Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Prologus V Prologue V Unde et Dominus in Evangelio ait : Qui audit verba mea haec, et facit ea, similabo eum viro sapienti qui aedificavit domum suam supra petram : venerunt flumina, flaverunt venti et impegerunt in domum illam et non cecidit ; fundata enim erat supra petram. Haec complens Dominus exspectat quotidie his suis sanctis monitis factis nos respondere debere. Ideo nobis propter emendationem malorum hujus dies vit, ad indueias relaxantur dicente Apostolo : An nescis quia patientia Dei ad poenitentiam te adducit ? Nam pius Dominus dicit Nolo mortem peccatoris, sed ut convertatur et vivat. Le Seigneur dit aussi dans l’Évangile : « Celui qui écoute mes paroles et les accomplit, je le comparerai à un homme sage qui a bâti sa maison sur le roc ; les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont rués sur cette maison ; mais elle n’est pas tombée, car elle était fondée sur le roc. » Finalement, le Seigneur attend de nous que, chaque jour, nous répondions par des actes à ses saintes leçons. Aussi est-ce pour la correction de nos vices que les jours de cette vie nous sont concédés comme un sursis ; l’Apôtre le dit : « Ne sais-tu pas que Dieu patiente afin de t’amener à la pénitence ? » Car, dans sa bonté, le Seigneur dit : « Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. »
Omettant quelques paroles du psaume, N. B. Père passe aussitôt à celles qui le terminent : Qui facit haec non movebitur in aeternum. Le juste ne tombera pas, il ne déchoira pas de son espérance ; il parviendra au temple de Dieu où il a désiré vivre. Mais, parce que cette conclusion était un peu brève, saint Benoît a jugé bon de la commenter par un texte emprunté au chapitre VIl de saint Matthieu (24 sq.), où le Seigneur décrit la sécurité de celui qui écoute et accomplit sa parole : c’est un homme sage, il assoit l’édifice de sa perfection sur une base ferme et inébranlable. La Pierre, c’est donc encore le Christ : s’attacher à lui par la foi, l’aimer par-dessus toutes choses, nous fait partager sa solidité, sa stabilité éternelle.
Une maison ainsi bâtie peut résister à tous les assauts. Ils ne manquent pas dans une vie surnaturelle consciencieuse, dans une famille qui veut garder l’intégrité de sa foi monastique. Tout arrive, et de partout la pluie, qui vient du ciel  ; les vents, qui sont de l’atmosphère ; les fleuves, les torrents, qui sont de la terre. Épreuves d’en haut, persécutions des puissances terrestres, vents qui transportent de l’autre côté des mers : une abbaye peut connaître tout cela : Et non cecidit : fundata enim erat supra petram.

Finalement, le Seigneur attend de nous que, chaque jour, nous répondions par des actes à ses saintes leçons. Aussi est-ce pour la correction de nos, vices que les jours de cette vie nous sont concédés comme un sursis ; l’Apôtre le dit : “ Ne sais-tu pas que : Dieu patiente afin de t’amener à la pénitence ? ” Car, dans sa bonté, le Seigneur dit : “ Je ne veux pas la mort, du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. ” Quand nous avons interrogé le Seigneur, frères, pour lui, demander qui habitera dans sa demeure, nous avons entendu les préceptes à observer pour y habiter ; encore nous faut-il remplir cette obligation.


On a traduit diversement Haec complens : pour achever, pour mettre le comble à ses prévenances ; plutôt peut-être : cela dit , le Seigneur nous ayant invités, nous ayant montré le terme et tracé le chemin, ayant donné réponse à la question que nous lui adressions avec le Psalmiste sur les conditions d’entrée dans son tabernacle éternel, il ne lui reste plus qu’à attendre notre réponse à nous. Il attend tous les jours, avec une patience de Dieu, que nous nous mettions en devoir de nous rendre, par nos œuvres, à ses avertissements sacrés.
Par conséquent, ideo, puisque Dieu consent à attendre, notre vie d’ici bas a le caractère d’une trêve, d’un délai ; la durée de. nos jours n’est pour nous que le loisir ménagé par Dieu de nous corriger enfin. C’est l’enseignement de l’Apôtre (Rom., Il, 4) ; et le Seigneur, en Ézéchiel (XVlll, 23), affirme ses desseins de miséricorde et de tendresse : il n’a nul souci de faire de nous des vaincus et des damnés, et il souhaite pour nous le bonheur beaucoup plus ardemment que nous-mêmes. N’est-ce pas ignorer l’intention même de la vie que la faire servir à des délais sans fin, d’autant plus périlleux que la trame peut se déchirer soudainement ?