Evangile commenté du mercredi 23 janvier 2019 -

Hebdomada III per annum IIIème semaine dans l'année
Feria IV Mercredi
Evangelium Evangile
Marcus (4,1-20)
In illo tempore: íterum coepit docére ad mare. Et congregátur ad eum turba plúrima, ita ut in navem ascéndens sedéret in mari, et omnis turba circa mare super terram erant. Et docébat eos in parábolis multa et dicébat illis in doctrína sua: “Áudite. Ecce éxiit séminans ad seminándum. Et factum est, dum séminat, áliud cécidit circa viam, et venérunt vólucres et comedérunt illud. Áliud cécidit super petrósa, ubi non habébat terram multam, et statim exórtum est, quóniam non habébat altitúdinem terrae; et quando exórtus est sol, exaestuávit et, eo quod non habéret radícem, exáruit. Et áliud cécidit in spinas, et ascendérunt spinae et suffocavérunt illud, et fructum non dedit. Et ália cecidérunt in terram bonam et dabant fructum: ascendébant et crescébant et afferébant unum trigínta et unum sexagínta et unum centum.” Et dicébat: “Qui habet aures audiéndi, áudiat.” Et cum esset singuláris, interrogavérunt eum hi, qui circa eum erant cum Duódecim, parábolas. Et dicébat eis: “Vóbis datum est mystérium regni Dei; illis autem, qui foris sunt, in parábolis ómnia fiunt, ut vidéntes vídeant et non vídeant, et audiéntes áudiant et non intéllegant, ne quando convertántur, et dimittátur eis.” Et ait illis: “Néscitis parábolam hanc, et quómodo omnes parábolas cognoscétis? Qui séminat, verbum séminat. Hi autem sunt, qui circa viam, ubi seminátur verbum: et cum audíerint, conféstim venit Sátanas et aufert verbum, quod seminátum est in eos. Et hi sunt, qui super petrósa seminántur: qui cum audíerint verbum, statim cum gáudio accípiunt illud et non habent radícem in se, sed temporáles sunt; deínde orta tribulatióne vel persecutióne propter verbum, conféstim scandalizántur. Et álii sunt, qui in spinis seminántur: hi sunt, qui verbum audiérunt, et aerúmnae sǽculi et decéptio divitiárum et circa réliqua concupiscéntiae introeúntes súffocant verbum, et sine fructu effícitur. Et hi sunt, qui super terram bonam semináti sunt: qui áudiunt verbum et suscípiunt et fructíficant unum trigínta et unum sexagínta et unum centum.”
Verbum Domini. R/. Laus tibi, Christe.Parole du Seigneur. R/. Louange à Toi, ô Christ.


Commentaire par Dom Paul Delatte (1848-1937), osb, abbé de saint Pierre de Solesmes
Audite, soyez attentifs, intéressez-vous à la parabole que je vais vous dire. Il est conforme aux habitudes du Seigneur de prendre pour texte ou pour prétexte de son enseignement un fait actuel, qui se passe sous les yeux de la foule, et dont il signale le caractère symbolique. Sans doute, on peut toujours parler du semeur ; néanmoins, il est plus naturel encore de le faire si le prédicateur et son auditoire peuvent apercevoir, à peu de distance, un homme en train d'ensemencer son champ et de préparer la moisson prochaine. — Voici que le semeur est sorti pour répandre sa semence. Le Seigneur ne dit pas un semeur, mais le semeur : c'est cet homme que vous apercevez là-bas ; c'est aussi le semeur par excellence, celui qui vous parle. Celui-là est sorti de Dieu, du ciel, de son éternité. Il ne sème qu'une seule et même doctrine, qui est sa pensée vivante : mais s'il y a unité dans la semence, il y a grande diversité dans les terrains où elle tombe. Est-ce donc que le semeur divin sème au hasard ? Non, mais il sème largement ; il espère quand même et ne permet pas que l'infidélité connue par la prescience réduise sa mesure : la malice de l'homme n'endigue point la bonté de Dieu. De cette semence, jetée à profusion, il se fait quatre parts.
Une part tombe sur le bord du chemin ou du sentier qui sépare les champs. La terre est dure et poussiéreuse, fréquentée des passants, visitée par les oiseaux du ciel : à peine tombée, la semence est foulée aux pieds, ou picorée par les petits maraudeurs ailés. — Une autre part tombe bien dans le champ, mais sur un terrain qui n'a pas été défoncé ; il n'y a de terre végétale qu'une couche légère, et, au-dessous, la roche dure et inféconde. Pourtant la semence germe, elle pousse même plus vite qu'ailleurs, le peu de profondeur du terrain l'exposant davantage à l'abondance de la rosée et à la chaleur. Mais ce n'est là qu'un succès d'un instant : car les racines manquent. Et lorsque paraît le soleil, sans qui rien ne peut mûrir, la jeune plante, à peine levée, se dessèche, faute de cette humidité profonde qui entretient la vie et la verdure, — D'autres grains tombent au milieu des épines. Ici, ce n'est pas la terre, c'est le soin de l’homme qui fait défaut. Peut-être même la terre était-elle riche : les épines y prospéraient ; pourquoi le bon grain n'aurait-il pu y réussir ? Mais les plantes mauvaises sont d'une vivacité et d'une précocité extrêmes : à peine brûlées, elles repoussent ; la fraîcheur, l'air, la lumière, toutes ces conditions de la croissance sont confisquées par elles ; et la maigre tige de blé, qui s'est fourvoyée dans leur entrelacement sauvage et a grandi avec elles, ne donnera jamais un épi mûr. — Une part enfin tombe en bonne terre : elle germe, elle lève et croît silencieusement, elle mûrit et donne dans l'épi trente fois, soixante fois, cent fois le capital confié au sol. Le semeur trouvera, dans l'abondance de sa récolte, avec le pain de l'année présente, la semence de l'année prochaine. Le Seigneur ne tire pas lui-même la moralité de cette parabole, mais ajoute à haute voix, comme en une sorte de provocation : « Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende ! » Il se sert de cette formule toutes les fois qu'il veut piquer l'intelligence ou la générosité de ses auditeurs.