Evangile commenté du mercredi 13 décembre 2017 - Ste Lucie, vierge et martyre

Hebdomada II Adventus IIème semaine de l'Avent
Feria IV Mercredi
S. Luciae, virginis et martyris Ste Lucie, vierge et martyre
Memoria Mémoire
Evangelium Evangile
Léctio sancti Evangélii secúndum Mattháeum (25,1-13)
In illo tempore: Dixit Iesus discipulis suis parabolam hanc: Símile erit regnum caelórum decem virgínibus, quae accipiéntes lámpades suas exiérunt óbviam sponso. Quinque autem ex eis erant fátuae, et quinque prudéntes. Fátuae enim, accéptis lampádibus suis, non sumpsérunt óleum secum; prudéntes vero accepérunt óleum in vasis cum lampádibus suis. Moram autem faciénte sponso, dormitavérunt omnes et dormiérunt. Média autem nocte clamor factus est: ‘Ecce sponsus! Exíte óbviam ei.’ Tunc surrexérunt omnes vírgines illae et ornavérunt lámpades suas. Fátuae autem sapiéntibus dixérunt: ‘Dáte nobis de óleo vestro, quia lámpades nostrae exstinguúntur.’ Respondérunt prudéntes dicéntes: ‘Ne forte non suffíciat nobis et vobis, ite pótius ad vendéntes et émite vobis.’ Dum autem irent émere, venit sponsus, et quae parátae erant, intravérunt cum eo ad núptias; et clausa est iánua. Novíssime autem véniunt et réliquae vírgines dicéntes: ‘Dómine, dómine, áperi nobis.’ At ille respóndens ait: ‘Amen dico vobis: Néscio vos.’ Vigiláte ítaque, quia nescítis diem neque horam. En ce temps là : Jésus dit à Ses disciples cette parabole : le royaume des Cieux sera semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, allèrent au-devant de l’époux et de l’épouse. Or, cinq d’entre elles étaient folles, et cinq étaient sages. Les cinq folles, ayant pris leurs lampes, ne prirent pas d’huile avec elles ; mais les sages prirent de l’huile dans leurs vases avec leurs lampes. L’époux tardant à venir, elles s’assoupirent toutes, et s’endormirent. Mais, au milieu de la nuit, un cri se fit entendre : Voici l’époux qui vient ; allez au-devant de lui. Alors toutes ces vierges se levèrent, et préparèrent leurs lampes. Mais les folles dirent aux sages : Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent. Les sages leur répondirent : De peur qu’il n’y en ait pas assez pour nous et pour vous, allez plutôt chez ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous. Mais pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux vint, et celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui aux noces, et la porte fut fermée.  Enfin les autres vierges viennent aussi, en disant : Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous.  Mais il leur répondit : En vérité, je vous le dis, je ne vous connais point. Veillez donc, parce que vous ne savez ni le jour ni l’heure.
Verbum Domini. R/. Laus tibi, Christe.Parole du Seigneur. R/. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.
A l'heure dont il est question, à la fin des temps, à la veille du jugement de Dieu, les choses se passeront et l'on sera accueilli au Royaume céleste comme dans la parabole qui va suivre : Tune simile erit regnum eaelorum decem virginibus. La parabole est empruntée aux coutumes juives. C'était le rôle des amies de la fiancée de la conduire, en la nuit des noces, jusqu'à la demeure de l'époux. Celui-ci sortait à sa rencontre, accompagné, lui aussi, de son cortège. Peut-être est-il tel détail du cérémonial ordinaire que le Seigneur a modifié à dessein, afin d'adapter la parabole à la leçon sur laquelle il veut attirer notre attention. Rappelons une dernière fois qu'il ne faut demander à ces formes d'enseignement parabolique que leur intention d'ensemble : leur charme même se trouve dans une transposition incomplète et voilée ; exiger un décalque de la réalité absolument symétrique serait puéril.
Comme dans la parabole des noces et du festin nuptial (xxii), la fiancée ne paraît pas : sans doute parce que, dans la réalité spirituelle, les jeunes filles elles-mêmes sont la fiancée. Elles sont dix, un nombre parfait et complet ; elles sont vierges et pures ; elles sont toutes sorties de leur maison, et ont dit adieu à toutes choses ; elles sont toutes arrivées de bonne heure auprès de l'épouse future, afin de ne pas manquer la rencontre de l'époux, exierunt obviam sponso (et sponsae n'appartient pas au texte original). Elles portent toutes leurs lampes, en prévision de la nuit et de l'attente, et ces lampes sont allumées : elles ont la foi. Il semble qu'elles appartiennent toutes au Royaume de Dieu, et que rien ne leur manque pour entrer de plein droit au festin nuptial. Jusqu'ici tout leur est comnmn. Mais voici la différence : cinq d'entre elles étaient folles, et cinq prudentes, — prudentes comme le serviteur dont le Seigneur parlait naguère : fidelis servus et prudens. Toujours la loi de la fidélité et de la vigilance. On ne saurait apporter trop de soin et de persévérance à s'assurer le bien éternel, le bien infini. Les vierges folles et étourdies n'avaient point fait provision d'huile ; elles n'avaient que cette foi superficielle et débile qui n'est pas à l'épreuve de grandes difficultés ou d'une longue attente. Quant aux cinq prudentes, elles avaient emporté avec elles une réserve : lorsque sera épuisée L’huile de la lampe, la réserve suffira jusqu'à ce que le jour paraisse ; les lampes alors seront inutiles : Et lucerna ejus est Agnus (Apoc., xxi, 23).
L'époux vient à son heure : à la première veille, à la seconde, à la troisième, à la dernière veille de la nuit. Cette fois, il se fait attendre. Et comme on ignore l'heure de sa venue, les lampes demeurent allumées : sinon l'époux négligerait la maison où il n'est pas attendu et passerait outre. Heure par heure, l'huile s'épuise, la fatigue s'empare de toutes ces vierges qui ont travaillé et marché durant la journée ; c'est la somnolence d'abord, puis bientôt le sommeil profond. Dormez, reposez-vous ! vos lampes veillent et votre foi est vive : tout est sauf. — Il n'est aucunement nécessaire de voir dans ce sommeil l'image de la mort, ni par conséquent dans le réveil, l'image de la résurrection : mieux vaut y trouver simplement un élément de couleur locale qui prépare le dénouement.
Au milieu de la nuit, un cri retentit : « Voici l'époux ! allez au-devant de lui !» Il y a donc des amis qui nous avertissent et nous invitent... A ce cri, toutes les vierges se lèvent et se hâtent de préparer leurs lampes. Peut-être la mèche a-t-elle charbonné, peut-être la lumière est-elle languissante, parce que l'huile a baissé ; or il convient que les lampes soient brillantes, et que le regard de l'époux se repose sur tous ces visages éclairés de la foi, resplendissant de sa lumière. Ah ! s'il suffisait d'une vigilance de la dernière heure, les dix vierges seraient irréprochables : voyez comme toutes s'empressent ! Mais les vierges folles n'ont pas de quoi alimenter leurs lampes qui meurent : « Donnez-nous de votre huile ! » demandent-elles aux sages. La réponse de celles-ci n'est inspirée ni par l'égoïsme ni par la cruauté : elle ne fait que traduire en langage humain cette loi divine qui veut que les mérites soient personnels. Non sans doute que nous soyons dans la vie étrangers les uns aux autres et sans relations de charité avec le prochain ; non que nous ne bénéficiions réellement des âmes qui sont à côté de nous ; l'intercession, les satisfactions peuvent servir à autrui : encore faut-il que nous fassions nôtre et que nous fixions en nous, par une acceptation qui nous le rende personnel, le bien surnaturel dont l'exemple nous est fourni. Ni la vertu des autres, ni notre règle, ni notre profession même ne nous sauveront sans notre travail.
« De crainte qu'il ne se trouve pas, dans notre réserve, disent les vierges prudentes, assez d'huile pour vous et pour nous... » Ce qui signifie : nous ne sommes pas assurées de nous, comment songer à autrui ? Il reste une ressource : aller à la hâte acheter ce qui vous manque. Il ne faut voir, dans ce conseil, qu'un détail naturel et vraisemblable de la parabole, l'indication affectueuse d'un procédé normal pour se procurer l'huile désirée. Aussi bien, ce que le Seigneur veut ici mettre en évidence, c'est à la fois l'anxiété des vierges folles et l'impossibilité d'y apporter remède : leurs sages compagnes n'y peuvent rien. De plus, pour la réalité de l'affabulation, il faut que la séparation des sages et des folles soit accomplie, et accomplie par le fait de ces dernières.
C'est durant leur absence que l'époux arrive. Les cinq vierges dont la lampe est prête entrent avec lui dans la salle des noces, et la porte se ferme. Cependant, les cinq imprévoyantes reviennent, leur emplette achevée, vers la maison de l'épouse, — devenue désormais celle de l'époux. Le festin nuptial est commencé. Elles frappent, et supplient : « Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous ! » Mais il est trop tard. De l'intérieur, de la région de la lumière et de la joie, l'époux leur dit : « En vérité, je vous le déclare, je ne vous connais pas. » (Mt., vii, 23; Lc,xiii, 25-27.) Réponse effrayante, si nous songeons à la dignité de ces vierges, aux privilèges de leur vocation, à l'éternité de l'exclusion. — Le sens exact, la clef de la parabole se trouve dans la remarque finale du Seigneur : « Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l'heure. » Veillez au commencement de la vie, à sa maturité, à son déclin : non seulement parce que le Seigneur peut se présenter à toute heure, parce que chaque période de notre vie a son œuvre spéciale à accomplir, mais aussi parce que c'est le travail de la vie entière qui amasse toute l'huile nécessaire, qui entretient chez nous la foi efficace, alerte, ardente, sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu. Il y aurait une imprudence infinie à escompter, pour notre salut, les œuvres et les élans de la dernière heure : le drame de la mort ne s'improvise pas.