Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Prologus VI Prologue VI
Cum ergo inter rogassemus Dominum fratres, de habitatore tabernaculi ejus, audivimus habitandi proceptum : sed si compleamus habitatoris officium erimus haeredes regni caelorum. Ergo praeparanda sunt corda et corpora nostra sanctae praeceptorum nos obedientiae militatura ; et quod minus habet in nobis natura possibile, rogemus Dominum, ut gratine sua ; jubeat nobis adjutorium ministrare. Et si fugientes gehennae poenas ad vitam perpetuam volumus pervenire, dum adhuc vacat et in hoc eorpore sumus, et hoec omnia per hanc lucis viam vacat implere, cur rendum et agendum est modo quod in perpetuum nobis expediat Quand nous avons interrogé le Seigneur, frères, pour lui demander qui habitera dans sa demeure, nous avons entendu les préceptes à observer pour y habiter ; encore nous faut-il remplir cette obligation. Préparons donc nos coeurs et nos corps à mener le combat de la sainte obéissance aux commandements ; et pour ce qui est impossible à notre nature, prions le Seigneur de bien vouloir nous venir en aide par sa grâce. Si nous voulons échapper aux peines de l’enfer et parvenir à la vie éternelle, tant que nous sommes encore dans le corps et que nous pouvons ainsi à la lumière de cette vie accomplir tout cela, il nous faut courir et faire maintenant ce qui nous profitera pour l’éternité.
Saint Benoît conclut : nous avons donc reçu de la bouche de Dieu une réponse complète à tout ce qu’il nous importait de savoir : Vous pourrez habiter un jour dans mon royaume, d’où l’on vous appelle, où l’on vous attend, mais à la condition que vous accomplissiez, dès maintenant, le devoir de celui qui y veut habiter ; on n’entre dans l’éternité qu’à la condition de faire les œuvres, de remplir les charges d’un vrai citoyen de l’éternité : Audivimus habitandi praeceptum, sed si compleamus habitatoris officium. Cette conclusion du Prologue semble destinée surtout à rassurer et à encourager les âmes qui frémissent devant les saintes exigences de la vie religieuse, et qui, une fois évanouie la première ferveur, une fois tombé l’enthousiasme des premiers jours, sont tentées de rebrousser chemin vers le monde. S’il est vrai que N. B. Père a écrit cette page à la dernière heure de sa vie, il avait eu le loisir d’accueillir de nombreux postulants et, dans le nombre, quelques-unes de ces natures molles, douillettes et frileuses, dont la bonne volonté est réelle, mais courte. Saint Benoît leur crie le sursum corda qui précède le sacrifice .
C’est l’homme tout entier qui doit entrer en campagne : le cœur d’abord, c’est-à-dire le lieu secret et central des grandes pensées et des fermes décisions ; le corps lui-même, qu’il faut entraîner par l’observance, sous peine de ressembler aux soldats en peinture ou, aux figurants du théâtre, qui menacent toujours soit de frapper, soit de partir, mais qui de fait ne frappent et ne partent jamais. La vie monastique est en effet une école d’entraînement ; et, avant de s’y agréger, il est sage de s’assurer qu’on est résolu. Alors que nul ne peut, à son gré, se donner le génie littéraire ou prolonger sa taille d’une coudée, dans l’ordre des choses morales au contraire, nous pouvons obtenir toute la valeur et toute la taille que nous voulons. On ne nous demande pas des efforts musculaires ; on nous dit : vous vous inclinerez devant la sainte obéissance des préceptes, vous vous exercerez à l’accomplissement parfait d’une loi spirituelle. Ne pourriez-vous pas observer le silence ? des femmes l’observent bien ; aimer la mortification ? des enfants s’y adonnent
Tu non poteris quod isti, quod istae ?
Admettons qu’il y ait entre la loi monastique et vous quelque désaccord partiel de tempérament, peut-être même de nature. Alors dites-en un mot à Dieu ; il en dira un mot à sa grâce, il lui commandera de vous venir en aide, et elle vous rendra faisable ce que la nature vous portait à envisager comme “ moins possible ”. L’expression est souriante.
Aussi bien, ajoute saint Benoît, il est nécessaire d’être courageux. Vous voulez éviter l’enfer ? - Oui. - Vous tenez vraiment à votre part de paradis ? - Oui, certainement. - C’est bien ; mais laissez-moi vous redire que la vie est courte et qu’elle est une trêve. Nous avons le bonheur de n’avoir pas été surpris par la mort, alors que nous étions les ennemis de Dieu. Hâtons-nous, maintenant qu’il en est temps encore, de faire quelque chose pour Dieu, currendum et agendum est ; hâtons-nous d’accomplir, à la lumière de cette vie , toutes ces bonnes œuvres que dans le ciel nous nous féliciterons éternellement d’avoir faites. Qu’est-ce que saint Paul pense maintenant des flagellations endurées, saint Laurent de son gril ardent, saint Benoît des épines où il s’est jeté, saint Benoît Labre de sa pauvreté ? Il suffirait, pour couper court à tous nos atermoiements, de réfléchir un instant à ces graves conseils de N. B. Père.
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