Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 7: De humilitate (b) 7 - L’HUMILITÉ (b)
Et custodiens se omni hora a peccatis et vitiis, id est cogitationum, linguæ, manuum, pedum vel voluntatis propriæ sed et desideria , æstimet se homo de cælis a Deo semper respici omni hora et facta sua omni loco ab aspectu Divinitatis videri et ab angelis omni hora renuntiari. Demonstrans nobis hoc Propheta, cum in cogitationibus nostris ita Deum semper præsentem ostendit dicens: Scrutans corda et renes Deus; et item: Dominus novit cogitationes hominum; et item dicit: Intellexisti cogitationes meas a longe; et: Quia cogitatio hominis confitebitur tibi. Nam ut sollicitus sit circa cogitationes suas perversas, dicat semper utilis frater in corde suo: Tunc ero immaculatus coram eo si observavero me ab iniquitate mea. Se gardant à toute heure des péchés et des vices, ceux des pensées, de la langue, des mains, des pieds et de la volonté propre, et aussi des désirs de la chair, l’homme pensera que, du ciel, Dieu l’observe à toute heure er qu’en tout lieu ce qu’il fait est vu par le regard divin et lui est rapporté à tour moment par les anges. La preuve nous en est donnée par le Prophète, quand il montre Dieu toujours présent à nos pensées : « Dieu, dit-il, scrute les coeurs et les reins » ; et de même : « Le Seigneur connaît les pensées des hommes. » Il dit aussi : « Tu as compris de loin mes pensées »; et : « La pensée de l’homme te sera révélée. » Aussi, pour être vigilant à l’endroit de ses pensées mauvaises, le frère avisé dira toujours dans son coeur : « C’est alors que je serai sans tache devant lui, si je me garde de mon péché ».
Se gardant à toute heure des péchés et des vices, ceux des pensées, de la langue, des mains, des pieds et de la volonté propre, et aussi des désirs de la chair.

Et custodiens se... N. B. Père envisage maintenant ce que la crainte de Dieu entraîne de fidélité pratique. La méditation assidue de la volonté du Seigneur, de ses récompenses, de ses châtiments, invitera le moine à la vigilance. A toute heure, et particulièrement aux heures de tentation, qui peut-être sont périodiques, il sera sur ses gardes. La triste expérience de ses chutes et l’examen de conscience quotidien lui révéleront bien les points vulnérables. Il faudra s’abstenir des péchés et des vices, c’est-à-dire de toute faute, habituelle ou non ; éliminer avec la faute la mauvaise tendance qui en est le germe. Et saint Benoît énumère les principaux instruments de péché : la pensée, la langue, les yeux, les mains, les pieds. Aussi bien, cette variété des facultés qui, matériellement, servent au péché, se résume-t-elle dans la volonté propre : vel voluntatis propriae. Mais ce n’est pas seulement à l’égard des fautes complètes et des fautes extérieures qu’il importe de déployer vigilance et résolution : on se hâtera de retrancher les désirs charnels eux-mêmes dès qu’ils commencent à poindre. L’expression desideria carnis, chez saint Benoît comme chez saint Paul, désigne tous les désirs de la vie égoïste, de la vie d’avant le baptême et là. profession, l’ensemble de toutes les dispositions qui ne viennent pas de Dieu et ne portent pas à lui ; la chair, ici, c’est l’homme, en conflit perpétuel avec l’Esprit qui réalise notre filiation divine. par son influence et sa présence.
AEstimet se homo de eaelis a Deo semper respici omni hora et facta sua in omni loco ab aspectu Divinitatis videri et ab angelis omni hora Deo nuntiari
L’homme pensera que, du ciel, Dieu l’observe à toute heure et qu’en tout lieu ce qu’il fait est vu par le regard divin et lui est rapporté à tout moment par les anges.
La vraie crainte de Dieu est donc faite de connaissance et de fidélité pratique. Cet enseignement a paru si considérable à N. B. Père, qu’il le reprend point par point, donnant ainsi à l’étude du premier degré d’humilité un développement disproportionné. Nous entendons de nouveau ce principe général qu’il nous faut prendre conscience d’un Dieu toujours présent. Jusqu’ici, semble-t-il saint Benoît n’a parlé que du regard que nous autres nous tournons vers Dieu : celui-là a des intermittences, car le propre des êtres créés c’est de n’être pas, à tout instant, dans l’exercice plénier de leur puissance. Mais Dieu est l’Acte pur. Il s’appelle “ le Dieu qui vit et qui voit ”. La lumière de ses yeux pénètre jusqu’aux abîmes ; en tout temps, en tout lieu, les choses sont à nu devant elle. Lorsque saint Benoît, avec l’Écriture, afferme que Dieu nous contemple du haut du ciel comme d’un observatoire, cela veut dire non seulement que Dieu est bien placé pour ne rien perdre de nos mouvements, mais cela signifie encore que Dieu nous regarde du fond de ce sanctuaire qui est notre âme. Dieu n’a réellement d’autre demeure que lui et nous, encore qu’il soit partout présent grâce à son action universelle. De coelis implique donc, non pas l’éloignement, mais au contraire l’intimité la plus absolue ; non une distance, mais au contraire l’union réelle ; ce n’est pas du dehors, mais du dedans que le Seigneur se renseigne à toute heure sur notre vie : et c’est là aussi que notre propre regard doit essayer de rencontrer le sien .
Nous ne sommes jamais seuls ; Dieu nous voit, et ses anges, ajoute saint Benoît, lui font part sans cesse de nos œuvres. Il semble que N. B. Père n’ait pas renoncé complètement à la signification littérale de l’échelle de Jacob. Nul ne songera que les anges apportent au Seigneur le supplément d’une information suffisante. Ce n’est pas par indigence, mais par opulence que le Seigneur emploie ces messagers. Il les associe à son gouvernement providentiel, afin que tout s’accomplisse de façon ordonnée et hiérarchique ; afin que les sujets eux même deviennent des chefs et des rois ; afin qu’ils aient la joie de collaborer à la construction de l’Église, objet de leur admiration éternelle (EPHES., Ill, 10 ; HEBR., I, 14) ; afin que soient réunis dès maintenant, dans un immense faisceau de charité, d’empressement et de tendresse, ceux qui sont déjà en possession de l’éternité et ceux qui s’acheminent vers elle, cum quibus nobis erit sancta atque dulcissima Dei civitas ipsa communis .

La preuve nous en est donnée par le Prophète, quand il montre Dieu toujours présent à nos pensées : “ Dieu, dit-il, scrute les cœurs et les reins ” ; : de même : “ Le Seigneur connaît les pensées des hommes. ” Il dit aussi “ Tu as compris de loin mes pensées ” ; et : “ La pensée de. l’homme te sera révélée. ” Aussi, pour être vigilant à l’endroit de ses pensées, mauvaises, le frère avisé dira toujours dans son cœur : “ C’est alors que je serai sans tache devant lui, si je me. garde de mon péché ”.

Après avoir rappelé le principe directeur de notre vie morale, saint Benoît montre quelle influence la crainte de Dieu doit avoir pratiquement sur nos actes ; c’est le développement du paragraphe : Et custodiens se... Laissant de côté l’acte purement extérieur qui n’a de soi aucune moralité, N. B. Père s’occupera successivement des pensées, des manifestations de la volonté propre et des désirs. Et ce n’est pas un simple souci de méthode, le désir de conformer son exposition didactique aux lois de la psychologie, qui a porté N. B. Père à parler d’abord de l’intelligence, puis de la volonté, enfin du désir : nous savons qu’il prétend former son moine par l’intime. On remarquera encore que toutes les observations de saint Benoît sont déduites des paroles de la sainte Écriture et revêtent par là une autorité divine.
Dieu est le témoin de toutes nos pensées. Soir regard, selon le psaume VIl (V, 10), “ sonde les reins et les cœurs ”. Et encore : “ Le Seigneur connaît bien les pensées des hommes et leur vanité ” (Ps. XCIll,11). De même : “ Vous avez de loin compris mes pensées” (Ps. CXXXVIll, 3), et “ il est sûr que la pensée de l’homme se découvrira à vous ” (Ps. LXXV,11) ; des pensées qui sont mystère .pour tous se dévoilent d’elles-mêmes à Dieu. Le premier degré d’humilité consistera donc en ce que le frère se garde des pensées mauvaises. Et pour entretenir sa vigilance, qu’il murmure volontiers dans son cœur le verset 24 du psaume XVll où il est parlé du regard de Dieu, de la pureté qu’il réclame, et du procédé qui assure cette netteté parfaite : “ C’est alors que devant vos yeux je serai sans tache, si je me tiens en garde contre mes pensées mauvaises, contre ce qui est la source de l’iniquité chez moi ”. C’est par la pensée, et non par les sens, qu’un péché commence : c’est par un regard délibéré sur l’objet interdit, et non par un simple spectacle s’offrant soudain à nous ou par un caprice du souvenir ; il n’y a formellement faute que dans la volonté, les pensées mauvaises n’existent qu’à raison des volontés perverses. Saint Benoît s’occupe un instant de ces dernières.
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