Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 48 - DE OPERA MANUUM COTIDIANA 48 - LE TRAVAIL MANUEL QUOTIDIEN (c)
Dominico item die lectioni vacent omnes, excepto his qui variis officiis deputati sunt. Si quis vero ita neglegens et desidiosus fuerit ut non velit aut non possit meditare aut legere, iniungatur ei opus quod faciat, ut non vacet. Fratribus infirmis aut delicatis talis opera aut ars iniungatur ut nec otiosi sint nec violentia laboris opprimantur aut effugentur. Quorum imbecillitas ab abbate consideranda est. De même le dimanche, tous vaqueront à la lecture, sauf ceux qui sont affectés aux divers services. Cependant si quelqu’un était négligent et paresseux au point qu’il ne veuille ou ne puisse étudier ni lire, on lui assignera un ouvrage à faire pour qu’il ne soit pas désoeuvré. Aux frères malades ou fragiles on assignera une tâche ou un métier qui leur évite de rester oisifs sans qu’ils soient accablés ni découragés par un labeur trop dur ; leur faiblesse devra être prise en considération par l’abbé.
Voici la troisième et dernière période, celle du Carême. Le temps de la lecture se prend le matin jusqu’à la troisième heure pleine. Ensuite, jusqu’à la dixième heure pleine ; les moines s’occupent au travail qui leur a été commandé. On a pu constater qu’à n’est pas question de la Messe dans l’horaire des jours de semaine.
Au chapitre suivant, N. B. Père recommandera de s’appliquer spécialement à la lecture pendant le Carême ; ici, il pourvoit à ce que nul ne manque de livres et ne se dérobe à un devoir aussi indispensable. Le monastère possédera une bibliothèque, et une bibliothèque assez riche pour que chacun puisse recevoir un manuscrit . La distribution se fera au début du Carême ; et tel est encore l’usage aujourd’hui. On reçoit des mains de l’Abbé lui-même le livre au moyen duquel le Seigneur nous instruira. Quos per ordinem ex integro legant : il ne suffit pas de feuilleter son manuscrit, de lire nonchalamment ici et là, au hasard, et par acquit de conscience, quelques passages qui paraissent moins fastidieux ; N. B. Père entend qu’on le lise par ordre et tout du long. Il réclame une étude sérieuse et non cette lecture superficielle et rapide qui n’est qu’une forme élégante de la paresse. La Règle ne détermine pas si le manuscrit doit être restitué à date fixe ; elle ne dit pas non plus s’il doit être lu en entier au cours du Carême.
Après l’énoncé du précepte des saintes lectures, quelques mesures disciplinaires pour en garantir l’observation. On soupçonne qu’à l’époque de N. B. Père certains novices, peut-être même quelques anciens, ressentaient peu d’attrait pour le déchiffrement des gros manuscrits, et qu’ils eussent préféré l’agriculture aux Sermons de saint Augustin sur les psaumes ou à tel autre commentaire plus subtil : c’est à leur intention et. pour leur ménager un supplément de conscience que saint Benoît institue les “ circateurs ”. Avant tout, dit-il, on aura soin de désigner un ou deux sénieurs qui parcourront le monastère aux heures où les frères doivent vaquer à la lecture. Ils s’assureront de ce qui se passe. Peut-être rencontreront-ils un frère nonchalant, sans goût pour les choses spirituelles et fatigué de chercher Dieu, acediosus . Au lieu de s’appliquer à la lecture, il rêve et somnole, ou bien il bavarde. Un homme qui l’ennuie devient un apôtre de l’ennui, et la paresse est contagieuse non seulement ce frère perd son temps et se nuit à soi-même, mais encore il dissipe les autres. Lorsque le circateur rencontre, ce qu’à Dieu ne plaise, un moine aussi peu délicat, il doit le réprimander lui-même en secret ou le faire admonester par l’Abbé jusqu’à deux fois. Mais, si le coupable ne s’amende pas, on le soumettra à la correction régulière, en telle manière que les autres moines conçoivent tous de la crainte.
La remarqué qui suit a une portée générale et vise tous les temps de l’année, tous les moments silencieux du jour : qu’un frère ne se joigne point à un autre, ne s’entretienne avec personne aux heures indues. On n’écarte ainsi bien des périls. Nous voyons une fois de plus, grâce à ces quelques mots, que les moines de saint Benoît avaient des heures régulières où ils pouvaient parler entre eux.
Voici, enfin quelques exceptions aux règles posées dans ce chapitre. Il fallait dire un mot du dimanche. Ce jour-là, en toute saison, les travaux manuels cosseront ; et tous les frères vaqueront à la lecture ,excepté ceux qui sont députés à des offices qui ne peuvent chômer, à la cuisine, par exemple.
Puis saint Benoît prévoit le cas d’un moine tellement négligent et paresseux qu’il ne consente ni à lire ni à méditer. Aut non possit : peut-être même ne le peut-il pas : à raison de son habitude d’incurie intellectuelle, ou bien par insuffisance de nature, et sans culpabilité de sa part. Afin qu’il ne reste pas désœuvré, on lui assignera une besogne quelconque. Sans doute, dans la pensée de N. B, Père, cette substitution doit être étendue à tous les jours de la semaine et n’est pas réservée au seul dimanche. Elle pouvait d’ailleurs être plus opportune ce jour-là : car il fallait bien, pendant les longues heures où la communauté vaquait à la lecture, trouver pour les nonchalants et les illettrés une occupation manuelle conciliable avec les exigences dominicales.
Ce n’est pas seulement la durée du travail manuel qui doit être calculée avec mesure, c’est sa qualité même qui doit être proportionnée aux forces de chacun. Saint Benoît avait écrit plus haut : Omnia tamen mensurate fiant propter pusillanimes ; il plaide encore une fois en faveur des frères infirmes ou délicats. Ils n’ont pas de titre à demeurer oisifs ; mais il ne faut pas davantage les accabler sous des travaux trop lourds, les décourager, les exposer peut-être à s’enfuir du monastère On leur confiera une tâche facile, on les appliquera à un art qui convienne à leur état de santé. Cette appréciation de leur faiblesse est remise à la conscience et au cœur de l’Abbé.
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