Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Prologus I Prologue I
Ausculta, o fili, praecepta magistri et inclina aurem cordis tui et admonitionem pii patris libenter excipe et efficaciter comple ; ut ad eum per obedientiae laborem redeas, a quo per inobedientiae desidiam recesseras. Ad te ergo nunc meus sermo dirigitur, quisquis abrenuntians pro priis voluntatibus, Domino Christo vero regi militaturus, obedientix fortissima atque praeclara arma assumis. In primis , ut quidquid agendum inchoas bonum, ab eo perfici instantissima oratione deposcas ; ut qui nos jam in filiorum dignatus est numero computare non debeat aliquando de matis actibus nostris contristari. Ita enim ei omni tempore de bonis suis in nobis parendum est, ut solum, ut iratus pater, non aliquando filios suos exheredet ; sed nec ut metuendus dominus, irritatus malis nostris, ut nequissimos servos perpetuam tradat ad poenam, qui eum sequi noluerint ad gloriam. Écoute, mon fils, les préceptes du maître et tends l’oreille de ton cœur. Reçois volontiers l’exhortation d’un père si bon et mets-la en pratique, afin de revenir par le labeur de l’obéissance à celui dont t’avait détourné la lâcheté de la désobéissance. A toi, qui que tu sois, s’adresse à présent ma parole, à toi qui renonces à tes volontés et prends les armes très puissantes et glorieuses de l’obéissance pour combattre au service du Seigneur Christ, le vrai roi. D’abord, en toute œuvre bonne que tu entreprends, commence par lui demander dans une prière très instante qu’il la mène à bien. Ainsi celui qui a, daigné nous compter déjà parmi ses fils n’aura pas un jour à s’attrister de nos mauvaises actions. Car il nous faut, en tout temps, lui non obéir au moyen des dons qu’il a mis en nous, pour que jamais, en père irrité, il ne déshérite ses enfants, ni qu’en maître redoutable, courroucé par nos méfaits, il ne livre à la peine éternelle ces très mauvais serviteurs qui n’auraient pas voulu le suivre à la gloire.
Écoute, mon fils, les préceptes du maître et tends l’oreille de ton cœur. Reçois volontiers l’exhortation d’un père si bon et mets-la en pratique, afin de revenir par le labeur de l’obéissance à celui dont t’avait détourné la lâcheté de la désobéissance.



D’autres Règles ont un caractère plus impersonnel, des formes législatives plus brèves et plus sèches : saint Benoît, dès le premier mot, se met en contact d’âme avec les siens, et le code de notre vie monastique commence comme une conversation aimable.
Celui qui parle est un maître : on ne saurait s’en passer dans la vie surnaturelle, qui est une science et un art. Il donne des préceptes, c’est à dire des enseignements doctrinaux et pratiques. C’est bien de lui ,contrairement à l’opinion de nombreux commentateurs, - que parle ici saint Benoît : il pouvait prendre ce titre sans infatuation, puisqu’il n’enseignait pas en son nom, ni des choses qui vinssent de lui ; puisqu’il était au déclin de sa vie et dans la plénitude de son expérience. Et le père aimant, pius pater, pourquoi ne serait-ce pas lui encore ?
O fili. L’appellation est caressante. Elle atténue ce qu’il y a d’un peu austère dans le praecepta magistri. Elle nous permet surtout de remarquer que la forme la plus élevée de paternité est celle qui implique une transmission de doctrine et de lumière : son idéal et sa source sont en Dieu “ le Père des lumières ” (JAC., I, 17) ; il y a une réelle paternité chez les anges  ; et dans l’économie de l’Ancien Testament, chez les Patriarches par exemple, on n’était père qu’à la condition d’être docteur, on ne donnait la vie qu’à la condition d’éclairer l’âme, de transmettre les enseignements de Dieu et ses promesses, d’être comme Noé justitiae praeconem (II PETR., II, 5). Il est d’expérience que nulle paternité spirituelle au monde n’a ressemblé à la Paternité divine comme celle de saint Benoît. L’Église le vénère comme l’ancêtre de tous les moines occidentaux ; et Dieu a disposé de telle sorte les événements historiques que chacun des Ordres religieux est venu s’attacher à lui en quelque manière et s’est mis à l’école de sa paternité.
Ces premières paroles du Prologue sont vraiment de forme engageante et rassurante. Le maître qui s’adresse à vous, ô mon enfant, est un père, un père bon et tendre. Les préceptes qu’il vous apporte, ce sont les conseils de son expérience et de son affection : admonitionem pii patris. Il ne songe point à vous les imposer. Il fait appel à votre bonne volonté, à votre libre délicatesse ; ce n’est pas de contrainte qu’il est question, mais d’accueillante aimante et joyeuse, de docilité surnaturelle.
La docilité : N. B. Père la demande à celui qui commence ; sous la forme de l’humilité et de l’obéissance, c’est encore elle qui donne à notre vie monastique son allure authentique ; en elle enfin s’achève la sainteté :
Quicumque enim Spiritu Dei aguntur, ii sunt filii Dei (Rom., VIII, 14). L’importance souveraine de cette disposition simple et naïve vient de ce qu’elle renferme toute vertu. Docilité, d’abord, c’est prudence, et dans la prudence sont réunies toutes les vertus morales : nous ne pouvons pas faire toutes les expériences, mais d’autres que nous les ont faites, et nous en recueillons le bénéfice par notre docilité : nous répétons en nous la sagesse de l’humanité surnaturelle, la sagesse de saint Benoît ; nous bénéficions de la sagesse de Dieu par notre foi. La docilité, et elle seule, nous établit dans cet effacement absolu de l’égoïsme, qui est la condition et le prélude de l’adhésion vivante au Seigneur : elle s’appelle alors charité.
N. B. Père analyse et détaille les moments successifs de la docilité surnaturelle. Ausculta : il faut écouter ; s’il y a trop de bruit dans l’âme, et comme une dispersion de l’attention sur toutes choses, la voix de Dieu, ordinairement “ douce comme un souffle de brise ” (III REG., XIX, 12), n’est pas entendue. Le silence, qui, à lui seul, est une louange parfaite
Tibi silentium laus , est rare chez des êtres mobiles et influençables comme nous le sommes.
Prêter l’oreille ne serait pas assez, et saint Benoît nous invite très joliment, avec le livre des Proverbes et le psaume XLIV, à l’incliner, à “ incliner l’oreille de notre cœur ”. Ayez l’intelligence accueillante, une certaine attitude confiante en face de la vérité proposée. Si vous commencez par faire le grincheux, par établir à l’entrée de votre esprit une douane sévère, ou bien encore, si vous êtes rempli de votre pensée au point de dire : “ Mais que m’apprendra-t-il de nouveau ? Je sais tout cela, et mieux que lui !... ”, vous êtes dans la plus fâcheuse des dispositions psychologiques, non seulement pour l’acquisition de la doctrine surnaturelle, mais pour l’information purement humaine. Claude Bernard nous avertit, dans son Introduction à l’étude de la médecine expérimentale, que, tout en essayant de formuler et de vérifier son hypothèse, le savant doit se garder d’en être le captif et demeurer quand même hospitalier à toute autre explication meilleure. N. B. Père demande donc que nous écoutions volontiers, avec une âme libre : libenter excipe. Acceptons toujours et d’abord l’enseignement qui nous est donné : les éléments inassimilables pour nous s’élimineront plus tard d’eux-mêmes.
Et efficaciter comple. C’est le propre de la vérité, de nous porter à l’action. Nous ne pouvons la “ retenir captive dans l’injustice ” (Rom., I, 18). Nous serons responsables devant Dieu de tout le bien aperçu et que nous n’aurons pas fait. Mais c’est là aussi que gît la difficulté ; le péché a disloqué notre être : voir, vouloir, aimer, parfaire, tout cela est loin de s’opérer en un seul mouvement.
Et, de peur que l’œuvre ne nous effraie, afin surtout d’en définir dès maintenant le caractère et le dessein, N. B. Père marque, d’un trait immortel et à la manière sobre des anciens, ce qui est l’enjeu de notre vie, ce qui doit en être l’unique recherche, ce qui en fait la gravité, le charme aussi, la force, le mérite, la simplicité, ce en quoi se résume toute la Règle : Ut ad eum per obedientiae laborem redeas. Il ne s’agit pas pour nous de vivre longtemps, de devenir érudit, de nous faire uni nom : il s’agit de marcher vers Dieu, de nous rapprocher de lui, de nous unir à lui. Cette conception de la vie spirituelle sous la forme d’une marche intrépide vers le Seigneur est très familière à saint Benoît : nous la retrouverons maintes fois dans sa Règle. Notre vie est sur un plan incliné : il lui est facile de descendre ; il lui est possible aussi de remonter. Depuis la chute originelle, la créature n’a qu’une voie pour s’éloigner de Dieu, la désobéissance, avec le vieil Adam ; elle n’a aussi qu’une voie pour revenir, l’obéissance, avec l’Adam nouveau. Sicut enim per inobedientiam unius hominis peccatores eonstituti sunt multi, ita et per unius obeditionem justi constituentur multi (ROM., V ,19). Nous nous exaltons dans la désobéissance ; il nous semble que nous faisons preuve d’énergie et de vigueur personnelle : mais saint Benoît déclare que c’est simplement lâcheté et paresse ; et s’il qualifie de labeur l’attitude opposée, il nous en dira bientôt la réelle fécondité et l’incomparable noblesse


A toi, qui que tu sois, s’adresse à présent ma parole, à toi qui renonces à tes volontés et prends les armes très puissantes et glorieuses de l’obéissance pour combattre au service du Seigneur Christ, le vrai roi.


Saint Benoît indique à qui s’adresse l’invitation, à qui convient le programme dont il vient de tracer une première esquisse : à vous donc s’adresse présentement ma parole, mon exhortation paternelle, qui que vous soyez, pourvu que vous apparteniez à la race des dociles et des forts : réserve faite pour ceux qui sont liés par d’autres devoirs et pour les incapables, il n’y a pas d’exclusion prononcée. On suppose seulement chez le candidat le dessein de souscrire aux conditions de la vie monastique, qui se réduisent à trois : renoncer à ses volontés propres, prendre en main les armes de l’obéissance et militer pour le Seigneur.
Renoncer à ses volontés propres, ceci est préjudiciel. Saint Benoît parle des volontés, au pluriel , parce que la volonté propre ou l’égoïsme revêt des formes multiples. Sans prétendre les classifier, nous pouvons remarquer qu’il y a des volontés de réaction, des volontés de système, des volontés de tempérament. Les premières sont les moins dangereuses :
c’est l’erreur d’un instant, une distraction, une parenthèse. Les volontés de système naissent habituellement au cours de la vie religieuse. On avait, au jour de la profession, renoncé à tout, mais on a reconstruit depuis : c’est une question de personne que l’on aime ou que l’on n’aime pas ; ou bien une question de doctrine, un point de détail peut-être, sur lequel on ne consent pas à transiger Il est plus malaisé encore de nous défaire de la volonté de tempérament, d’une trempe fermée, maussade, chicanière, qui nous porte invariablement à l’ego contra.
Dans la mesure où nous dépouillerons la vieille défroque séculière d’égoïsme et jetterons bas tous les impedimenta, nous serons en état de saisir et de manier les armes de l’obéissance. Alors que l’Apôtre envisage les principales vertus comme les pièces diverses de l’armure surnaturelle (I THESS., V, 8 ; EPHES., Vl, 14-17), N. B. Père appelle du seul nom générique les armes qu’il donne à son moine  : c’est l’armure de l’obéissance. On est soldat pour obéir, pour obéir en dépit de tout, et toujours ; et, lorsqu’il s’agit du Seigneur, pour obéir universellement et sans demander des pourquoi : c’est bien le moins. A-t-on assez déclamé contre l’immoralité du vœu d’obéissance ! a-t-on assez jeté le discrédit sur les vertus dites passives ! Saint Benoît comprend autrement les intérêts de la dignité humaine : les armes de l’obéissance sont pour lui les plus fortes, les mieux trempées, les plus brillantes aussi et les plus glorieuses. Nous obéissons à Dieu, nous obéissons à une Règle que nous avons étudiée et choisie : à un homme, nous n’obéissons jamais que dans les limites de ce que nous avons voué. Et alors que nous obéissons, non seulement nous sommes libres puisque c’est délibérément que nous unissons notre volonté à celle de Dieu, ce qui n’est pas une manière de se rapetisser ; mais encore nous sommes tenus de faire nôtre le motif réel de l’action et d’associer notre intelligence à la pensée divine.
L’enrôlement fait, le soldat équipé, il n’y a plus qu’à militer sous l’étendard du vrai roi le Seigneur Christ : Domino Christo vero regi militaturus . C’est pour lui et ses intérêts, c’est à son exemple aussi que nous le servons : In capite libri scriptum est de me ut facerem voluntatem tuam. Deus meus, volui, et legem tuam in medio cordis mei... Factus obediens usque ad mortem. Prenons bien conscience du drame qui s’accomplit, et dans lequel nous devons jouer notre rôle. Ce drame remplit le temps et l’espace. Il a commencé, dès l’origine des choses, dans le monde angélique, par une désobéissance qui en a entraîné ici-bas une autre, laquelle a été réparée par l’obéissance de Notre Seigneur Jésus-Christ ; les êtres intelligents se sont rangés en deux camps : ceux qui obéissent, et ceux qui n’obéissent pas ; et la lutte des deux armées est sans trêve. Chacune a son roi ; et qui prétend se soustraire à l’obéissance passe de fait sous la tyrannie d’un autre. Dieu pour dieu : j’aime mieux le mien ! Dans l’armée de ceux qui obéissent au Seigneur, les religieux forment un corps d’élite. N B. Père reconnaîtra d’ailleurs que la vie monastique a encore la physionomie d’une école, d’un atelier, et surtout celle d’une famille.

D’abord, en toute œuvre bonne que tu entreprends, commence par lui demander dans une prière très instante qu’il la mène à bien. Ainsi celui qui a, daigné nous compter déjà parmi ses fils n’aura pas un jour à s’attrister de nos mauvaises actions.


La première recommandation de N. B. Père, son premier souci, est que nous nous appuyions sur Dieu pour monter jusqu’à lui. Il nous faut la grâce, il nous faut la prière qui sollicite la grâce : deux éléments connexes et de nécessité égale. Une remarque aussi précise, dès le commencement de la Règle, coupe court à toute diminution pélagienne ou semi pélagienne de la doctrine. Pour Pélage, moine gyrovague, l’homme est essentiellement bon : il n’a besoin, pour faire le bien, que de sa bonne volonté, avec le secours tout extérieur de la loi, de l’enseignement et de l’exemple de Notre Seigneur ; Cassien lui-même, dans sa Conférence VIII, estime que notre raison et notre volonté suffisent pour l’acte premier moyennant lequel nous nous déterminons à la foi et entrons dans la vie surnaturelle. La formule de saint Benoît est infiniment prudente et concorde avec la doctrine du concile d’Orange (529)  : Adjutorium Dei etiam renatis et sanctis semper est implorandum, ut ad finem bonum pervenire vel in bono possint perdurare.
Il s’en faut de tout, en effet, que nous puissions nous passer de Dieu. Dieu intervient en chacun de nos actes et exerce son influence dès leur source. Dans l’acte surnaturel il intervient à un titre spécial, parce que l’agent créé met en œuvre des facultés qui ne sont pas les siennes. La première démarche vers la foi et le baptême est due à une impulsion de sa grâce ; la vraie vocation religieuse vient de lui aussi, et non d’un travail de déduction intérieure et purement philosophique. Mais cette coopération de Dieu est non moins indispensable pour poursuivre I’œuvre surnaturelle commencée, qui est de longue haleine et qui doit durer toute la vie. Et si notre vocation est angélique, notre nature ne l’est pas ; alors que l’ange se fixe, dans un seul acte de volonté, nous devons, nous, avec une nature moins forte, plus exposée, sollicitée d’en bas, ressaisir à chaque instant notre vie, toujours prête à faiblir devant l’obstacle. C’est à Dieu que nous devons demander, par une prière fervente, pressante et qui ne se lasse jamais, instantissima oratione, la grâce du « parfaire » la grâce de la persévérance.
Il n’est pas à redouter que Dieu se dérobe à notre prière : il s’est engagé d’avance, il s’est compromis lui-même. C’est la meilleure réponse à cette question naïve : aurai-je la force d’aller jusqu’au bout ? Dieu nous a devancés : Prior dilexit nos... In caritate perpetua dilexi te, ideo attraxi te, miserans. Son amour est sans date. Il s’est empressé près de chacun de nous. Il nous a donné d’emblée par le baptême cette vie surnaturelle et divine que nous ne lui demandions pas. Nous sommes maintenant du nombre de ses enfants. Soyons donc ce qu’il nous a faits. Ne démentons point, par des œuvres mauvaises, la dignité à laquelle il nous éleva par pure tendresse. Employons-nous à ne pas tromper sa bonté, à ne pas l’en faire repentir. Dans un sentiment très délicat et très filial, saint Benoît considère l’épanouissement de notre perfection comme un succès personnel de Dieu et son avortement comme une faillite de la Toute-Puissance.


Car il nous faut, en tout temps, lui non obéir au moyen des dons qu’il a mis en nous, pour que jamais, en père irrité, il ne déshérite ses enfants, ni qu’en maître redoutable, courroucé par nos méfaits, il ne livre à la peine éternelle ces très mauvais serviteurs qui n’auraient pas voulu le suivre à la gloire.


C’est le développement de ce qui vient d’être dit. La prière et la grâce nous sont nécessaires pour obéir à Dieu toute notre vie et à tout instant, car telle est réellement la tâche offerte et acceptée ; mais rien ne nous manquera pour la mener à bien, si notre prière sollicite la grâce et .si notre fidélité la fait fructifier. L’origine et la mesure de nos richesses surnaturelles le sont aussi de nos obligations et de nos responsabilités or, nous sommes devenus vis-à-vis de Dieu des fils et des serviteurs.
Nous sommes enfants de Dieu, non pas en vertu d’une fiction légale, mais en vertu d’une assimilation profonde et vitale à son Fils unique ; et dans cette sève divine qui coule en nous par la grâce, nous tenons un titre irrécusable à l’héritage même du Fils : Si autem filii, et haeredes haeredes quidem Dei, cohaeredes autem Christi. Cette vie surnaturelle est` douée de facultés qui lui sont proportionnées : la foi, l’espérance, la charité. Grâce sanctifiante, vertus théologales, vertus morales, dons du Saint-Esprit, secours de toutes sortes : voilà « les biens de Dieu en nous » dont parle saint Benoît. C’est le trésor que Dieu nous a confié et auquel nous devons faire rapporter le plus possible : Negotiamini dum venio.
La fidélité et le succès ne sont pas exigés de nous seulement par la délicatesse due au Seigneur, par le souci de ne pas le contrister : c’est une question d’honnêteté et de justice ; et saint Benoît nous y excite enfin au nom de nos propres intérêts. Dieu, de son fonds, n’est que bonté ; il ne devient sévère que de notre fait, lorsqu’il est provoqué par nos fautes : De suo optimus, de nostro justus, dit Tertullien. Si nous trahissons Dieu, le Père qu’il est nous déshéritera, le Maître redoutable qu’il est nous châtiera, et dans la proportion même de son amour méprisé, de sa confiance trompée. Il faut bien comprendre cette fin de phrase, et ne pas faire dire à saint Benoît que le Seigneur use, dans le châtiment, de deux degrés distincts, séparables l’un de l’autre et superposables l’un à l’autre : en ce sens que tantôt il déshérite simplement, et que parfois, par exemple s’il y a excès dans l’infidélité, il châtie par des peines afflictives ; il n’est nul cas où l’âme, réellement déshéritée par sa faute, n’ait à souffrir. Le dessein de N. B. Père est de signaler les deux peines inséparables de l’éternité : non seulement celle du dam, qui prive de l’héritage céleste, c’est-à-dire de Dieu, les fils rebelles, mais encore celle du sens, livrant au feu les serviteurs tout à fait mauvais qui n’ont pas voulu le suivre à la gloire.
Il ne s’agit pour l’homme que d’aller régner à jamais avec le Christ, ou d’aller souffrir à jamais avec les démons. Saint Benoît présentera plusieurs fois, au cours du Prologue, cette alternative redoutable ; et il propose la vie monastique comme le chemin le plus direct et le plus sûr pour atteindre Dieu ;à ses yeux, tendre vaillamment vers la réalisation plénière de son baptême et la perfection de la vie surnaturelle (il n’est question que de cela dans le Prologue) est encore le procédé le plus efficace pour s’éloigner de la mort éternelle, en même temps que le procédé le plus logique et le plus glorieux pour Dieu et pour nous. Sans méconnaître que l’homme est libre d’entrer ou de n’entrer pas, et que, pour beaucoup de ceux auxquels parviendra son invitation, la vie monastique n’est pas indispensable à la réparation ou à la persévérance, sans confondre les préceptes avec les conseils, N. B. Père simplifie pourtant les données du problème. Nous ne remarquerons jamais assez en quels termes rigoureux et clairs la question est posée.
Les textes français proposés ont pour seul but une meilleure compréhension des textes latins. Ils ne doivent pas être utilisés dans la liturgie en Français.
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