Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 36 - DE INFIRMIS FRATRIBUS 36 - LES FRÈRES MALADES
Infirmorum cura ante omnia et super omnia adhibenda est, ut sicut revera Christo ita eis serviatur, quia ipse dixit : Infirmus fui et visitastis me, et : Quod fecistis uni de his minimis mihi fecistis. Sed et ipsi infirmi considerent in honorem Dei sibi servire, et non superfluitate sua contristent fratres suos servientes sibi; qui tamen patienter portandi sunt, quia de talibus copiosior mercis acquiritur. Ergo cura maxima sit abbati ne aliquam neglegentiam patiantur. IL FAUT prendre soin des malades avant tout et par-dessus tout, en les servant vraiment comme le Christ, car lui-même a dit : « J’ai été malade et vous m’avez visité », et : « Ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait. » Mais les malades aussi, de leur côté, considéreront que c’est en l’honneur de Dieu qu’on les sert, et ils n’accableront pas de leurs exigences leurs frères qui les servent. Il faut pourtant les supporter patiemment, car grâce à eux on acquiert une plus grande récompense. Que l’abbé prenne donc très grand soin à ce qu’ils ne souffrent d’aucune négligence. Un logement à part sera destiné aux malades et on mettra à leur service un frère craignant Dieu, diligent et attentionné. On procurera aux malades l’usage des bains toutes les fois que c’est utile, mais à ceux qui se portent bien et surtout aux jeunes, on l’accordera plus rarement. On permettra aussi aux malades très affaiblis de manger de la viande pour réparer leurs forces, mais dès qu’ils iront mieux, tous s’abstiendront de viande comme à l’ordinaire. Que l’abbé veille avec le plus grand soin à ce que les malades ne soient pas négligés par les cellériers ni par les infirmiers, car lui-même est impliqué dans toute faute commise par ses disciples.
Il y aura dans le monastère un logis spécialement affecté aux malades, à tous ceux qui ne peuvent pas suivre l’observance commune, qui ont besoin de soins particuliers, d’un air plus pur et de plus de silence. Dans les grandes abbayes d’autrefois, l’infirmerie était comme un second, monastère, avec son église , son cloître, sa cuisine, son réfectoire, sont dortoir. N. B. Père entend donc que chaque famille monastique soigne ses malades chez elle. Et il y aurait lieu de s’étonner qu’un religieux souhaitât d’aller chercher sa guérison chez des parents, chez des amis, chez des séculiers. De même, il serait peu conforme à l’esprit et aux traditions de l’Ordre bénédictin. de réunir en un seul sanatorium ou en une maison de retraite tous les malades d’une Congrégation ou d’une région. On les priverait ainsi de la part de vie régulière qui est compatible avec leur état et on les exposerait à finir leurs jours assez prosaïquement. On priverait surtout les communautés du bénéfice de leur charité et de l’édification qu’offrent d’ordinaire les malades et les vieillards. Ceux qui voisinent avec l’éternité ont un titre spécial à des délicatesses qu’ils ne peuvent recevoir que de leur Abbé et de leurs frères ; les préparer à paraître devant l’infinie Pureté, achever de graver en eux la ressemblance du Seigneur, n’est-ce pas .éminemment servir le Christ en leur personne et se ménager à soi-même une bénédiction et un merci divins ? Dans la Congrégation de Saint-Maur, les dispositions relatives aux malades étaient assez curieuses. Afin qu’ils n’eussent jamais à souffrir de la détresse pécuniaire d’un monastère individuel, tous les frais : médicaments (sauf le sucre blanc), honoraires des médecins, pharmaciens et chirurgiens, viande achetée pour eux, voyages, etc., tout cela était à la charge de la Congrégation et devait être réglé par la Diète .
La cella des malades sera confiée à l’infirmier, que saint Benoît appelle serviteur , mais qui était certainement un religieux et non un séculier. L’infirmier, s’il est besoin, aura des aides ; et saint Benoît le laisse entendre à la fin de ce chapitre, en employant le pluriel servitoribus. Trois mots suffisent à N. B. Père pour résumer les qualités personnelles d’un bon infirmier : il faut qu’il craigne Dieu, c’est-à-dire que l’esprit de foi le guide habituellement dans tous ses rapports avec les malades ; qu’il soit prompt, car ceux qui souffrent trouvent longues les heures d’attente ; qu’il soit attentif et affectueux . Nous pourrions ajouter qu’il a droit à l’obéissance absolue de ses malades. Ce serait une forme d’esprit propre assez dangereuse que de se soigner à sa guise ou selon les recettes de frères qui n’ont point mission pour donner des consultations : Quippe quibus nec corpora sua, nec voluntates licet habere in propria potestate. Il n’est d’ailleurs nullement avantageux aux moines de s’entretenir complaisamment les uns les autres de leur santé.
Sans entrer ici dans le détail de la médication et des soins que peuvent réclamer les infirmités très diverses , saint Benoît envisage seulement deux catégories de soulagements : les bains et l’usage des viandes. Nous savons quelle était à Rome la profusion des thermes ou bains publies ; chaque grande maison avait ses bains ; le bain faisait partie du programme quotidien de tout homme bien élevé. La vie monastique déféra dans une mesure à cet usage ; et Cassiodore, contemporain de saint Benoît, fit installer des bains dans son monastère de Vivarium. C’était chose indispensable dans un pays chaud, pour des religieux qui se livraient au travail manuel et qui ne portaient pas de linge de corps. Et il est évident que les moines n’allaient pas aux bains publics, d’abord parce qu’ils habitaient rarement en ville, et aussi parce que cette promiscuité eût été dangereuse. Saint Benoît demande qu’on offre les bains aux malades, non pas avec parcimonie, mais toutes les fois que la santé pourra s’en trouver bien. Sanis auteur, et maxime juvenibus, tardius concedatur. N. B. Père ne dispense pas les religieux bien portants, ni les jeunes gens, une précaution deux fois nécessaire lorsqu’on vit en communauté. Sans doute il fait une réserve ; mais cette réserve ne lui est point inspirée par je ne sais quel sot effarement : sinon il aurait interdit simplement l’usage du bain. Le tardius doit être considéré en relation avec les coutumes romaines et avec la large indulgence dont saint Benoît use envers les malades. Il est notoire que les bains, surtout les bains chauds, avaient pour résultat, lorsqu’on les multipliait, d’amollir le corps, de porter à la paresse et à une sorte de déchéance de la volonté. Saint Benoît n’a pas voulu chez lui de ces mœurs mondaines ; il stipule pourtant qu’on offrira aux malades, au lieu qu’on permettra, plus rarement, à ceux qui se portent bien Les anciens moines ont souvent pris trop à la lettre la restriction de N. B. Père : Paul Diacre remarque qu’on se baignait une, ou deux, ou trois fois l’an. A présent, surtout dans les régions. tempérées, écrit D. Calmet, l’usage en est presque aboli.. Aussi dans les monastères il n’est plus question de bains domestiques et ordinaires ; dans les maladies, on permet d’aller aux bains publics, avec les réserves et les précautions dont nous avons parlé.” Mais l’hygiène et la charité peuvent comprendre les choses autrement sans porter atteinte à l’austérité monastique et à l’esprit de mortification .
Saint Benoît ajoute que les malades et ceux qui sont tout à fait débiles pourront manger de la viande, afin de se refaire, pro reparations. Et, pour marquer davantage le caractère de cette concession, N. B. Père veut qu’elle prenne fin dès que la santé ne la réclamera plus ; alors tous s’abstiendront de viande, selon l’usage, more solito . La même recommandation a été répétée au chapitre XXXlX ; réservons jusque là notre commentaire.
Pour la seconde fois, l’Abbé est invité à prendre un très grand soin des malades. Il lui faut veiller à ce qu’ils ne soient négligés ni par les cellériers, ni par les infirmiers : car il est responsable de tous les manquements de ses disciples. Ajoutons que personne dans le monastère ne peut se désintéresser des malades ; on se souviendra d’eux devant le Seigneur et on les visitera, avec la permission de l’Abbé : mais les prescriptions de la Règle ne s’arrêtent pas à la porte des malades, et jamais leur cellule ne doit se transformer en parloir.
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