors que nous lisons de nos saints Pères qu’ils remplissaient vaillamment en un jour cette tâche d’un Psautier, puissions-nous du moins, nous autres peu fervents, l’accomplir au cours de la semaine entière.

Cette humble remarque de N. B. Père a pour dessein d’encourager ses fils à ne rien diminuer d’un office divin accommodé avec tant de condescendance aux forces de tous, et qui est une sage moyenne : mais elle ne peut vouloir suggérer une dépréciation du cursus qu’il vient d’établir, ni provoquer des initiatives et des modifications indiscrètes. Le nos tepidi de saint Benoît a pourtant excité plus d’une fois l’émulation de certains religieux ou de Congrégations entières ; et les offices se surajoutèrent aux offices. Il va de soi que la dévotion privée peut se donner carrière, sous la guide de l’obéissance ; un disciple de saint Pierre Damien, saint Dominique l’encuirassé, parvint même à réciter douze Psautiers et demi en vingt-quatre heures, tandis qu’il se donnait, à deux mains, la discipline. “Mais ces exemples, conclut D. Calmet, sont plus dignes d’admiration que d’imitation, et la trop grande prolixité des offices a été désapprouvée par plusieurs personnes très judicieuses.
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