Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 5: De oboedentia (b) 5 - L’OBÉISSANCE (b)
Sed hæc ipsa oboedientia tunc acceptabilis erit Deo et dulcis hominibus, si quod iubetur non trepide, non tarde, non tepide, aut cum murmurio vel cum responso nolentis efficiatur, quia oboedientia quæ maioribus præbetur Deo exhibetur; ipse enim dixit: Qui vos audit me audit. Et cum bono animo a discipulis præberi oportet, quia hilarem datorem diligit Deus. Nam, cum malo animo si oboedit discipulus et non solum ore, sed etiam in corde si murmuraverit, etiam si impleat iussionem, tamen acceptum iam non erit Deo, qui cor eius respicit murmurantem. Et pro tali facto nullam consequitur gratiam, immo poenam murmurantium incurrit, si non cum satisfactione emendaverit. Cette obéissance sera agréable à Dieu et douce aux hommes si l’ordre donné est exécuté sans tergiversation, ni lenteur, ni mollesse, sans plainte ni contradiction, car l’obéissance qu’on témoigne aux supérieurs s’adresse à Dieu ; lui-même a dit en effet : « Qui vous écoute m’écoute. » Et il faut que les disciples obéissent de bon coeur, parce que « Dieu aime celui qui donne avec joie. » De fait, si le disciple obéit de mauvais gré et s’il se plaint même seulement dans son coeur, il a beau accomplir l’ordre, il ne sera pas agréé de Dieu qui voit son coeur mécontent, et pour un tel acte il n’obtient aucune récompense ; bien plus, il encourt la peine des récalcitrants, à moins qu‘il ne se corrige et ne fasse réparation.
Cette obéissance sera agréable à Dieu et douce aux hommes si l’ordre donné est exécuté sans tergiversation, ni lenteur, ni mollesse, sans plainte ni cum contradiction, car l’obéissance qu’on témoigne aux supérieurs s’adresse à. Dieu ; lui-même a dit en effet : “ Qui, me vous écoute m’écoute. ”

Saint Benoît est vraiment jaloux d’assurer la perfection de notre obéissance ; c’est pourquoi il insiste surtout en cette fin de chapitre, sur ses qualités intérieures. Elle doit devenir, dit-il d’abord, agréable à Dieu et douce aux hommes Acceptabilis Deo. Nous le remarquions naguère, Dieu se glorifie et se complaît dans l’obéissance de sa créature humaine, comme il s’est applaudi de la fidélité de Job ou de la charité de saint Martin. Et, sans songer à déprécier aucunement l’obéissance des anges, il n’est pas défendu d’observer qu’elle s’accomplit dans un seul acte, qui ne leur coûte nulle souffrance, venant d’une nature parfaitement droite et non disjointe comme la nôtre ; ils n’ont pas de martyrs, ils il ont pas de vierges . Peut-être le succès de Dieu est-il plus apparent chez nous, où l’obéissance est tenue en échec par tant de sollicitations perverses, chez nous qui sommes contraints de multiplier les actes de soumission et de ressaisir sans cesse une nature qui s’échappe. Nous préparons un grand triomphe de Dieu, cum venerit glorificari in sanctis suis, et admirabilis fieri in omnibus qui crediderunt (Il THESS.,I, 10).
Le dessein dernier de notre obéissance est donc de faire plaisir à Dieu. Mais encore que ce soit là l’essentiel, saint Benoît demande quelque chose de plus : et dulcis hominibus. Cette spiritualité est assez éloignée de certaines conceptions modernes, où, sous prétexte de ne voir que Dieu et de tout rapporter à lui, on prétend que le, plaisir n’à pas à intervenir dans les questions de devoir, et que C’est avilir notre obéissance que d’y chercher une joie personnelle, et à fortiori, sans doute, une joie pour autrui... N. B. Père sait que le principe de toute vie est le bonheur, que Dieu lui a consacré le premier désir de notre âme. Et, dans la vie monastique, la charité et l’obéissance, qui règlent toutes nos démarches, ont pour résultat, même pour fin, de nous rendre heureux tous ensemble : Omnes omnia faciunt et patiuntur ut laetentur et gaudeant . Il s’en faut que le souci de faciliter la tâche à ceux qui nous dirigent et de leur être agréable soit une considération trop humaine et périlleuse.
L’obéissance sera douce à Dieu et aux hommes, la terre deviendra le ciel : fiat voluntas tua sicut in coelo et in terra, si l’ordre reçu est accompli dans certaines conditions déterminées. Non trepide, sans hésitation ni crainte : il n’y a pas en effet deux partis entre lesquels notre âme puisse flotter, irrésolue ; il n’y en a qu’un seul, le parti de Dieu. Non tarde, sans retard, comme s’il y avait en nous un poids d’inertie qui ralentît l’obéissance. Non tepide , sans tiédeur, l’âme manquant d’entrain et demeurant comme alourdie par l’affection secrète qu’elle garde pour autre chose. Aut cum murmure, sans tous ces murmures dont saint Benoît parlera bientôt explicitement ; à plus forte raison sans protestation ni mauvaise grâce : vel cum responso nolentis. Et, après cette description exactement graduée, saint Benoît répète que le motif premier de l’obéissance est qu’elle se réfère à Dieu. Nous avons la fierté et l’intransigeance de n’obéir qu’au Seigneur du ciel et de la terre.

Et il faut que les disciples obéissent de bon cœur, parce que “ Dieu aime celui qui donne avec joie. ” De fait, si le disciple obéit de mauvais gré et s’il se plaint même seulement dans son, cœur, il a beau accomplir l’ordre, il ne , sera pas agréé de Dieu qui voit son cœur mécontent, et pour un tel acte il n’obtient aucune récompense ; bien plus, il encourt la peine des récalcitrants, à moins qu’il ne se corrige et ne fasse réparation.


On peut distinguer trois espèces d’obéissance, celles d’exécution, de volonté, de pensée. La première est requise, qui en doute ? Mais suffit-elle ? Oui, pour faire un Juif ou un esclave. Il y a réellement servitude lorsque nos membres violentés exécutent ce que notre volonté réprouve ; l’unisson n’est que matériel, extérieur. A moins que la grâce de Dieu et l’éducation ne nous aient d’avance assouplis, notre obéissance est, pour commencer, un peu âpre et mécanique, à la façon de ces caractères anguleux que traçait notre petite main d’enfant lorsque le maître la maniait dans la sienne. Chez un être raisonnable, il faut, pour la réalité de l’obéissance, que la volonté, se rangeant à la volonté d’autrui, adopte et faste sienne la direction imprimée. Mais “ marcher au jugement et à la volonté d’autrui ”, c’est, aux yeux de N. B. Père , quelque chose de mieux encore.
On conçoit très bien cet état d’âme : “ Mon supérieur me commande cela ? je le ferai, je veux le faire, et de mon mieux. Mais c’est absurde, il est trop clair qu’il y avait autre chose à faire ”. Il n’y a point là l’obéissance de l’intelligence ; il y a de la rapine dans l’holocauste, qui manque de moelle. Petit être est-ce l’obéissance militaire, ce n’est sûrement pas celle d’un moine. “ Très bien, répondra-t'on, il est possible qu’une telle doctrine soit déduite du texte de la règle ; mais j’y vois une prétention exorbitante. Pour que l’obéissance monastique fût ainsi comprise, il faudrait reconnaître l’infaillibilité universelle de l’autorité. Le Pape n’est infaillible que sur des questions déterminées, dans des conditions précises ; tandis que je devrai, selon cette théorie, croire que la première autorité venue l’est toujours, l’est partout, l’est en toute circonstance ! C’est une abdication radicale qui est réclamée de moi : je ne puis aller jusque-là. ” C’est dommage, car vous n’êtes pas et vous ne serez jamais un obéissant. Même, voici ce qui arrivera. Parce que nous sommes tout d’une pièce et que notre volonté doit être guidée par notre pensée, vous n’échapperez pas - même si vous êtes moderniste à la loi psychologique de continuité et d’unité. Votre obéissance s’est appuyée quelque temps sur le seul sentiment, sur l’habitude ; mais peu à peu, fatalement, l’intelligence triomphera en vous de la volonté. Et pour n’avoir pas voulu tout donner, vous ne donnerez plus rien ; vous arriverez, de degré en degré, jusqu’à l’exercice tranquille et obstiné de votre volonté propre et au mépris de l’obéissance.
Mais, enfin, suis-je donc tenu de croire que la solution prescrite est la meilleure possible ? ” Il n’est point question du bien absolu, du mieux absolu. Le bien absolu, c’est Dieu. Dès lors qu’on entre dans la région des choses créées, le bien absolu n’existe pas pratiquement. Il serait absurde de l’exiger d’une créature. Dieu lui-même ne l’obtient pas en dehors de lui : la création n’est pas la meilleure qui puisse être ; et les mystères surnaturels qui sont la grandeur absolue, ne le sont que parce qu’ils impliquent et contiennent Dieu. Exigez seulement de vos supérieurs le bien, et un bien qui soit coordonné à un ensemble dont il ne déconcerte pas l’harmonie. Pratiquement, pour chacun de nous, le bien absolu est ce qui nous est prescrit au nom du Seigneur. Sans doute l’Abbé n’est pas infaillible et pourtant il a une mission, il bénéficie d’une grâce d’état, il est renseigné. Et qu’importe s’il se trompe ? Pourvu que l’autorité ne franchisse pas ses limites et ne commande pas le mal, nous ne pouvons pas errer, nous autres, et nous sommes infaillibles en obéissant toujours.
Avec l’obéissance d’exécution, de volonté, d’intelligence, tout est parfait, mais à la condition que ce don plénier soit offert de bon cœur : cum bono animo.
A Dieu, non seulement on donne sans mesure, mais on donne avec joie, gracieusement, avec un sourire, et le regret de ne pouvoir offrir davantage : Unusquisque prout destinavit in corde suo, non ex tristitia sut ex necessitate ; hilarem enim datorem diligit Deus (Il COR., IX, 7) . Si le cœur est amer et irrité, cum malo animo, s’il laisse échapper des protestations verbales ou même simplement des murmures secrets, il y a sans doute sacrifice ; mais Dieu n’agrée point les offrandes toutes matérielles ; dès l’Ancien Testament elles lui étaient odieuses (relire le psaume XLlX) ; il veut l’offrande d’un bon cœur, c’est là que plongent ses regards (I REG., XVl, 7) . Et quel serait le fruit d’une soumission à la juive ? Après avoir expérimenté tous les petits désagréments qu’impose l’obéissance, elle n’aura aucune de ses récompenses et de ses joies ; de plus, elle encourra le châtiment réservé aux murmurateurs par la discipline monastique. Saint Benoît fait allusion, en terminant, soit aux satisfactions régulières, soit aux humiliations que s’imposent spontanément les moines, lorsque, s’étant surpris à contester, ne fût-ce qu’un instant, avec l’obéissance, ils veulent immoler à jamais une tendance aussi pernicieuse.
Toute la doctrine de ce chapitre est comme illustrée par l’exemple de saint Maur, et elle est admirablement résumée dans une antienne de son office : O beatum virum, qui spreto saeculo, jugum sanctae Regulae a teneris annis amanter portavit ; et factus obediens usque ad mortem, semélipsum abnegavit, ut Christo totus adhaereret !
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