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Evangile commenté du mercredi 12 décembre 2018 - de la férie

Hebdomada II Adventus IIème semaine de l'Avent
Feria IV Mercredi
Evangelium Evangile
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Léctio sancti Evangélii secundum Mattháeum (11,28-30)
In illo tempore: Respondens Iesus dixit: Veníte ad me, omnes, qui laborátis et oneráti estis, et ego refíciam vos. Tóllite íugum meum super vos et díscite a me, quia mitis sum et húmilis corde, et inveniétis réquiem animábus vestris. Íugum enim meum suáve, et onus meum leve est.” En ce temps là : Jésus, en répondant, dit : Venez à Moi, vous tous qui êtes fatigués et qui êtes chargés, et Je vous soulagerai. Prenez Mon joug sur vous, et recevez Mes leçons, parce que Je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. Car Mon joug est doux, et Mon fardeau léger.
Verbum Domini. R/. Laus tibi, Christe.Parole du Seigneur. R/. Louange à Toi, ô Christ.

Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.
Tout ce fragment des synoptiques est en harmonie singulière avec l'évangile de saint Jean. La relation de Père et de Fils est accusée avec précision, non pas seulement par l'énoncé des relations divines, mais par l’affirmation d'une glorieuse communauté de richesses : « Toutes choses m'ont été données par mon Père ; et personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils a bien voulu le révéler. » D'autres textes évangéliques exposent la même doctrine : Data est mihi omnis potestas in caelo et in terra (Mt., xxviii, 18). Pater diligit Filium, et omnia dédit in manu ejus (Jo., m, 35). Sciens quia omnia dédit ei Pater in manus (Jo., XIII, 3). Sicut dedisti ei potestatem omnis carnis, ut omne quod dedisti ei det eis vitam aeternam (Jo., xvii, 2), nemo venit ad Patrem nisi per me. (Jo., xiv, 6). « Toutes choses m'ont été données » : le bien incréé de la divinité, le bien créé de l'union hypostatique ; toute vérité, toute grâce, tout pouvoir de communiquer la vérité, la grâce, le bonheur. Rien ne manque au Seigneur. Parce qu'il est Fils, il a reçu tout : c'est la condition personnelle du Fils ; mais parce qu'il est Fils, il possède tout : c'est la condition essentielle du Fils.
Et cette plénitude constituée chez le Fils par le Père est telle que le mystère de la naissance, de la personne, de l'office du Fils de Dieu n'est connu que par le Père, à l'exclusion de tout être créé. Il va de soi que des propositions négatives telles que celle-ci doivent être entendues sainement. On voit bien que la pensée du Seigneur est d'exclure le créé de la connaissance plénière du Fils de Dieu ; le créé, disons-nous, non l'incréé : le nisi Pater n'exclut pas l'Esprit de Dieu. Si l'on prenait la proposition matériellement, le Fils ne se connaîtrait pas lui-même, et n'aurait conscience ni d'être Fils, ni d'être le Messie ! Il faut raisonner de même au sujet de la seconde partie de l'assertion évangélique. Au fond, c'est l'affirmation du caractère absolument transcendant et gracieux de l'ordre surnaturel. L'ordre naturel nous conduit à Dieu cause de Dieu même : l'ordre surnaturel, sans démentir le premier, nous conduit jusqu'à la vie de Dieu ad intra, jusqu'au Dieu Trinité. Et ce, non pas seulement afin qu'il nous soit possible de diriger nos œuvres vers lui : car l'ordre naturel le demandait aussi ; mais afin de nous faire connaître, dans le temps, le lieu même de notre éternité ; afin que l'Incarnation et la Pentecôte nous fussent intelligibles ; afin que nous comprissions bien à quel titre nous sommes en Dieu : Videte qualem caritatem dédit nobis Pater, ut filii Dei nominemur et simus (I Jo., m, 1).
Nul ne connaît le Père dans sa tendresse souveraine et dans son dessein sur le monde, si ce n'est le Fils. Ici encore, entendons correctement l'Écriture : le Père, en effet, se connaît, et le Saint-Esprit connaît le Père ; il n'y a pas, d'ailleurs, trois intelligences, ni même trois intellections en Dieu. Nisi Filius : oui ; mais le Fils n'a pas consenti à garder pour soi la connaissance qu'il possède du Père. Il nous a dit que la vie éternelle consiste dans cette connaissance : Haec est vita aeterna, ut cognoscant te, solum Deum verum, et quem misisti, Jesum Christum (Jo., xvii, 3). Et cette connaissance est celle de la vision, mais elle est aussi celle de la foi. Connaître Dieu, c'est savoir qu'il est Père, qu'il a un Fils, que ce Fils est Notre-Seigneur Jésus-Christ, que nous sommes par notre foi et notre baptême en ce Fils, et en lui à Dieu. C'est toute la joie du cœur de l'homme. — Heureux ceux à qui le Père a donné et commenté le mystère du Christ ! Heureux ceux à qui le Christ a révélé les secrets du Père ! Le Seigneur, selon saint Luc, proclame lui-même cette Béatitude. S'adressant à ses disciples en particulier, c'est-à-dire à eux spécialement ou dans l'intimité de cette conversation céleste, il leur dit : « Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car je vous le déclare, beaucoup de prophètes et de rois auraient voulu contempler ce que vous avez maintenant sous les yeux, et ils ne l'ont pas vu ; entendre ce que vous entendez, et ils ne l'ont point entendu ». (Cf. I Petr., I, 10-13). Le même texte se lit dans le premier évangile, au chapitre xiii (16-17).
Saint Matthieu termine par le Venite ad me omnes, qui se relie admirablement à ce qui précède. Le motif de chercher le Seigneur ne vient-il pas, en effet, de nous être indiqué : ... et qui voluerii Filius revelare? Est-ce que nous ne désirons pas connaître le Père, par et dans son Fils ? Est-ce que la prière de saint Philippe n'est pas notre prière à tous ? Le Fils de Dieu n'est descendu en ce monde que pour la provoquer. Nous sommes très loin des réserves et des précautions de l'Ancien Testament, où Dieu semblait créer autour de sa majesté redoutable un glacis infranchissable. Par son ordre, Moïse disait au peuple : « Gardez-vous de gravir la montagne ou d'en toucher même la lisière : quiconque approchera sera mis à mort » (Ex., xix, 12). Ce serait mal concevoir l'économie chrétienne que d'en éliminer le respect, mais la terreur désormais a disparu. « Venez à moi, tous... » Tous sont invités, tous peuvent approcher. Ne sont exclues que les âmes qui s'exilent elles-mêmes. Pourtant, il y a des privilégiés dans cette vocation : ceux qui travaillent, ceux qui portent un fardeau. Sans doute, le labeur physique et la souffrance corporelle trouveront un soulagement auprès du Seigneur : mais toute la doctrine de ce passage nous laisse entendre que c'est d’un autre travail et d'une autre peine qu'il est surtout question. Il s'agit de l'effort légitime que l'homme doit dépenser pour gagner sa vie morale ; il s'agit du fardeau inerte et mort qu'il porte sur lui comme péché, comme tendances au mal, comme tristesse, comme appréhension au sujet de Dieu et de l'avenir. Encore faut-il que ce travail existe, que cette peine soit ressentie, que l'homme prenne conscience de ce qui lui manque, et que, dans l'ordre moral comme dans l'ordre matériel, la mise en branle de son activité lui vienne de sa pauvreté même et de tout ce qu'il sent lui faire défaut. « Venez à moi, vous tous qui peinez et qui êtes chargés, et je vous soulagerai. »
La parole du Seigneur, en même temps qu'elle témoigne d'une compassion infinie, enveloppe une part d'ironie à l'adresse de ces Juifs orgueilleux et opulents, qui non seulement n'avaient besoin de rien, mais se montraient toujours disposés à augmenter, par leurs exigences, le fardeau des faibles. La Loi était pesante : ils l'alourdissaient encore. Ils accroissaient donc, autant qu'il était en eux, le nombre de ceux qui souffraient, et que le Seigneur appelle enfin à lui, sachant la Synagogue incapable de les soulager et de les relever. C'est moi, dit le Seigneur, qui reposerai vos âmes. C'est moi seul qui leur donnerai le délassement infini, la liberté, l'affranchissement de toute crainte. Secouez le joug ancien, l'intolérable, selon saint Pierre (Act., xv, 10). Prenez mon joug à moi. Un joug, c'est une doctrine ; un joug, c'est l'engagement à un travail commun. Est-ce qu'il vous déplairait de travailler pour moi ? Car j'ai porté le joug le premier. Je me suis même efforcé d'en attirer sur moi tout le poids. Si vous y consentez, dorénavant vous serez à moi, vous serez miens. On ne fera plus de différence entre vous et moi. Mon Père lui-même ne distinguera plus. Vous aurez mon signe sur le front : vous serez mes disciples. Au lieu de vous mettre à l'école de la Synagogue, qui a les yeux voilés, du monde, qui ne sait rien, et du premier docteur venu, vous apprendrez de moi, qui suis « la lumière éclairant tout homme ici-bas », ce que seul je puis vous apprendre.
Discite a me doit être compris, en effet, d'une façon absolue : « Soyez mes disciples, accueillez mes enseignements. » Sans doute, il est d'usage que les prédicateurs, à la suite de saint Augustin, regardent le quia mitis sum et humilis corde comme la matière de renseignement du Seigneur : Discite a me, non mundum judicare, non cuncta visibilia et invisibilia creare, non in ipso mundo miracula facere, et mortuos suscitare, sed : quoniam mitis sum et humilis corde (S. Aug., Sernio ad populum lxix). La pensée est belle, mais ne traduit pas exactement le texte évangélique. Je suis, dit Jésus, le maître qu'il faut aux petits, aux humbles, à tous ceux qui souffrent. Tandis que la Synagogue est rude, exigeante, âpre et hautaine, je suis, moi, doux et humble de cœur, condescendant, affectueux. Près de moi vous trouverez enfin le repos de vos âmes ; car mon joug est doux et mon fardeau léger. Mon joug fait la liberté de ceux qui le portent ; mon fardeau, loin d'alourdir la marche, fait courir avec empressement : saint Augustin le compare aux ailes de l'oiseau : Viam mandatorum tuorum cucurri, cum dilatasti cor meum.