Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 7: De humilitate (g) 7 - L’HUMILITÉ (g)
Quintus humilitatis gradus est, si omnes cogitationes malas cordi suo advenientes vel mala a se absconse commissa per humilem confessionem abbatem non celaverit suum. Hortans nos de hac re Scriptura dicens: Revela ad Dominum viam tuam et spera in eum. Et item dicit: Confitemini Domino quoniam bonus, quoniam in æternum misericordia eius. Et item Propheta: Delictum meum cognitum tibi feci et iniustitias meas non operui. Dixi: pronuntiabo adversum me iniustitias meas Domino, et tu remisisti impietatem cordis mei. Le cinquième échelon de l’humilité est de ne pas cacher mais de confesser humblement à son abbé toutes les pensées mauvaises qui surgissent dans le coeur et les fautes commises en secret. L’Écriture nous y exhorte, quand elle dit : « Révèle ta conduite au Seigneur et espère en lui. » Elle dit encore : « Avouez au Seigneur, parce qu’il est bon et parce que sa miséricorde est à jamais. » Et le Prophète dit aussi : « Je t’ai fait connaître mon péché et je n’ai pas dissimulé mes injustices. J’ai dit : Je dénoncerai contre moi mes offenses au Seigneur ; et toi, tu m’as pardonné l’impiété de mon coeur. »
Avec les quatre premiers degrés, la théorie de l’humilité est construite ; nous savons en quoi consiste essentiellement l’humilité de la créature, du chrétien et du moine. Ce qui suit n’est que l’application à certaines circonstances de la vie monastique des principes précédemment posés. Et, chose remarquable, c’est encore d’éléments intérieurs qu’il sera question longtemps ; il semble qu’il y ait dans la Règle une sorte d’affectation fière à s’occuper presque exclusivement de ceux-là. Répétons-le : c’est aux sources de la vie morale et dans les profondeurs où pénètre le seul regard de Dieu qu’il importe de porter l’effort actif de la correction ; c’est là que tout doit s’ordonner dans la lumière de foi et dans la charité.
Il ne s’agit pas dans ce degré de la confession sacramentelle. Rarement saint Benoît nous parle des lois divines et ecclésiastiques, car il les suppose connues d’ailleurs. D’autre part, les Abbés n’étaient pas toujours prêtres : ils ne pouvaient par conséquent recevoir une confession in ordine ad sacrumentum. Il s’agit d’une démarche toute privée, non officielle, d’une confidence spontanée de nos misères ; c’est ce que nous appellerions aujourd’hui la direction. La tradition monastique est unanime à recommander cette pratique, aux religieux comme aux religieuses. Nous avons cité déjà les paroles si sages des Institutions de Cassien, . à l’occasion du cinquante et unième instrument des bonnes œuvres ; on pourra méditer aussi le chapitre X de sa seconde Conférence. Saint Basile revient plusieurs fois sur l’humble aveu qu’un moine doit faire de ses fautes secrètes, non pas, dit-il, à n’importe qui, ni à ceux qui lui plaisent, mais à ceux qui ont grâce d’état et compétence . Saint Benoît voudrait que ce fût à l’Abbé lui-même ; car c’est alors seulement que le procédé obtient toute son efficacité. L’Église, afin de prévenir certains abus, à d’ailleurs rappelé aux supérieurs qu’ils n’ont pas le droit d’exiger les communications de conscience.
Elle, portent, selon N. B. Père, sur un double objet. D’abord toutes les pensées mauvaises qui surviennent dans notre cœur Entendons bien. Selon l’enseignement de saint Grégoire, l’histoire de la tentation en nous se compose de trois moments : la suggestion, le plaisir, le consentement ; il n’y a pas lieu de recueillir et de révéler à notre Abbé ce qui n’a même pas été une suggestion, mais un éclair rapide ; ni ce qui n’a pas été un plaisir réel, parce que notre âme, sinon notre sensibilité, est demeurée indifférente. Dans le frémissement vague, dans le mouvement confus de pensées, de tendances et d’impressions qui constituent notre vie secrète, il est des éléments que nous devons savoir négliger : s’appliquer à tout est une infirmité : Nescire quaedam magna pars sapientiae. Mais des pensées mauvaises qui sont bien nôtres, des pensées qui séjournent en nous, des tendances auxquelles nous nous abandonnons, des hantises obstinées, voilà les éléments qui méritent d’être traduits au grand jour. S’ils demeurent cachés, ils infestent l’âme peu à peu. De même, il faut découvrir “ le mal qu’on aurait commis secrètement ”.
Le côté hygiénique d’une telle démarche se comprend bien. Tous nos actes extérieurs et publics sont réprimés par l’autorité régulière ; nous trouvons aussi un frein dans le respect d’autrui, la bienséance, la crainte du ridicule ; mais la vie intérieure ou occulte est murée. Saint Benoît lui a ménagé ce précieux supplément de conscience : il envoie le moine à son Abbé. C’est une application utile du sentiment de la crainte de Dieu. On dit que les maux de dents s’évanouissent lorsque l’on entre dans le cabinet de l’opérateur ; peut-être aussi cette seule pensée : “ il faudra en parler”, suffira-t-elle souvent pour nous garder contre nous mêmes. Nous trouvons dans cette confidence la source d’une pleine sécurité. Les séducteurs ne veulent pas de témoins : il est notoire, et Cassien l’observait déjà, que le diable ne redoute rien tant que la liberté filiale avec laquelle nous montrons à notre Abbé notre âme tout entière, et que cette franchise nous met à l’abri de ses embuscades et de ses traits. Dans la personne de notre supérieur, c’est Dieu même qui nous garde. Et tous les textes allégués ici (Ps. XXXVl, 5 ; Ps. cv, I ; Ps. XXXl, 5) considèrent bien comme faite au Seigneur la confidence livrée au cœur de l’Abbé ; ils montrent l’aveu de nos fautes comme une gloire rendue à Dieu par l’espérance et la louange de sa miséricorde, comme une garantie infaillible de son appui, comme une assurance de pardon.
Le bénéfice le plus réel du procédé est renfermé dans le procédé lui même. Sans doute il nous fera obtenir rémission ; sans doute une solution, une indication pratique nous sera fournie : nous l’accueillerons les yeux fermés, sans discussion et sans réserve ; mais sa vraie et essentielle efficacité est ailleurs. Il nous établit dans la simplicité, dans la loyauté absolue, il crée l’unité profonde de notre vie, la conformité entre le dedans et le dehors. Certaines petites roueries secrètes ne résistent pas au parti pris de tenir toujours son âme comme un livre ouvert, de n’y porter que ce que Dieu et chacun y peuvent lire, de parler comme nous le ferions au tribunal de Dieu. La paix et la joie de la vie monastique tiennent pour une large part à notre liberté envers l’Abbé, à la liberté de l’Abbé avec nous.
Les textes français proposés ont pour seul but une meilleure compréhension des textes latins. Ils ne doivent pas être utilisés dans la liturgie en Français.
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