Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 16 : QUALITER DIVINA OPERA PER DIEM AGANTUR 16 - LA MANIÈRE DE CÉLÉBRER LES DIVINS OFFICES DANS LA JOURNÉE
Ut ait propheta: septies in die laudem dixi tibi. Qui septenarius sacratus numerus a nobis sic implebitur, si matutino, primae, tertiae, sextae, nonae, vesperae completoriique tempore nostrae servitutis officia persolvamus, quia de his diurnis horis dixit: Septies in die laudem dixi tibi. Nam de nocturnis vigiliis idem ipse propheta ait: Media nocte surgebam ad confitendum tibi. Ergo his temporibus referamus laudes Creatori nostro super iudicia iustitiae suae, id est matutinis, prima, tertia, sexta, nona, vespera, completorios, et nocte surgamus ad confitendum ei. COMME dit le Prophète : « Sept fois le jour je t’ai adressé une louange.» Ce nombre sacré de sept sera aussi rempli par nous si, à laudes, à prime, à tierce, à sexte, à none, à vêpres et à complies, nous nous acquittons des devoirs de notre service, car de ces heures du jour il est dit : « Sept fois le jour je t’ai adressé une louange », et pour les vigiles nocturnes le même Prophète dit : « Au milieu de la nuit je me levais pour te glorifier ». Offrons donc des louanges à notre Créateur pour les jugements de sa justice à ces moments-là, c’est-à-dire à laudes, à prime, à tierce, à sexte, à none, à vêpres et à complies, et la nuit levons-nous pour le glorifier.
Nous passons aux Heures du jour proprement dites, Laudes n’étant que la conclusion de l’office de nuit ou seulement l’office de l’aurore et du matin. Mais, avant de régler leur composition, saint Benoît tient à les énumérer clairement et à faire le total de tous les moments du jour et de la nuit où les moines s’appliquent à L’ŒUVRE de Dieu. Il a d’ailleurs signalé déjà mais en passant, toutes les Heures, sauf Complies. Et le titre exact du chapitre pourrait être : Combien il y a d’offices dans une journée (de vingt-quatre heures).
Pas plus que N. B. Père nous n’avons à écrire l’histoire des Heures du jour. Laudes et Vêpres sont les plus anciennes et les plus solennelles : Dans la première moitié du quatrième siècle, elles étaient célébrées quotidiennement en public . ” Leur équivalent existait chez les Juifs dans le sacrifice du matin et celui du soir ; les Juifs avaient trois moments traditionnels de prière : le matin, le milieu du jour (sexte et none) et le soir. Plusieurs passages des Actes nous montrent les Apôtres et les disciples priant aux heures où le faisaient les Juifs dans le Temple et les synagogues. Nous avons eu déjà l’occasion d’observer que la Didaché prescrit aux fidèles de réciter trois fois par jour le Pater noster. Que nos Heures de Tierce, Sexte et None se rattachent ou non à cet usage chrétien, imité lui-même de l’usage juif, il est sûr que, dès le second siècle, les trois Heures de prière sont recommandées par Clément d’Alexandrie à tous “ ceux qui ont l’intelligence de la trinité des saintes demeures ”. Tertullien est plus explicite et donne les motifs mystiques de ce choix . Mais, originairement, il semble qu’on ait eu surtout le dessein de s’adresser à Dieu aux trois principales divisions du jour civil. La journée était partagée en douze heures, comptées du lever du soleil jusqu’à son coucher ; la sixième heure correspondait toujours à ce que nous appelons midi ; mais aux équinoxes seulement la troisième et la neuvième correspondaient à nos neuf heures du matin et trois heures de l’après-midi. A la douzième heure pleine, le soleil est couché ; l’ “ étoile du soir ”, Vesper, apparaît : c’est l’heure de Vêpres, le Lucernarium, le moment où s’allument les lampes ; la première veille de la nuit commence. Pour faire entrer dans son cursus Tierce, Sexte et None, N. B. Père n’avait qu’à se conformer à un usage devenu presque universel et à se souvenir particulièrement de ce qu’avaient écrit au sujet de ces Heures saint Basile et Cassien.
L’office de Prime date du temps de Cassien, qui nous en raconte Porime. Un sérieux travail du P. Pargoire a établi que Prime est devenue Heure canoniale vers 382, 390 au plus tard, et qu’elle fut instituée dans un monastère de Bethléem différent de celui de saint Jérôme. A Bethléem, comme en d’autres monastères, on disait Laudes presque aussitôt après Matines, même en hiver, et sans attendre l’aurore ; et il était ensuite permis aux frères de se reposer jusqu’à l’aube. Mais “ les paresseux en abusèrent : comme aucun exercice de communauté n’était là qui vînt les forcer à quitter leurs cellules, au lieu de se lever pour travailler de l’esprit ou des mains jusqu’à l’heure de Tierce, ils prirent l’habitude d’attendre tranquillement dans leurs lits le signal de l’office. Une réaction s’imposait. Pour remédier à pareil état de choses, les anciens décidèrent que l’on continuerait, selon l’usage, à se reposer après la psalmodie nocturne, mais que dorénavant, au lever du soleil, à l’heure où le travail devenait possible, la communauté devrait se réunir pour réciter Prime ... ” C’est un dédoublement de l’office matutinal altera matutina, et l’on récite des psaumes empruntés aux Laudes ; c’est une prière du matin, dont auraient pu, somme toute, se dispenser tous ceux qui chantaient Laudes au lever du jour, incipiente luce. Pourtant, Cassien nous dit qu’elle fut adoptée presque partout : Nunc observatur in occiduis vel maxime regionibus, lisons : dans les monastères, car les églises séculières furent plus lentes à l’adopter.
On a souvent attribué à saint Benoît l’institution de l’Heure par laquelle s’achève L’ŒUVRE de Dieu, du Completorium ; mais N. B. Père n’a besoin que de la gloire qui lui revient historiquement. Peut-être l’appellation “ Complies ” est-elle de lui ; sans doute la diffusion de cette Heure est due à son admission dans le cursus bénédictin ; sans doute aussi c’est l’initiative de N. B. Père qui a fait des Vêpres un office de jour et attribué à Complies la place du Lucernaire (chap. XLl, XLll) : mais s’il nous reste deux témoignages au moins en faveur de l’existence des Complies avant saint Benoît ; et le P. Pargoire estime qu’il s’agit bien dans ces textes d’une Heure canoniale spéciale et non d’une simple prière du soir, ayant le caractère de dévotion privée. Saint Basile, énumérant les moments officiels de la prière, dit que, lorsque le jour est achevé et complet ( on célèbre une agiatia pour tous les biens reçus et qu’on demande pardon pour toutes les fautes ou erreurs commises : ce sont les Vêpres). Et il continue, et de nouveau quand la nuit est commencée, on implore un repos exempt de fautes et de mauvais rêves, en récitant, sans y manquer, le psaume XC, utilisé déjà à Sexte. Autre témoignage : Callinique, le disciple et biographe de saint Hypace ( le 30 juin 446), higoumène du monastère de Rufinianes, dans le faubourg chalcédonien du Chêne où fut condamné saint Jean Chrysostome, raconte que son héros vivait en reclus pendant le Carême, mais ne manquait pas de réciter l’office du matin, Tierce, Sexte, None, le Lucernaire, puis (l’office qui précède le premier sommeil), enfin l’office du milieu de la nuit ; de la sorte, ajoute le biographe, il accomplissait au cours de chaque journée ce qui est écrit : Septies in die laudem dixi tibi super judicia justitiae tua.
Saint Benoît, lui aussi, est soucieux d’obtenir un nombre d’Heures atteignant le chiffre sacré de sept. Il le trouve, grâce à Prime, dans le jour proprement dit, tandis que saint Hypace devait ajouter aux Heures de jour l’office de nuit, pour avoir le septénaire ; dies, pour saint Benoît, c’est le temps compris entre le lever du soleil et son coucher, et pour saint Hypace, c’est toute la journée liturgique. Cassien, qui ne connaît pas Complies, mais qui compte Prime parmi les Heures, arrive de son côté au nombre de sept, y compris la Vigile nocturne ; et il observe qu’un des avantages de l’institution des “ secondes Matines ” est précisément de réaliser à la lettre la parole de David : Illum numerum, quem designat beatus David ; quamquam spiritalem quoque habeat intellectum, secundumt litteram manifestissime supplet : Septies in die laudem dixi tibi, super judicia justitiae tuae. Haec mina adjecta sollemnitate, septies sine dubio spiritales hos conventus in die facientes, septies in ea laudes Domino dicere comprobamur . N. B. Père s’est souvenu probablement de ce passage ; mais, parce que chez lui le total des Heures dépasse le septénaire, il ajoute aussitôt : c’est des Heures du jour seulement qu’a voulu parler ici le Prophète, car, pour les Vigiles nocturnes, le même Prophète y a fait allusion dans un autre endroit du même psaume CXVIII. La sainte Écriture elle-même nous invite donc à louer notre Créateur sept fois le jour et une fois la nuit . C’est à cela que nous sommes tenus comme moines et comme ouvriers de la prière : nostrae servitutis officia persolvamus.
On est allé plus loin autrefois : dans des monastères très nombreux, il était naturel d’organiser L’ŒUVRE de Dieu de telle façon que les escouades monastiques se succédassent d’heure en heure et que la louange ne se tût ni jour ni nuit. A Saint-Maurice d’Agaune, par exemple au début du sixième siècle, nous trouvons la Laus perennis. Alors même que la dévotion monastique ne pouvait adopter une psalmodie continue, elle s’est employée souvent à ajouter divers offices au pensum servitutis prescrit par saint Benoît, et les rubriques de notre Bréviaire mentionnent encore à certains jours la récitation des psaumes graduels, des psaumes de la pénitence, de l’office des morts. Sans méconnaître l’intention qui a dicté toutes ces pratiques, il est permis de se souvenir que N. B. Père avait à dessein abrégé la liturgie de ses prédécesseurs et qu’il avait distribué d’une façon plus discrète et plus sage le contenu des Heures. Le Seigneur gagne-t-il beaucoup à un entassement progressif de prières et de récitations nouvelles Il faut laisser de l’air à la vie. Il faut que les généreux trouvent quelque chose à faire spontanément et de plein gré. Il y a d’ailleurs une forme de Laus perennis, qui n’exige pas une armée de moines, qu’il est loisible à chacun de réaliser : la prière secrète, l’attention à Dieu et aux choses de Dieu, l’attitude de la soumission et de la tendresse, un certain contact assidu avec la Beauté toujours présente. Ainsi, ce n’est pas seulement le monastère, c’est l’âme de chaque moine, c’est l’unisson de toutes les âmes, qui peut chanter à Dieu un cantique sans trêve.
Les textes français proposés ont pour seul but une meilleure compréhension des textes latins. Ils ne doivent pas être utilisés dans la liturgie en Français.
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