Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 13 : PRIVATIS DIEBUS QUALITER AGANTUR MATUTINI (b) 13 - LA MANIÈRE DE CÉLÉBRER LES LAUDES LES JOURS ORDINAIRES (b)
Plane agenda matutina vel vespertina non transeat aliquando, nisi in ultimo per ordinem oratio dominica, omnibus audientibus, dicatur a priore, propter scandalorum spinas quae oriri solent, ut conventi per ipsius orationis sponsionem qua dicunt: Dimitte nobis sicut et nos dimittimus, purgent se ab huiusmodi vitio. Ceteris vero agendis, ultima pars eius orationis dicatur, ut ab omnibus respondeatur: Sed libera nos a malo. Évidemment les laudes et les vêpres ne s’achèveront jamais sans qu’à la fin la prière du Seigneur soit dite intégralement par le supérieur, de façon à être entendue de tous, à cause des germes de discorde qui pointent couramment. De la sorte, engagés par la promesse qu’ils font dans cette prière en disant : « Pardonne-nous comme nous pardonnons », ils se purifieront de ce genre de faute. « Aux autres offices, seule la dernière partie de la prière sera dite à haute voix, pour que tous répondent : « Mais délivre-nous du mal ».
En prescrivant la litanie comme conclusion de l’office, N. B. Père entendait vraisemblablement par là, nous l’avons dit, tout un ensemble de formules dont faisait partie le Pater ; mais il tient à faire relativement à l’emploi liturgique du Pater une disposition formelle, avec intention précise, propre à l’office monastique. C’est une règle invariable que saint Benoît veut poser, et l’on voit tout aussitôt qu’elle lui tient à cœur : Plane (i. e. certe, omnino) agenda Matutina vel Vespertina non transeat aliqiuando... Nous n’avons pas à rappeler ici la beauté de cette prière, la plus vénérable et la plus complète qu’il y ait au monde, et qui conserve à jamais, dans chacune de ses demandes, la saveur divine qui lui vient des lèvres du Seigneur. Dès la, toute première heure de l’Église, elle a sa place privilégiée dans la prière chrétienne privée : la Didaché prescrit à chacun de la réciter trois fois par jour, le matin, à midi et au soir, aux heures traditionnelles de la prière juive. Elle a sa place aussi dans la prière publique primitive ; et de nombreux documents mentionnent sa récitation solennelle aux offices avant N. B. Père et de son temps. Le concile de Girone de 517 avait décrété : Ut omnibus diebus, post matutinas et vespertinas, Oratio dominica a sacerdoce proferatur. Saint Benoît demande lui aussi que nul office de Matines et de Vêpres n’ait lieu sans qu’à la fin l’Oraison dominicale soit récitée en entier par le président de l’assemblée, tous les moines prêtant l’oreille.
Aux paroles du Pater qui sont citées par la Règle et à l’explication fournie par N. B. Père lui-même nous reconnaissons bien le motif spécial de cette récitation conventuelle. Sans doute il y avait une opportunité singulière, alors que des traces de pélagianisme subsistaient encore un peu partout à provoquer dans les âmes un examen de conscience, un désaveu et un regret, à les faire s’appuyer sur Dieu seul pour échapper au mal et à la tentation ; mais. saint Benoît poursuit un autre but. Même dans les communautés les plus fraternellement unies, il peut se produire, sans malice souvent, et par le fait seul de la diversité des tempéraments, de petites meurtrissures. Et les meurtrissures, même petites, lorsqu’on y touche par la pensée ou la parole, s’endolorissent et s’enveniment. Elles s’effacent au contraire, les épines de scandale qui germent parfois dans les monastères, selon l’image de saint Benoît, disparaissent, lorsque nous puisons dans la bonté de Dieu envers nous un motif surnaturel d’exercer notre charité envers le prochain. La demande du Pater Dimitte nobis debita nostra sicut et nos dimittimus, est un engagement réciproque, une stipulation que nous faisons avec le Seigneur (sponsio) ; au lieu d’imiter ces chrétiens dont parle Cassien : Cum in ecclesia haec oratio ab universa plebe concinitur, hunc locum taciti praetermittunt, ne scilicet semetipsos obligare... videantur, les enfants de saint Benoît doivent s’approprier les paroles divines, se laisser citer en jugement (convenire) et corriger par elles : ils prononcent leur propre condamnation s’ils ne se pardonnent pas mutuellement et ne se remettent pas d’accord (autre sens de convenire).
Cette récitation solennelle de toute l’Oraison dominicale n’aura lieu qu’au commencement du jour et à la fin. Aux autres offices, ceteris vero agendis, on ne dira à haute voix que les dernières paroles seulement :
Et ne nos inducas in tentationem, de façon à ce que tous répondent : Sed libera nos a malo. Même sous cette forme réduite, on aura pu mettre son âme d’accord avec la pensée de Dieu et grouper dans une même prière les intentions de tous.
Les textes français proposés ont pour seul but une meilleure compréhension des textes latins. Ils ne doivent pas être utilisés dans la liturgie en Français.
Aidez-nous à traduire les textes du latin dans votre langue sur : www.societaslaudis.org
Télécharger au format MS Word