Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 4: Quæ sunt instrumenta bonorum operum (b) 4 - LES INSTRUMENTS À METTRE EN OEUVRE POUR LE BIEN (b) Iracundiæ tempus non reservare. Dolum in corde non tenere. Pacem falsam non dare. Caritatem non derelinquere. Non iurare ne forte periuret. Veritatem ex corde et ore proferre. Malum pro malo non reddere. Iniuriam non facere, sed et factas patienter sufferre. Inimicos diligere. Maledicentes se non remaledicere, sed magis benedicere. Persecutionem pro iustitia sustinere. Non esse superbum. Non vinolentum. Non multum edacem. Non somnulentum. Non pigrum. Non murmuriosum. Non detractorem. Spem suam Deo committere. Bonum aliquid in se cum viderit, Deo adplicet, non sibi. Malum vero semper a se factum sciat et sibi reputet. Ne pas se mettre en colère. Ne pas se réserver un temps pour la vengeance. Ne pas garder de fourberie dans le coeur. Ne pas donner une paix simulée. Ne pas abandonner la charité. Ne pas jurer de peur qu’on en vienne à se parjurer. Exprimer la vérité de coeur et de bouche. Ne pas rendre le mal pour le mal. Ne pas faire de tort mais supporter avec patience les torts qui nous sont faits. Aimer les ennemis. Ne pas maudire ceux qui nous maudissent, mais plutôt les bénir. Soutenir persécution pour la justice. Ne pas être orgueilleux, ni bon buveur, ni gros mangeur, ni grand dormeur, ni paresseux. Ne pas être porté à se plaindre, ni à dénigrer. Mettre en Dieu son espérance. janv. mai sept. Si l’on voit quelque bien en soi-même, l’attribuer à Dieu non à soi ; mais le mal, savoir qu’on en est toujours l’auteur et le réputer sien.
22. Iram non perficere Ne pas se mettre en colère.
23. Iracundix tempus non reservare Ne pas se réserver un temps pour la vengeance.
24. Dolum in corde non tenere . Ne pas garder de fourberie dans le cœur
25. Pacem falsam non dare. Ne pas donner une paix simulée.
26. Caritatem non derelinquere. Ne pas abandonner la charité.
27. Non jurare, ne forte perjuret Ne pas jurer de peur qu’on en vienne à se parjurer.
28. Veritatem ex corde et ore proferre Exprimer la vérité de cœur et de bouche.
29. Malum pro malo non reddere. Ne pas rendre le mal pour le mal.
30. Injuriam non facere, sed factam patienter sufferre Ne pas faire de tort mais supporter avec patience les torts qui nous sont faits.
31. Immicos diligere. Aimer les ennemis
32. Maledicentes se non remale dicere, sed magis benedicere -. Ne pas maudire ceux qui nous maudissent, mais plutôt les bénir.
33. Persecutione pro justitia sustinere . Soutenir persécution pour la justice

Il s’agit encore de la charité envers le prochain, mais de la charité qui s’exerce dans des circonstances difficiles, alors que le prochain nous est une épreuve ou même qu’il se fait ennemi et persécuteur. Il est des cas où la simple bienveillance intérieure ne suffirait pas, où la Charité doit être doublée de courage et de magnanimité. Ce que le Seigneur demande, c’est parfois l’héroïsme. Non seulement il ne faut jamais se départir de la sérénité ou chercher vengeance ; mais tout chrétien doit avoir dans le cœur cette disposition divine à répondre au mal par le bien. Pour les enfants de Dieu, la béatitude suprême est de souffrir persécution pour la justice.
Ce groupe de conseils est intéressant aussi en ce qu’il unit à la vertu de charité celle de droiture. C’est l’honneur de la vie monastique d’être trempée dans la loyauté et la sincérité absolue, d’être affranchie de toutes les diplomaties et de toutes les habiletés mondaines. Heureux ceux qui n’ont rien à dissimuler, qui ignorent les manœuvres tortueuses ou souterraines, qui vivent en pleine lumière ! Heureux ceux qui ont ramené chez eux toutes choses à la simplicité parfaite, et qui sont devant Dieu et devant les hommes ce qu’ils sont, sans dualité, sans hauteur, sans effort, avec aisance et souplesse.

34. Non esse superbum. Ne pas être orgueilleux.
35. Non vinolentum. Ni bon buveur.
36. Non multum edacem. Ni gros mangeur.
37. Non somnolentum. Ni grand dormeur.
38. Non pigrum. Ni paresseux.
39. Non murmurosum. Ne pas être porté à se plaindre.
40. Non detractorem. Ni à dénigrer.

Désormais, jusqu’au soixante-troisième, les instruments ont, semble t il, le dessein d’ordonner moralement, non plus notre vie de relation, mais notre vie isolée, personnelle. Viennent d’abord une série de conseils négatifs. Les sentences précédentes nous ont mis en garde contre les mœurs séculières qui fomentent la discorde parmi les hommes : celles-ci avertissent le moine de s’abstenir des autres “ actes du siècle ” qui sont incompatibles avec la dignité chrétienne. La colère et tout son cortège de vices ayant été bannis déjà, il restait à flétrir l’orgueil, la gourmandise, la paresse ; la luxure le sera par les cinquante-neuvième et soixante troisième instruments, et l’envie par le soixante-cinquième. Saint Benoît condamne spécialement cette disposition, assez coutumière aux désœuvrés et aux paresseux, qui est le murmure, l’esprit difficile, critique, médisant.

41. Spem suam Deo committere. Mettre en Dieu son espérance.
42. Bonum aliquod in se cum viderit, Deo applicet, non sibi. Si l’on voit quelque bien en soi même, l’attribuer à Dieu non à soi
43. Malum vero semper a se factum sciat et sibi reputet Mais le mal, savoir qu’on en est toujours l’auteur et le réputer sien.

Ces préceptes sont destinés à nous prémunir contre l’orgueil secret qui naît en nous lorsque nous avons fait le bien ou évité le mal. Il faut savoir à qui attribuer’ en dernière analyse, l’honneur de nos vertus et l’ignominie de nos vices. C’est une tendance trop habituelle à l’homme de n’assumer que la responsabilité du bien qui est en lui et de s’en décerner la. gloire ; de plus, à une époque voisine du pélagianisme ou du semi-pélagianisme, il n’était pas superflu de rappeler brièvement la doctrine de la grâce et celle du libre arbitre ; saint Benoît l’a. fait déjà dans le Prologue. Ici, il proclame que toute la force et la confiance de l’homme sont en Dieu et non en soi : Mihi adhaerere Deo bonurn est, ponere in Domino Deo spem meam ; que l’homme déchu ne peut revendiquer comme siens que le mal et le péché.