Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 41 - QUIBUS HORIS OPORTET REFICERE FRATRES 41 - LES HEURES DES REPAS
A sancto Pascha usque Pentecosten, ad sextam reficiant fratres et sera cenent. A Pentecosten autem, tota æstate, si labores agrorum non habent monachi aut nimietas æstatis non perturbat, quarta et sexta feria ieiunent usque ad nonam; reliquis diebus ad sextam prandeant; quam prandii sextam, si operis in agris habuerint aut æstatis fervor nimius fuerit, continuanda erit et in abbatis sit providentia. Et sic omnia temperet atque disponat qualiter et animæ salventur et quod faciunt fratres absque iusta murmuratione faciant. Ab idus autem septembres usque caput quadragesimæ, ad nonam semper reficiant. In quadragesima vero usque in Pascha, ad vesperam reficiant; ipsa tamen vespera sic agatur ut lumen lucernæ non indigeant reficientes, sed luce adhuc diei omnia consummentur. Sed et omni tempore, sive cena sive refectionis hora sic temperetur ut luce fiant omnia. DE LA SAINTE PÂQUE à la Pentecôte, les frères déjeuneront à midi et dîneront le soir. Mais à partir de la Pentecôte, durant tout l’été, si les moines n’ont pas de travaux agricoles et si l’excès de chaleur ne les accable pas, ils prolongeront le jeûne jusqu’à 3 heures le mercredi et le vendredi. Les autres jours ils déjeuneront à midi. S’ils ont de l’ouvrage dans les champs et si l’ardeur de l’été est extrême, il faudra toujours maintenir le déjeuner à midi, et ce sera à l’abbé d’y pourvoir. Il équilibrera et arrangera toutes choses de telle sorte que les âmes soient sauvées et que les frères fassent leur travail sans avoir sujet de se plaindre. Du 13 septembre au début du carême, ils mangeront toujours à 3 heures. En carême jusqu’à Pâques, ils mangeront après les vêpres. Cependant les vêpres seront célébrées assez tôt pour qu’on n’ait pas besoin de la lumière d’une lampe durant le repas et que tout se termine à la lueur du jour. Et de même en tout temps l’heure du dîner ou de l’unique repas sera calculée de manière que tout se fasse à la clarté du jour.
Saint Benoît distingue pour l’année quatre époques relativement à l’heure des repas. Depuis la sainte Pâque jusqu’à la Pentecôte, il n’y a point de jeûne, et ceci est conforme à l’ancienne discipline de l’Eglise. Encore que saint Benoît n’en dise rien, il est sûr que les moines ne jeûnaient pas non plus le dimanche. On comptait deux repas : l’un au milieu du jour, à la sixième heure ; l’autre le soir, c’est-à-dire avant le coucher du soleil, et cette heure variait naturellement selon les saisons. Alors que chez les Grecs et les Romains le dîner de midi était communément un peu sommaire, il était au contraire chez les moines le repas principal.
A partir de la Pentecôte et pendant tout l’été, c’est le même régime que pour le temps Pascal, avec cette différence que le mercredi et le vendredi sont jours de jeûne régulier. Ces féries quatrième et sixième étaient aussi pour tous les chrétiens des premiers siècles des jours de pénitence . Mais, afin de distinguer le jeûne des mercredis et vendredis de celui du Carême, saint Benoît anticipe l’heure du repas unique : il se prend à none, c’est-à-dire vers trois heures de l’après-midi. C’est aussi à none que, dans certains lieux, l’on rompait le jeûne, non seulement pendant cette période de l’année, mais même en Carême . Les autres jours, dit saint Benoît, on mangera à sexte. Comme il ne parle pas du souper et que des documents anciens, tels que la Règle de saint Fructueux et la Règle du Maître, l’excluent formellement, quelques commentateurs doutent qu’il y eût en été, au Mont Cassin, un prandium et une coena . Mais l’usage de tout l’Ordre est d’accorder deux repas tous les jours qui ne sont pas de jeûne.
N. B. Père permet un adoucissement du régime d’été dans le cas de travaux extraordinaires ou de chaleurs excessives. Les heures, en cette saison, étaient plus longues, et il eut été souvent fort pénible d’attendre jusqu’à none pour se restaurer. Quae prandii sexta continuanda erit : on continuera l’usage du repas pris à sexte, c’est-à-dire que toute la semaine, y compris le mercredi et le vendredi, le dîner aura lieu à sexte. Probablement, il y avait aussi souper le soir ; c’était la suppression pure et simple du jeûne. L’appréciation de ce qu’il convient de faire est remise au jugement paternel, à la prévoyance de l’Abbé. Et qu’ainsi, ajoute saint Benoît, il ménage et dispose toutes choses de telle manière que les âmes se sauvent et que le travail des frères s’accomplisse sans murmure. C’est toujours le même souci du tempérament, de la mesure ; toujours la même crainte du murmure et des protestations, même purement secrètes. Il vaut mieux dispenser du jeûne que d’exposer les frères au découragement et à la tristesse.
La troisième période, celle que nous appelons le Carême monastique, va depuis les ides fermées de septembre, depuis les calendes ouvertes d’octobre, c’est-à-dire depuis le 14 septembre jusqu’au Carême ecclésiastique. Alors le repas est à none. Rien ne prouve qu’il y eût collation les jours de jeûne. Mais rappelons-nous que la quantité de nourriture était probablement la même en tout temps ; que, les jours de jeûne, on servait en une fois ce qu’on servait les autres jours en deux ; l’heure de cet unique repas était simplement plus ou moins retardée.
Depuis le début du Carême (mercredi des cendres ou premier dimanche) jusqu’à Pâques, on mangera seulement à l’heure de vêpres, après l’office. Pendant de longs siècles ce fut aussi l’usage le plus commun des clercs et des fidèles.
N. B. Père veut que le repas de Carême se prenne avant le coucher du soleil ; cette anticipation sera un petit soulagement pour les frères On placera donc l’office de Vêpres à une heure qui permette aux moines de terminer leur repas à la clarté du jour et sans avoir besoin de lumière. Ainsi, le lecteur pourra lire sans chandelle, et surtout les frères seront moins tentés de se dissiper pendant le repas : les petits colloques eussent été faciles dans un réfectoire assez mal éclairé. Et saint Benoît généralise cette mesure : toute l’année, l’heure du souper ou l’heure de l’unique réfection seront calculées de telle sorte que tout s’accomplisse à la lueur du jour qui finit. Mais, peut-on objecter, en hiver, le souper sera bien près du dîner ? A cette difficulté D. Calmet répond : “ 1 Que saint Benoît a parlé selon le climat d’Italie où il écrivait et où les jours pendant l’hiver sont plus longs qu’en France, en Allemagne et dans le Nord. 2 Qu’il n’est nullement certain qu’il ait accordé le souper à ses religieux depuis l’Exaltation de la sainte Croix jusqu’à Pâques, aux jours qu’on mangeait à l’heure de Sexte, non plus qu’aux jours où l’on ne mangeait qu’à l’heure de None... 3 Supposé qu’il l’accordât, c’était plutôt un léger goûter qu’un souper.
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