Evangile commenté du mardi 11 décembre 2018 - de la férie

Hebdomada II Adventus IIème semaine de l'Avent
Feria III Mardi
Evangelium Evangile
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Léctio sancti Evangélii secúndum Mattháeum (18,12-14)
In illo tempore: Dixit Iesus discipulis suis: Quid vobis vidétur? Si fúerint alícui centum oves, et erráverit una ex eis, nonne relínquet nonagínta novem in móntibus et vadit quǽrere eam, quae errávit? Et si contígerit ut invéniat eam, amen dico vobis quia gaudébit super eam magis quam super nonagínta novem, quae non erravérunt. Sic non est volúntas ante Patrem vestrum, qui in caelis est, ut péreat unus de pusíllis istis. En ce temps là, Jésus dit à Ses disciples : Que vous en semble? Si un homme a cent brebis, et qu'une d'elles s'égare, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes, pour aller chercher celle qui s'est égarée ? Et s'il arrive qu'il la trouve, en vérité, Je vous le dis, elle lui cause plus de joie que les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont point égarées. De même, ce n'est pas la volonté de votre Père qui est dans les Cieux qu'un seul de ces petits périsse.
Verbum Domini. R/. Laus tibi, Christe.Parole du Seigneur. R/. Louange à Toi, ô Christ.

Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.
Il n'est pas impossible que saint Marc, avant de dire adieu au ministère galiléen, avant de passer à cette portion du ministère du Seigneur qui s'est dépensée au delà du Jourdain, dans la Pérée, ait voulu grouper, à la fin du chapitre ix, certains enseignements qui n'avaient pas encore trouvé place dans son récit et qu'un lien logique pouvait rattacher facilement à l'incident soulevé par les discussions des apôtres. Nullement contraire au but des écrivains sacrés et au caractère historique de leur récit, bien qu'un peu étranger à nos habitudes modernes, ce procédé se rencontre plus d'une fois aussi chez saint Matthieu ; et la majeure partie de son chapitre xviii semble formée de fragments juxtaposés, mais reliés entre eux par une pensée commune. — L'enfant continue de servir de thème au Seigneur. « Prenez garde, dit-il, de traiter avec mépris un seul de ces petits : car je vous le déclare, leurs anges, dans les cieux, contemplent sans trêve la face de mon Père céleste. » Comment l'enfance n'aurait-elle pas de titre à être respectée des hommes, lorsque Dieu ne dédaigne pas de lui attribuer ses anges comme gardiens, de donner pour elle son Fils même : « car le Fils de l'homme est venu sauver ce qui était perdu. » (Cf. Lc,XIX, 10.) Celui qui accueille le petit enfant accueille le Père, accueille le Christ, nous l’avons lu pIus haut; celui qui, par le scandale, entraîne la perte d'une seule âme, du plus humble des baptisés, se déclare, par là même, l'ennemi du Christ qui est venu pour les racheter, l'ennemi du Père céleste qui ne veut pas que périsse le moindre de ses enfants.
Il suffit de nous reporter à saint Luc (xv, 1-7) pour reconnaître la circonstance historique qui a donné occasion à la parabole suivante. Saint Matthieu ne l'a reproduite ici que pour souligner davantage le prix des âmes. « Que vous en semble ? Un homme possède cent brebis, l'une d'elles s 'égare, est-ce qu'il ne laisse pas les quatre-vingt-dix-neuf brebis fidèles sur les collines, afin de s'en aller chercher celle qui est perdue ? Et s"il est assez heureux pour la retrouver, je vous le dis, en vérité, il éprouve plus de joie à son sujet qu'au sujet des quatre-vingt-dix-neuf autres. De même, il n'est pas dans la pensée de votre Père qui est aux cieux que périsse un seul de ces petits. » Ces divines paroles n'ont pas besoin de commentaire. Le bon pasteur, nous le connaissons ; la brebis perdue, c'est l'humanité. Le pasteur avait cent brebis : il eût pu se consoler, dans sa gloire, avec les quatre-vingt-dix neuf brebis demeurées fidèles, d'avoir perdu celle qui l'avait quitté volontairement. Il n'y a point songé. Laissant en sûreté sur les collines toute la portion fidèle, il est parti à travers les gorges et les halliers, chercher, au prix de son sang, l'unique qui s'était égarée. N'est-ce pas témoigner combien elle lui est chère ! Le texte évangélique, aux versets 12 et 13, ne veut pas dire qu'il se désintéresse des brebis dociles ; cela n'implique même nullement qu'il ne les aime, pas davantage. Mais enfin leur fidélité ne fait pas événement dans sa vie : il est un élément de succès et de triomphe dont elles ne lui ont pas fourni l'occasion, et elles peuvent s'en féUciter. Mais pour le pasteur, celle qu'il a perdue absorbe toute sa pensée, elle préoccupe son dévouement et sa tendresse : elle « lui appartient » davantage. C'est un sentiment très divin, très humain aussi, qui porte notre sollicitude vers ceux qui ont le plus besoin de pitié. Et si quelques-uns s'en étonnent, le Seigneur leur répond par la réflexion qui terminera la parabole de l'enfant prodigue : Fili, tu semper mecum es, et omnia meea tua sunt : epulári autem, et gaudére oportébat, quia frater tuus hic mórtuus erat, et revíxit ; períerat, et invéntus est. (Lc,XV, 31-32).