Evangile commenté du mercredi 23 janvier 2019 -

Hebdomada II per annum IIème semaine dans l'année
Feria IV Mercredi
Evangelium Evangile
Léctio sancti Evangélii secundum Marcum (3,7-12)
In illo tempore: Iésus cum discípulis suis secéssit ad mare. Et multa turba a Galilǽa secúta est et a Iudǽa et ab Hierosólymis et ab Idumǽa; et, qui trans Iordánem et circa Tyrum et Sidónem, multitúdo magna, audiéntes, quae faciébat, venérunt ad eum. Et dixit discípulis suis, ut navícula sibi praesto esset propter turbam, ne comprímerent eum. Multos enim sanávit, ita ut irrúerent in eum, ut illum tángerent, quotquot habébant plagas. Et spíritus immúndi, cum illum vidébant, procidébant ei et clamábant dicéntes: “Tu es Fílius Dei!” Et veheménter comminabátur eis, ne manifestárent illum. En ce temps là : Jésus Se retira avec Ses disciples vers la mer, et une foule nombreuse Le suivit, de la Galilée, et de la Judée, et de Jérusalem, et de l’Idumée, et d’au-delà du Jourdain ; et ceux des environs de Tyr et de Sidon, ayant appris ce qu’Il faisait, vinrent en grand nombre auprès de Lui. Et Il dit à Ses disciples de Lui tenir prête une barque, à cause de la foule, pour qu’Il n’en fût pas accablé. Car, comme Il en guérissait beaucoup, tous ceux qui avaient quelque mal se jetaient sur Lui, pour Le toucher. Et les esprits impurs, quand ils Le voyaient, se prosternaient devant Lui et criaient, en disant : Tu es le Fils de Dieu. Et Il leur défendait, avec de sévères menaces, de le faire connaître.
Verbum Domini. R/. Laus tibi, Christe.Parole du Seigneur. R/. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.
La coalition formée entre pharisiens et hérodiens est bien connue du Seigneur. Lorsque l'heure sera venue, il ira de lui-même au-devant de la mort ; mais actuellement, il se dérobe ; il ne fuit pas : il se retire. Lui qui pouvait faire descendre le feu du ciel sur ses ennemis, il évite d'exaspérer la haine. Il s'éloigne de la région qui avait été la sienne, peut-être de Caphamaüm, pour s'en aller plus au nord et se rapprocher de la mer de Tibériade. Mais les peuples le suivent. Ils accourent, dit saint Marc, de la Galilée, de la Judée, de Jérusalem, de l'Idumée, du pays au delà du Jourdain, c'est-à-dire de la Pérée, des environs de Tyr et de Sidon : immense multitude, attirée par le bruit de ses miracles, et lui amenant les malades. La foule le serre de si près, qu'il doit demander aux disciples de lui tenir toujours prête une petite barque. Car on se précipite d'autant plus violemment sur lui qu'il guérit toute infirmité, et qu'il suffit de le toucher pour être soulagé de corps et d'âme. Les possessions étaient nombreuses alors. En apercevant le Seigneur, les esprits impurs, dans la personne de ceux qu'ils torturaient, tombaient comme terrassés, et s'écriaient : « Vous êtes le Fils de Dieu ! » Mais, pour les motifs que nous avons indiqués déjà en de telles circonstances, il leur défendait sévèrement et avec menaces, vehementer comminabatur, de le faire connaître, de proclamer son titre de Messie. Saint Marc est celui des évangélistes qui a le plus souvent et le plus fortement marqué ce parti pris chez le Seigneur de ne révéler que progressivement, et selon l'opportunité, selon les dispositions de ses auditeurs, son vrai rôle en Israël.
Saint Matthieu a connu, lui aussi, la recommandation de Jésus. Écrivant surtout pour des Palestiniens et toujours soucieux de rattacher l'évangile à l'économie qui l'a préparé, il ne manque pas d'observer que cette réserve miséricordieuse du Messie réalisait le signalement moral tracé autrefois par Isaïe. Le contraste est saisissant entre la patience et l'humilité de l'Agneau de Dieu, et la haine violente qui le poursuit ; entre l'attitude de celui qui possède une autorité divine, et les chétives attaques de ses ennemis : « Voici, dit le Seigneur par son prophète, voici mon serviteur, celui que j'ai choisi, mon bien-aimé, en qui mon âme se complaît. Je ferai reposer sur lui mon esprit ; et il annoncera ma justice aux nations. Il ne contestera point, il ne poussera point de cris, et nul n'entendra sa voix sur les places publiques. Il n'achèvera pas le roseau brisé, il n'éteindra pas la mèche qui fume encore : jusqu'à ce qu'il ait conduit le jugement à la victoire, c'est-à-dire fait triompher la justice. Et les nations espéreront en son nom » (Is., xli, 8-9 ; xlii, 1-4). Les exégètes remarqueront que le texte grec de cette citation est différent de celui des Septante, qu'il est plus voisin de l'hébreu, dont il s'écarte un peu cependant, et ne se ralliant nettement au texte des Septante que dans le dernier verset : et in nomine ejus gentes sperabunt ; l'hébreu portait : « les îles seront dans l'attente de sa loi. »