Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 7: De humilitate (e) 7 - L’HUMILITÉ (e) Tertius humilitatis gradus est, ut quis pro Dei amore omni oboedientia se subdat maiori, imitans Dominum, de quo dicit Apostolus: Factus oboediens usque ad mortem. Le troisième échelon de l’humilité est de se soumettre en toute obéissance pour l’amour de Dieu au supérieur, imitant le Seigneur dont l’Apôtre dit : « Il s’est fait obéissant jusqu’à la mort. »
C’est toujours d’obéissance qu’il est question ; mais ces divers degrés enchérissent l’un sur l’autre, encore qu’ils s’impliquent mutuellement et soient en germe l’un dans l’autre. Accomplir la volonté de Dieu nous est relativement facile : c’est lui ; ses lois ont un caractère général, elles se justifient par elles-mêmes ; et puis, il est invisible : major e longinquo. reverentia. Mais Dieu nous a demandé d’incliner notre volonté devant la volonté d’autres hommes, et cela assidûment et jusqu’à la mort, sans protestation ni réserve aucune : omni obedientia ; majori, en général ; et saint Benoît ajoutera même plus tard : Ut obedientes sint sibi invicem fratres.
Un petit mot glissé dans le précepte nous en donne le sens profond et nous rassure : c’est pour l’amour de Dieu que nous nous soumettons ainsi, c’est à notre Dieu que nous adhérons toujours. Obéissant par tendresse, l’âme en haut, tout nous devient facile ; notre amour provoque les sacrifices et il s’accroît chaque jour de tous les sacrifices consentis. Et ce qui achève de donner à ce troisième degré d’humilité une saveur vraiment chrétienne, c’est qu’il suppose l’imitation du Seigneur, dont l’Apôtre dit qu’il s’est fait obéissant jusqu’à la mort (PHILIPP : II, 8) . Depuis Bethléem jusqu’au Calvaire et par delà, dans l’Eucharistie, la vie du Seigneur n’a été qu’une obéissance aux créatures pour l’amour de son Père céleste ; il n’a pas posé, lui, de limites à ce don de soi entier et joyeux, et il a su mourir pour le consommer. Si nous sommes de la race du Seigneur, si nous tenons à expérimenter ce que c’est que la Rédemption, nous ne voudrons plus d’autre procédé que le sien.