Evangile commenté du mercredi 23 janvier 2019 -

Hebdomada II per annum IIème semaine dans l'année
Feria IV Mercredi
Evangelium Evangile
Marcus (3,1-6)
In illo tempore: introívit íterum in synagógam. Et erat ibi homo habens manum áridam; et observábant eum, si sábbatis curáret illum, ut accusárent eum. Et ait hómini habénti manum áridam: “Súrge in médium.” Et dicit eis: “Licet sábbatis bene fácere an male? Ánimam salvam fácere an pérdere?” At illi tacébant. Et circumspíciens eos cum ira, contristátus super caecitáte cordis eórum, dicit hómini: “Exténde manum.” Et exténdit, et restitúta est manus eíus. Et exeúntes pharisǽi statim cum herodiánis consílium faciébant advérsus eum quómodo eum pérderent.
Verbum Domini. R/. Laus tibi, Christe.Parole du Seigneur. R/. Louange à Toi, ô Christ.


Commentaire par Dom Paul Delatte (1848-1937), osb, abbé de saint Pierre de Solesmes
Les textes de saint Mattliieu et de saint Marc nous laisseraient supposer que ce miracle a été accompli le même jour que le précédent, si le texte parallèle de saint Luc ne disait formellement qu'il s'agit d'un autre sabbat. Le Seigneur, fidèle à sa coutume, entre dans une synagogue pour y enseigner. Or, il y avait dans l'auditoire un homme affligé d'une paralysie de la main droite. Il s'y trouvait aussi, comme toujours, des scribes et des pharisiens. Résolus d'avance à ce que le Seigneur fût en défaut, et le sachant libéral sur cette question du sabbat, ils l'épiaient ensemble. Le Seigneur ne se hâtait pas. Ils tendirent eux-mêmes ce qu'ils croyaient être un piège. Sans doute, ils signalèrent la présence de l'infirme, et demandèrent à Jésus : « Est-il permis de guérir le jour du sabbat ? » Peut-être avaient-ils eu connaissance de la guérison du paralytique, à la piscine de Béthesda. Quelques uns pouvaient poser le cas de conscience avec un reste de bonne foi ; mais d'autres interrogent afin de trouver dans les paroles ou les actes du Seigneur un grief nouveau contre lui. Le Seigneur n'ignorait point les dispositions secrètes des pharisiens. Alors qu'ils complotent en secret, il va leur répondre très ouvertement. Mais son procédé est habile. Guérir aussitôt l'infirme eût été chose trop simple : il lui faut chercher, soit à éclairer ses adversaires, soit à les confondre dans leur mauvaise foi.
Il fait donc sortir des rangs l'homme à la main desséchée, l'invite à se placer au milieu de l'espace libre, bien en évidence. A la question que lui ont posée les docteurs, il répond par Une interrogation semblable : « Je vous le demande à mon tour, dit le Seigneur : est-il permis, le jour du sabbat, de faire du bien, en sauvant une vie, — ou bien faut-il plutôt faire le mal, en ne lui portant point secours ? » Les pharisiens se turent ; aussi bien, que pouvaient-ils répondre ? Interdire le miracle, devant celui qui pouvait en bénéficier, devant la foule qui sympathise volontiers avec la souffrance, c'était maladroit et cruel ; avouer que la guérison est permise, c'était renoncer à l'espoir d'accuser le Seigneur et abandonner le plus spécieux grief qu'ils eussent, jusqu'alors, trouvé contre lui. En face de leur silence prudent, le Seigneur poursuivit, et sur le ton, cette fois, de la discussion : « Quel est celui d'entre vous qui, ayant une seule brebis, et la sachant tombée dans mie fosse, n'ira pas, même un jour de sabbat, la saisir et la retirer ? Mais combien un homme ne vaut-il pas mieux qu'une brebis ! J'en conclus qu'il est permis de faire du bien le jour du sabbat. « Saint Matthieu est le seul à reproduire ce raisonnement ; saint Luc en rapporte un analogue, à propos de la guérison de l'hydropique (xiv, 1-6). En constatant l'insuccès de sa démonstration, le Seigneur promena sur eux tous un regard irrité, et gémit tout bas sur l'endurcissement de leur cœur. Puis, s'adressant à l'infirme : « Étendez votre main », lui dit-il. Il rétendit, et cette main aride et morte redevint surle-champ aussi saine que l'autre. Le Seigneur n'avait même pas touché l'infirme : tout son travail avait été de solliciter un acte de foi et de faire le bien par sa vertu secrète.
La conclusion à tirer de ce miracle était celle-ci : Dieu n'autorise ni les imposteurs, ni les blasphémateurs, ni les impies ; il ne donne pas son pouvoir à ses ennemis : donc Jésus vient de Dieu et son interprétation de la Loi est exacte ; donc il faut croire, le suivre, et s'en rapporter à lui. Cependant, les pharisiens sortirent non convertis : car les miracles ne suffisent pas à convertir les âmes de mauvaise foi. Ils étaient outrés de l'infraction, du miracle qui avait consacré l'infraction, mais surtout de la posture fâcheuse où les avait réduits le procédé du Seigneur. Ils partirent courroucés, ne se possédant pIus, et s'abouchèrent aussitôt avec les hérodiens, leurs pires ennemis, ce qui donne la mesure de leur hostilité. Eux, les séparés, les rigoureux observateurs de la Loi, formant le parti le pIus intransigeant et le plus fermé, ils font alliance avec le parti politique, épicurien et libre-penseur d'alors, avec les déserteurs du Judaïsme, ralliés au pouvoir étranger et sacrilège d'Hérode ! Mais les hérodiens avaient la faveur du gouvernement ; comme celui-ci, ils devaient être enclins à diminuer toute popularité menaçante et hostiles aux revendications nationales. Si peu fier que soit ce rapprochement entre gens qui avaient vécu jusqu'alors aux deux pôles de la société, on devine bien qu'il pouvait efficacement servir les intérêts des uns et des autres. Ensemble, ils conférèrent sur ce qu'il y avait à faire : il fallait perdre Jésus et arrêter, dès sa naissance, un mouvement dangereux. Le Seigneur est donc déjà plus haï qu'Hérode et que les hérodiens. Dès à présent, sa mort est résolue, et la déclaration de Caïphe se prépare : Expedit vobis ut unus moriatur homo pro populo, et non tota gens pereat ( Jo., xi, 50). La passion va vite ; l'illusion personnelle mène aux extrêmes ; mais que dire de l'illusion partagée, de la folie en commun !