Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Prologus II Prologue II
Exurgamus ergo tandem aliquando excitante nos Scriptura ac dicente: Hora est iam nos de somno surgere, et apertis oculis nostris ad deificum lumen adtonitis auribus audiamus divina cotidie clamans quid nos admonet vox dicens: Hodie si vocem eius audieritis, nolite obdurare corda vestra. Et iterum: Qui habet aures audiendi audiat, quid Spiritus dicat ecclesiis. Et quid dicit? Venite, filii, audite me; timorem Dei docebo vos. Currite dum lumen vitæ habetis, ne tenebræ mortis vos conprehendant. Levons-nous donc enfin, stimulés par l’Écriture qui nous dit : « L’heure est venue pour nous de sortir du sommeil. » Les yeux ouverts à la lumière divine et les oreilles attentives, écoutons cet avertissement que la voix de Dieu nous crie chaque jour : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, ne durcissez pas votre coeur. » Et encore : « Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises. » Et que dit-il ? « Venez, mes fils, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur. Courez, tant que vous avez la lumière de la vie, de peur que les ténèbres de la mort ne vous surprennent. »
Les préliminaires établis, nous allons commencer, dit saint Benoît, et mettre résolument la main à l’œuvre. Quel que soit notre âge, surtout si nous sommes sur le déclin de la vie, il est temps, c’est l’heure, l’heure de la grâce, l’heure de Dieu. Depuis trop longtemps nous sommes plongés dans le sommeil , un sommeil lourd, peut-être un sommeil troublé et traversé de rêves pénibles. Le sommeil n’est pas la mort, mais ce n’est pas la vie non plus ; c’est la vie oscillante, la vie latente et qui ne s’exerce pas. L’inattention, l’accoutumance ont effacé pour nous tous les contours des réalités surnaturelles. Nous dormons, et nous ne sommes pas heureux. Levons-nous donc enfin, à la voix de l’excitateur qui est Dieu même, et non plus seulement N. B. Père saint Benoît. Dieu nous invite par son Écriture ; c’est vraiment la parole de Dieu, s’adressant individuellement à chacun de nous ; il ne semble pas que l’âme baptisée puisse résister à un enseignement qui est fait pour elle. Nous remarquerons que, dans la Règle, la sainte Écriture a toujours une valeur décisive. Hora est jam nos de somno surgere : la liturgie de l’Avent a recueilli cette formule de l’Apôtre (Rom., XIII, 11), et elle n’est jamais hors de saison au cours de l’Avent perpétuel de notre vie.
Ouvrons les yeux : c’est par là que l’on commence à secouer le sommeil et à reprendre conscience de ce qui est. Ouvrons les yeux à « la lumière déifique » cela peut s’entendre de l’Écriture : Lucerna pedibus meis verbum tuum et lumen semitis meis (Ps. CXVIII, 105) ; cela peut s’entendre de la foi, ou bien de Notre Seigneur lui-même, vraie lumière qui marche et qui nous guide : Qui sequitur me non ambulat in tenebris sed habebit lumen vitae (JOANN., VIII, 12). Il faut écouter aussi et prêter l’oreille à une voix puissante et douce : attonitis auribus . Le plus grand auxiliaire de l’ennemi en nous est l’inattention ; et alors que la lumière divine nous enveloppe sans cesse, que Dieu nous parle à tout instant, nous demeurons aveugles et sourds, inertes, sans souci de la vérité. Rompons enfin la trame de l’accoutumance, intéressons-nous, soyons curieux : puisque aussi bien, nous dit la sagesse antique, l’admiration ou la surprise sont le principe de toute réflexion philosophique.
Chaque matin, au commencement de l’office, la voix du Seigneur nous crie., suppliante : Aujourd’hui, si vous entendez mon appel, gardez vous d’endurcit vos cœurs (Ps. XClV, 8). Car nous sommes par excellence des retardataires, des traînards : a Aujourd’hui, mon Dieu ? Ce que vous me demandez d’abandonner est si intéressant ! Si nous remettions à demain ? C’est entendu : je serai sage et mortifié demain... ” Et notre mauvaise habitude s’affermit, car tout acte laisse en nous sa trace, et nous perdons de la force chaque jour. La conversion ne sera-t-elle pas plus difficile demain ?
Qui habet aures audiendi, audiat quid Spiritus dicat Ecclesiis (MATTH., XI, 15 ; APOC., 2, 7). L’invitation est plus pressante : on s’adresse à notre intelligence, à notre fierté, à un certain orgueil légitime. Ce que l’Esprit de Dieu dit à l’âme qu’il visite, c’est de venir simplement se mettre à son école : il est Docteur et il est Père. Il lui enseignera à craindre Dieu, c’est-à-dire à vivre devant Dieu dans le respect filial et la tendresse (Ps. XXXIII, 12). Saint Benoît ajoute le grave avertissement du Seigneur en saint Jean (XII, 35) : “ Hâtez-vous de venir à Dieu, tandis que vous avez la lumière de la vie, de peur d’être saisi par les ténèbres de la mort ”. L’hodie ne s’étend pas au delà de la vie présente ; et qui sait si vous disposerez d’un lendemain ? Tandis que Dieu parle et vous éclaire, tandis qu’il consent à marcher devant vous, suivez-le et prenez son allure : sinon l’étoile disparaîtra .
Les textes français proposés ont pour seul but une meilleure compréhension des textes latins. Ils ne doivent pas être utilisés dans la liturgie en Français.
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