Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 3: De adhibendis ad consilium fratribus (a) 3 - LE RECOURS AU CONSEIL DES FRÈRES (a)
Quoties aliqua praecipua agenda sunt in monasterio, convocet abbas omnem congregationem et dicat ipse unde agitur. Et audiens consilium fratrum, tractet apud se et quod utilius judicaverit faciat. Ideo autem omnes ad consilium voeari diximus quia saepe juniori Dominus revelat quod melius est. Sic auteum dent fratres consilium cum omni humilitatis subjectione, ut non praesumant procaciter defendere quod eis visum fuerit, sed magis in abbatis pendeat arbitrio, ut quod salubrius esse judicaverit, ei cuncti obediant ; sed sicut discipulis convenit obedire magistro, ita et ipsum provide et juste condecet cuneta disponere. CHAQUE FOIS que des affaires importantes devront se traiter au monastère, l’abbé convoquera toute la communauté et dira luimême de quoi il s’agit. Après avoir entendu l’avis des frères, il réfléchira et fera ce qu’il juge le plus utile. Nous disons que tous doivent être appelés au conseil. car souvent le Seigneur révèle à un jeune ce qui est préférable. Les frères donneront leur avis en toute humilité et soumission et ne se permettront pas de défendre âprement leur manière de voir ; c‘est à l’abbé de décider et, selon ce qu’il aura jugé être le plus salutaire, tous lui obéiront. Mais s’il convient aux disciples d’obéir au maître, il revient à celui-ci de disposer toutes choses avec prévoyance et équité.
DE LA CONVOCATION DES FRÈRES EN CONSEIL

Chaque fois que des affaires importantes devront se traiter au monastère, l’abbé convoquera toute la communauté et dira lui-même de quoi il s’agit. Après avoir entendu l’avis des frères, il auteur réfléchira et fera ce qu’il juge le plus utile. Nous disons que tous doivent être appelés au conseil, car souvent le. Seigneur révèle à un jeune ce qui est préférable.

Ce chapitre achève de fixer la constitution de la société monastique, en précisant le rôle qui revient à chacun de ses membres dans le gouvernement. Le dessein de N. B. Père n’est aucunement d’apporter des restrictions, des limites, des contrepoids au pouvoir absolu de l’Abbé ; il n’a jamais songé à introduire chez lui les formes démocratiques et parlementaires ; et toutes les prescriptions que nous allons lire semblent calculées au contraire de manière à souligner le caractère souverain de l’autorité abbatiale, interprète et gardienne de l’autorité de la Règle, forme créée de l’autorité divine. Mais le dépositaire d’une telle puissance demeure un homme, obligé lui aussi de chercher péniblement la vérité, de découvrir les meilleures solutions pratiques, et exposé d’ailleurs à se méprendre. C’est par condescendance que saint Benoît lui donne des conseillers ; ils n’auront pas mission de partager son pouvoir, de le contrôler, de lui faire échec à l’occasion, mais seulement de l’éclairer, de l’appuyer et d’en prévenir ainsi, discrètement, les maladresses ou les abus. Une intelligence n’épuise pas toute question ; ce que l’un n’aperçoit pas, un autre le découvrira peut-être, et les affaires ainsi traitées par le concours et la prudence de plusieurs sont mieux assurées du succès c’est le motif qu’indique saint Benoît comme conclusion de ce chapitre, en citant le témoignage de l’Ecclésiastique (XXXll, 24).
N. B. Père distingue deux sortes d’affaires au sujet desquelles l’Abbé prendra conseil : praecipua, minora. Pour les questions les plus graves, il convoquera toute la communauté ; pour celles qui sont moins sérieuses, mais qui ont cependant leur importance, il se bornera à consulter les., anciens. Il est une troisième catégorie de questions qui ne réclament nulle convocation des frères : les questions de détail d’abord ; puis celles qui ont une solution nécessaire, ou évidente, ou réservée à l’Abbé, ou telle enfin que la communauté ne saurait être juge compétent. Selon N. B. Père, c’est l’Abbé qui apprécie s’il y a lieu, pour lui, de demander conseil. Toutes les fois, par exemple, qu’il s’agit d’affaires où sont engagés gravement les intérêts d’honneur ou les intérêts d’argent du monastère, il doit réunir la communauté entière.
Et en désirant la présence de tous , saint Benoît obéit à une pensée de foi. ,Dieu s’intéresse activement aux affaires d’une maison monastique c’est lui qui préside, et toute décision sage doit lui être imputée (MATTH., XVlll, 20). Pourquoi exclurait-on du conseil les jeunes profès, les petits oblats en âge de parler (V. le chap. LlX) ? N’est-il pas d’expérience que le Seigneur aime à nous communiquer sa pensée par la bouche des enfants  ? Cet âge est plus naïf, moins personnel, et Dieu agit plus librement avec lui. Il s’est servi d’un Samuel et d’un Daniel (V. le chap. LXlll) ; et au Mont Cassin sans doute d’un saint Maur et d’un saint Placide. Mais les jeunes frères perdraient aussitôt le bénéfice de cette prédilection divine, s’ils manquaient de mesure, de courtoisie et d’humilité dans leurs appréciations, s’ils prononçaient avec solennité et importance sur les personnes et sur les choses, s’ils ne se mettaient en garde contre une tendance à formuler des résolutions tranchante, ou impitoyables ; leurs vues sont parfois courtes et simplistes, ils n’ont pas toujours le sens de ce qu’il y a de complexe dans les questions traitées.
L’office de rapporteur revient encore à l’Abbé. Il expose l’affaire clairement, de telle sorte que tous comprennent bien de quoi il s’agit. Il le fait sans passion et sans essayer d’extorquer des adhésions, puisque, à la rigueur, elles ne lui sont pas nécessaire. ;. Il écoute avec impartialité et avec patience l’avis des frères : ce qui ne veut pas dire qu’il doive laisser parler indéfiniment les bavards et s’interdire des rectifications qu’appelleraient la justice, le bon ordre, le bon sens. Il réfléchit ensuite à part lui, s’éclairant des lumières de tous, et décide souverainement, non pas ce qui lui plaît, non pas invariablement le contraire de ce qui lui a été suggéré, mais ce qu’il juge devant Dieu le plus utile.

Les frères donneront leur avis en toute humilité et soumission et ne se permettront pas de défendre âprement leur manière de voir ; c’est à l’abbé de décider et, selon ce qu’il aura jugé être le plus salutaire, tous lui obéiront. Mais s’il convient aux disciples d’obéir au maître, il revient à celui-ci de disposer toutes choses avec prévoyance et équité.

S’il y a profit pour l’Abbé à faire preuve d’accueillante et de démission de soi, il y a pour les moines un devoir strict de se montrer gens de tact et fils dociles. Les frères donneront leur avis, puisqu’on les a convoqués pour cela ; une attitude boudeuse, vexée, maussade, serait grotesque et infiniment peu monastique. Ils donneront leur avis à tour de rôle, lorsqu’ils seront interrogés ou qu’on leur aura accordé la parole. Ils parleront avec toute la soumission qu’inspire l’humilité : cum omni humililatis subjectione, sans prendre le ton doctoral et pompeux, sans s’imaginer faire office de juges, ni même de députés, sans attacher à leur sentiment une valeur décisive, ni croire qu’une large part dit salut public est entre leurs mains. Ajoutons qu’il faut se tenir dans la question proposée et ne pas greffer une motion ou une interpellation sur le point précis qui a été. soumis à la délibération du conseil.
Il peut se faire que l’avis donné par vous soit peu agréé : réjouissez vous que l’on se range à un avis plus sage encore ; ou du moins ayez l’urbanité de ne pas plaider amèrement et avec obstination en faveur de votre pensée. En public, grâce à Dieu, on ne plaide guère contre l’Abbé ; mais on est plus exposé à défendre son opinion contre l’un ou l’autre des frères. On peut être tenté de reprendre en sous-œuvre les remarques d’un autre pour les contredire, quelquefois pour les tourner en dérision, tout cela d’une façon ouverte ou bien d’une façon perfide et sournoise. De tels procédés sont d’autant plus incorrects que le frère incriminé d’ordinaire la bouche fermée par la charité, la prudence, le secret professionnel. Une assemblée monastique ne doit jamais avoir le caractère tumultueux de certaines séances de nos parlements. Et dans la pensée de N. B. Père, ni les individus, ni une majorité, ni même l’unanimité des frères, n’ont un droit à faire prévaloir leur sentiment la décision est réservée exclusivement à l’Abbé  ; il demeure libre de prendre celle qui lui paraîtra la plus opportune, et tous s’empresseront de s’y soumettre. Mais, de même qu’il est dans l’ordre que les disciples obéissent au maître, il est dans l’ordre aussi que le maître dispose toutes choses avec prévoyance et équité. Il n’y a pas morcellement du pouvoir, mais des devoirs existent des deux côtés ; ceux qui obéisses ne sont pas livrés à l’arbitraire, aux boutades, aux caprices de la passion, et la meilleure garantie qu’on leur puisse donner est cette affirmation réitérée que l’Abbé est comptable devant Dieu, et qu’après tout, lui aussi, lui surtout, doit être un obéissant.
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