Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 50 - DE FRATRIBUS QUI LONGE AB ORATORIO LABORANT AUT IN VIA SUNT 50 - LES FRÈRES QUI TRAVAILLENT LOIN DE L’ORATOIRE OU QUI SONT EN VOYAGE
Fratres qui omnino longe sunt in labore et non possunt occurrere hora conpetenti ad oratorium (et abbas hoc perpendet, quia ita est) agant ibidem opus Dei, ubi operantur, cum tremore divino flectentes genua. Similiter, qui in itinere directi sunt, non eos prætereant horæ constitutæ, sed ut possunt agant sibi et servitutis pensum non neglegant reddere. LES FRÈRES qui sont à travailler très loin et qui ne peuvent arriver à temps à l’oratoire – à l’abbé d’en juger ! – accompliront l’office divin là où ils travaillent, pénétrés d’une crainte divine et fléchissant les genoux. De même ceux qui sont en voyage n’omettront pas les heures prescrites, mais ils feront du mieux qu’ils peuvent en leur privé sans négliger de s’acquitter de l’obligation de leur service.
Ces deux courts chapitres L et LI prévoient les exceptions possibles à la parfaite ponctualité et régularité dont traitaient les chapitres précédents. Ils pourraient être réunis sous un même titre. Leur dessein est de résoudre les cas de conscience que créent, au double point de vue de l’office divin d’abord, puis de la table commune, l’éloignement momentané ou l’absence prolongée. Le chapitre L nous apprend comment doivent célébrer les Heures ceux des frères qui ne peuvent se trouver à l’oratoire avec le convent, soit que des travaux les retiennent aux champs, soit qu’ils accomplissent un voyage.
Il y a lieu d’observer d’abord que saint Benoît considère tous ses moines comme rigoureusement tenus à l’office ; pourtant les moines d’alors n’étaient pas clercs, pour la plupart. Les frères qui sont partis travailler aux champs feront en sorte de revenir assez tôt pour célébrer à l’oratoire chacune des Heures liturgiques, toutes les fois que la distance ne sera pas trop grande, et sans doute aussi lorsqu’ils, pourront abandonner le travail sans inconvénient sérieux ; mais cette seconde condition, dont a tenu compte la tradition monastique, n’est pas envisagée par saint Benoît.
Ceux qui sont trop loin, qui omnivo longe sunt, diront l’office à l’endroit même où ils se trouvent. Et, afin de couper court aux indécisions. C’est à l’Abbé qu’il appartiendra de décider si l’on doit rentrer ou non. On voit bien qu’il ne s’agit que de cas exceptionnels. Tous les travaux manuels, selon la pensée de saint Benoît, doivent s’exécuter d’ordinaire à l’intérieur de la clôture (chap. LXVl), et de telle sorte que les frères puissent aisément se réunir pour L’ŒUVRE de Dieu. Mais n’arrive-t-il pas souvent que le monastère a des possessions plus éloignées ? En ce cas, des ouvriers recueilleront les récoltes. Nulle part dans la Règle n’est envisagée l’hypothèse d’exploitations agricoles, captant d’une façon habituelle les forces vives de la communauté et obligeant de nombreux moines à s’absenter toute la journée ou dés semaines entières, loin du centre de la Vie conventuelle.
L’usage de réciter certaines parties de l’office aux champs existait avant saint Benoît : il est mentionné par les Règles de saint Pacôme et de saint Basile . Sur quoi D. Martène remarque a qu’il n’y a pas lieu de s’étonner que les moines accomplissent l’Opus Dei dans les champs, puisqu’ils y faisaient bien aussi le somme réparateur de la méridienne Il est peut-être plus facile de dormir aux champs que d’y réciter l’office avec décence. Aussi N. B. Père recommande-t-il d’apporter le même souverain respect, la même vigilance qu’au chœur. Dieu n’est nulle part absent, et si la notion de sa présence est familière aux moines, comme le veut saint Benoît, ils se recueilleront sans peine. Le lieu du travail devient aussi sacré que l’oratoire. On y garde le cérémonial accoutumé
inclinations, génuflexions, oraisons faites à genoux ou avec prosternement : cum tremore divino flectentes genua ; ce qui ne veut point dire qu’on récite tout l’office à genoux, mais bien qu’on observe les mêmes rubriques qu’au chœur. Il ne s’agit probablement que d’une petite Heure, et presque tout peut se réciter de mémoire.
Voici maintenant lé cas des moines voyageurs. On s’est demandé sur quoi porte le mot similiter : les Clunisiens soutenaient à bon droit qu’il porte sur non praetereant ; les Cisterciens, qu’il se rattache à flectentes genua. En fait, l’usage monastique universel était à peu près celui-ci. Lorsque le moment de réciter l’Heure liturgique paraissait arrivé, on descendait de sa monture (les ,longues courses se faisaient rarement à pied), on quittait ses gants de voyage, on se découvrait la tête on priait de la même façon et dans la même posture qu’on l’eût fait au chœur ; l’Heure ainsi commencée, on remontait à cheval et la psalmodie se poursuivait. Quand les chemins étaient trop boueux, qu’on était sous la pluie et la neige, il y avait dispense de la génuflexion qui précède l’office, et on récitait à la place le Miserere : telle était du moins la coutume clunisienne, rappelée par Pierre le Vénérable à saint Bernard . N. B. Père suggérait cette discrétion lorsqu’il écrivait : Sed ut possunt, agant ibi Ces mots laissaient une marge à l’interprétation des supérieurs et des moines : on célébrera L’ŒUVRE de Dieu du mieux que l’on pourra. S’il eût fallu réciter l’office tout comme au chœur et dans son entier, on aurait dû emporter avec soi les gros livres manuscrits. Les bréviaires étaient, et pour longtemps encore, inconnus. Avant leur apparition, cependant, on constate l’usage de manuscrits contenant certaines portions de l’office et un choix de prières et de lectures pour les voyageurs .“Saint Benoît ne pouvait donc pas préciser davantage. Ce qu’il veut, c’est que les moines fassent leur possible. Et servitutis pensum non negligant reddere : c’est une dette de justice et une obligation sacrée .
Dans les mots : Non eos praetereant Horae constitutae, certains commentateurs voient le précepte de réciter chaque Heure en son temps. Il n’eût jamais paru possible à saint Benoît qu’on psalmodiât les Laudes, par exemple, au coucher du soleil ou même de nuit. Nous pourrions rappeler aussi qu’il est des endroits moins favorables à la récitation décente et pieuse de nos Heures ; enfin que, sauf les cas prévus par la théologie morale, nul aujourd’hui n’a le loisir de réduire la liturgie et de l’accommoder aux nécessités du voyage.
Les textes français proposés ont pour seul but une meilleure compréhension des textes latins. Ils ne doivent pas être utilisés dans la liturgie en Français.
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