Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 7: De humilitate (a) 7 - L’HUMILITÉ (a)
Primus itaque humilitatis gradus est, si timorem Dei sibi ante oculos semper ponens, oblivionem omnimo fugiat et semper sit memor omnia quæ præcepit Deus, ut qualiter et contemnentes Deum gehenna de peccatis incendat et vita æterna quæ timentibus Deum præparata est, animo suo semper revolvat. Le premier échelon de l’humilité est donc de se mettre constamment devant les yeux la crainte de Dieu en évitant absolument l’oubli et en se souvenant toujours de tout ce que Dieu a prescrit. Que l’esprit rumine ainsi sans cesse la manière dont l’enfer brûle, à cause de leurs péchés, ceux qui méprisent Dieu, et la vie éternelle préparée pour ceux qui craignent Dieu.
Le premier échelon de l’humilité est donc de se mettre constamment devant les yeux la crainte de Dieu en évitant absolument l’oubli et en se souvenant toujours de tout ce que Dieu a prescrit. Que esprit rumine ainsi sans cesse la manière dont l’enfer brûle, à cause de leurs péchés, ceux qui méprisent Dieu, et la vie éternelle préparée pour ceux qui craignent Dieu.


L’humilité chrétienne n’est pas une simple habitude extérieure et matérielle, conquise par un exercice d’assouplissement. Ce n’est pas non plus une vertu des lèvres. Elle ne consiste pas davantage dans le mépris de soi : il y a des êtres d’une abjection parfaite qui se méprisent sincèrement, sans pour cela mériter le nom d’humbles. Elle n’est pas même une vertu de pure intelligence, mais réside dans la volonté. Il faut reconnaître néanmoins que l’humilité est fondée sur l’intelligence surnaturelle et la foi, et saint Benoît ne s’y est pas trompé. Selon lui, c’est sur une connaissance exacte que repose tout l’édifice de l’humilité ; l’humilité peut être définie une attitude de “ vérité ”. Elle commence par nous ordonner devant Dieu. Encore faut-il que nous sachions ce qu’est Dieu en lui-même et vis-à-vis de nous, et que nous prenions conscience de sa présence. Notre éducation surnaturelle est le fruit d’un double regard : le regard de Dieu sur nous, notre regard vers Dieu. Quand le regard de Dieu et le nôtre se rencontrent, que cela se prolonge et devient habituel, notre âme possède “ la crainte de Dieu ”. Selon certains hébraïsants, on pourrait établir un rapprochement entre le mot qui signifie craindre et celui qui signifie regarder. Lorsque nous étions petits enfants, nous observions le regard de notre mère pour estimer la valeur de nos actions telle a été la forme initiale de notre conscience. Le regard que nous tenons figé sur Dieu devient la forme définitive de notre conscience d’enfants de Dieu : Ad te levavi oculos meos, qui habitas in caelis.
Il n’est guère de disposition qui dans l’Ancien Testament soit plus assidûment exigée que la crainte de Dieu. Elle est donnée comme le commencement de la sagesse : Initium sapientiae timor Domini. Elle en est présentée comme l’achèvement : Plenitudo sapientiae est timere Deam, corona sapientiae timor Domini (ECCLI. ; I, 20, 22) ; et l’Écriture aime à résumer la sainteté de ses héros en disant qu’ils “ craignaient Dieu ”. Elle est offerte enfin comme le meilleur instrument de perfection, et le Psalmiste demandait au Seigneur qu’il voulût bien “ transpercer sa chair de crainte ”. Observons d’ailleurs que la crainte de Dieu est une “ variable ” : elle prend divers caractères et diverses valeurs selon qu’elle appartient à l’économie ancienne ou à la nouvelle, en fonction aussi de la vie de chacun. Il y a la crainte de l’esclave, celle du fils, celle de l’épouse ; il y a une crainte du temps et une crainte de l’éternité :
Timor Domini sanctus permanens in saeculum saeculi , car la crainte subsiste pour ceux-là mêmes qui sont avec Dieu .

Elle fait partie des dons du Saint-Esprit ; et il n’est point sans elle de vie surnaturelle. N. B. Père voudrait qu’elle fût enracinée au cœur des moines. Lisons attentivement ces textes très denses et comprenons tout ce qu’implique cette notion de la crainte de Dieu pour l’intelligence, pour la volonté et pour l’agir .
Notre attitude en face de Dieu sera déterminée par l’appréciation saine de ce qu’il est à notre égard, de ce que nous sommes au sien, de ce qu’il a prescrit et sous quelles peines. Nous sommes créatures, c’est-à-dire que nous tenons tout de Dieu : le corps, l’âme, la vie, la durée, les influences, les directions, le jour de notre mort, tout enfin. A ce titre, Dieu a sur nous un droit absolu de propriété et d’autorité. Il n’y a rien là qui nous puisse effrayer. C’est la joie, la plus haute joie de la créature de reconnaître cette souveraineté divine et de s’abandonner à ce pouvoir discrétionnaire. Et jamais le Seigneur ne nous fait plus d’honneur que lorsqu’il dispose de nous à son gré, sans nous demander conseil, sans paraître soupçonner seulement qu’il y aura une hésitation dans notre volonté ou un frémissement dans notre chair. Ainsi furent traités Abraham, les Prophètes, saint Jean-Baptiste, la sainte Vierge, Notre Seigneur Jésus-Christ. Ceux qui ont du cœur le comprennent bien. Le cri des croisés est un cri éternel. Faut-il ajouter que nous autres, nous avons jugé bon d’étendre et de consacrer, par la. profession, les droits de Dieu sur nous ? Liés à Dieu en tant que créatures, nous le sommes encore en tant que rachetés au prix du sang, en tant que pécheurs pardonnés et arrachés peut-être plusieurs fois à l’enfer ; nous le sommes au titre de notre filiation adoptive, et parce que, demeurant faibles, nous vivons dans un perpétuel besoin de Dieu. Il a d’ailleurs défini son dessein à notre endroit et comment nous devions collaborer à son œuvre ; il nous a donné des préceptes, et il les a garantis de sa sanction. Pour ceux qui craignent Dieu, la vie éternelle est préparée ; pour ceux qui pèchent, qui négligent Dieu et se moquent ainsi de sa majesté infinie, c’est la chute dans l’enfer.
Nous reconnaissons la grande doctrine du Prologue. Ici encore, N. B. Père répète que l’appréciation intellectuelle d’où naît la crainte de Dieu doit être continuelle, de tous les instants, toujours en éveil semper ponens,... semper sit memor,... animo suo semper revolvat,.,.. omni hora. Il sait que nous avons besoin longtemps d’un effort pour prendre ainsi contact avec le Seigneur : sibi ante oculos ponens ; c’est la foi toute seule qui nous rend attentifs à Dieu présent et aux réalités surnaturelles, tandis qu’il nous est trop facile d’avoir conscience de nous-mêmes et des choses sensibles qui nous environnent. Oblivionem omnino fugiat : l’inattention est la grande pourvoyeuse de l’enfer, et il est quelqu’un qui a tout intérêt à la cultiver en nous. On peut oublier par inadvertance, distraction, emportement de l’âme sous la poussée sensible. On peut oublier par négligence, lâcheté, somnolence : “ Je ne l’ai jamais fait ; je suis trop vieux ; je ne peux pas... ” On peut oublier par calcul : c’est l’inattention voulue, le péché contre le Saint-Esprit, la préoccupation d’obstruer son âme de telle sorte que la lumière et le repentir n’y puissent pénétrer. A quoi cela servira-t-il ? Lorsque vous oubliez ainsi, supprimez-vous votre connaissance première, et cette conscience que vous aviez, en commençant à biaiser, des conséquences éventuelles de votre infidélité ? Supprimez-vous votre devoir ? comme si, pour éteindre une dette, il suffisait de n’y point songer. Supprimez-vous Dieu ? Croyez vous qu’il ne faille qu’un peu de ruse, de diplomatie interne ou d’obstination, pour écarter Dieu ? Nous ne changerons rien à la réalité des choses. Dieu est maître, nous sommes créatures, nous avons promis : Dieu lui même ne peut rien changer à cela. Il y a un ciel pour ceux qui craignent Dieu, un enfer pour ceux qui le méprisent ; et, au bout de la vie, l’épreuve morale ne peut se réitérer. Dieu serait un Dieu ridicule, une sorte de Géronte que l’on pourrait impunément et indéfiniment souffleter s’il n’avait, des ordres qu’il a donnés, nul souci, et si les âmes n’en portaient pas devant lui la responsabilité et le fardeau.
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