Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 58 - DE DISCIPLINA SUSCIPIENDORUM FRATRUM (b) 58 - LES RÈGLES DE L’ADMISSION DES FRÈRES (b)
Suscipiendus autem in oratorio coram omnibus promittat de stabilitate sua et conversatione morum suorum et obœdientia, coram Deo et sanctis eius, ut si aliquando aliter fecerit, ab eo se damnandum sciat quem irridit. De qua promissione sua faciat petitionem ad nomen sanctorum quorum reliquiæ ibi sunt et abbatis præsentis. Quam petitionem manu sua scribat, aut certe, si non scit litteras, alter ab eo rogatus scribat et ille novicius signum faciat et manu sua eam super altare ponat. Quam dum inposuerit, incipiat ipse novicius mox hunc versum : Suscipe me, Domine, secundum eloquium tuum et vivam, et ne confundas me ab exspectatione mea. Quem versum omnis congregatio tertio respondeat, adiungentes gloria Patri. Tunc ille frater novicius prosternatur singulorum pedibus ut orent pro eo, et iam ex illa die in congregatione reputetur. Res, si quas habet, aut eroget prius pauperibus aut facta sollemniter donatione conferat monasterio, nihil sibi reservans ex omnibus, quippe qui ex illo die nec proprii corporis potestatem se habiturum scit. Mox ergo in oratorio exuatur rebus propriis quibus vestitus est et induatur rebus monasterii. Illa autem vestimenta quibus exutus est reponantur in vestiario conservanda, ut si aliquando suadenti diabolo consenserit ut egrediatur de monasterio quod absit tunc exutus rebus monasterii proiciatur. Illam tamen petitionem eius, quam desuper altare abbas tulit, non recipiat, sed in monasterio reservetur. Celui qui doit être reçu fera à l’oratoire, devant tous, une promesse concernant sa stabilité, sa pratique de la vie monastique et l’obéissance, en présence de Dieu et de ses saints, en sorte que, si un jour il agissait autrement, il se sache condamné par celui dont il s’est moqué. De sa promesse il dressera un acte au nom des saints dont les reliques sont en ce lieu et au nom de l’abbé présent. Il écrira cet acte de sa propre main ou, s’il est illettré, un autre l’écrira sur sa demande et le novice luimême signera et le posera de sa main sur l’autel. Après l’y a voir posé, le novice commencera aussitôt ce verset : « Reçois-moi, Seigneur, selon ta parole et je vivrai ; ne me déçois pas dans mon attente. » Toute la communauté reprendra trois fois ce verset et ajoutera Gloria Patri. Alors le frère novice se prosternera aux pieds de chacun, afin qu’on prie pour lui, et à partir de ce jour il fera partie de la communauté. S’il a des biens, il les aura donnés auparavant aux pauvres ou attribués au monastère par une donation en forme, sans se réserver rien du tout, d’autant qu’à partir de ce jour, il le sait, il n’aura même plus la libre disposition de son propre corps. Qu’il soit donc dépouillé aussitôt dans l’oratoire des effets personnels dont il était vêtu et qu’on lui mette des vêtements du monastère. Les vêtements qu’on lui a enlevés seront déposés au vestiaire et conservés afin que, si un jour, à l’instigation du diable, il se décidait, par malheur, à sortir du monastère, il soit dépouillé de l’habit monastique, avant d’être chassé. Cependant on ne lui rendra pas l’acte de sa profession, que l’abbé aura repris sur l’autel, mais on le conservera au monastère.
Le propre choix du candidat ne suffit pas pour lui donner accès à la profession : il faut encore le consentement de la famille religieuse, et, selon nos usages, c’est lui que, vers la fin de son année de probation, le novice vient implorer humblement, à genoux, au milieu du chapitre. Dans l’antiquité monastique, le candidat faisait aussi une suprême requête et était interrogé sur ses dispositions. Nos Constitutions, en prescrivant une démarche analogue, sont tributaires de Saint-Maur et d’autres Congrégations bénédictines , mais avec cette différence que la cérémonie ne comprend plus que la lecture d’une longue et solennelle formule. Remarquons d’ailleurs que les termes “ faire pétition n’ont pas tout à fait, dans l’usage moderne, la même signification que dans la Règle. La Petitio, dans là pensée de N. B. Père et dans la coutume de son temps, est tout à la fois une requête d’admission, une promesse, et la cédule, l’acte écrit et signé qui témoigne à jamais des engagements contractés . Cette pétition écrite était alors précédée, semble-t-il, d’une promesse verbale : Promittat de stabilitate sua... De qua promissione sua faciat petitioneni... Par la suite, et la teneur même des documents le montre bien, la promesse verbale ne vint parfois qu’après la rédaction de l’instrument juridique.
Dans la promesse verbale, on se bornait à reproduire le texte de la Règle : Promitto de stabilitate mea, etc. Quant à la formule écrite oit pétition, courte sans doute elle aussi à l’origine, elle avait pris de l’ampleur dès le septième siècle : c’était un petit discours où le novice décrivait tout te sérieux de l’épreuve qu’il avait subie, où il demandait accès chez Dieu et chez ses serviteurs, où il affirmait ses bonnes résolutions, où il faisait mention des saints, des reliques, de l’Abbé, et où il terminait comme nous le faisons nous-mêmes dans notre charte. Plus tard, on abrégea la grande formule. Et on commença aussi à confondre la cédule ou pétition avec la formule verbale prononcée avant ou après. Il se fit des deux une fusion sous forme de résumé : c’est la teneur de la charte actuelle. La formule verbale des huitième neuvième siècles est citée ejus, in quantum mihi ipse Deus dederit adjutorium, Deo et vobis promitto custodire, et in quo possum, ipso auxiliante, conservo . Notre formule de pétition n’est qu’une antique cédule do profession un peu abrégée et adaptée à sa destination nouvelle ; ou, plus exactement, c’est une compilation formée avec divers documents de même nature .
On chercherait vainement dans les pétitions d’autrefois cette mention des suffrages de la communauté que comporte la nôtre. C’est que le novice était admis à la profession en vertu d’une décision de l’Abbé ; c’était au père de famille qu’il appartenait de donner place chez lui au fils nouveau-né. L’Abbé se portait garant, devant la communauté, des bonnes dispositions du candidat qu’il accueillait. Il était ici-bas le témoin par excellence des promesses de la profession, comme l’étaient au ciel les saints dent on possédait les reliques. Aussi entendrons-nous saint Benoît prescrire d’émettre la pétition “ au nom des saints... et de l’Abbé présent ” ; celui-ci la recevait au nom du Seigneur, et le candidat devenait vraiment son fils. Du reste, l’Abbé ne manquait pas de prendre l’avis de la communauté . Selon les Statuts de Lanfranc il demande aux frères s’il y a lieu de procéder à la profession ; même indication dans le Cérémonial de Bursfeld ; et les “ chapitres des novices ”, dont nous avons dit un mot, étaient destinés à éclairer l’Abbé. Mais enfin c’est lui qui décide, et il n’y a pas de vote ; s’il est autrefois question de “ scrutin ”, c’est seulement au sens étymologique d’examen . Aujourd’hui encore, la décision de l’Abbé dans l’admission est prépondérante, non pas tant à cause du double suffrage que lui accordent les Constitutions que parce que c’est lui qui présente, et qui présente celui-là seulement dont il est moralement sûr. (Voir le canon 543 du nouveau Code.)

LES VŒUX DE RELIGION. - Avant d’aborder la troisième portion du chapitre, et afin de n’avoir pas à interrompre la description des rites de la profession, nous pouvons rappeler très succinctement la doctrine des vœux de religion et regarder de près la formule dont se servent les Bénédictins.
La perfection surnaturelle de l’homme réside essentiellement dans la charité ; non pas initiale, mais dominante et souveraine ; elle consiste dans un degré éminent de charité, ou même dans l’ensemble complexe de tout ce qui nous unit à Dieu profondément, solidement, de façon stable et continue. Et la vie parfaite est définie par sa tendance à la perfection, par un modus vivendi destiné à réaliser et à accroître la perfection.
Or,. celle-ci s’obtient par l’accomplissement intégral et généreux des préceptes, lesquels ne sont tous que le morcellement de la loi de charité. Mais on n’arrive pourtant à cette observation accomplie des préceptes et à la charité éminente que grâce à la pratique de certains conseils. Le conseil, par son côté négatif, garantit le précepte et, du même coup, défend et protège la charité ; par son côté positif, il accroît la charité en même temps qu’il en est le fruit ; il est à la fois facteur et indice de perfection. La vie parfaite, la vie de perfection est donc, assurée par la pratique des conseils ; c’est ainsi que l’exercice des conseils est caractéristique de la vie parfaite. Mais la vie parfaite peut exister même dans le monde, elle n’est pas forcément vie religieuse. Celle-ci est “ l’état de perfection ”, c’est-à-dire la vie parfaite organisée, et comprenant. certains éléments spéciaux ; il y a lieu de dire un mot de chacun d’eux.
Rappelons d’abord que la vie religieuse n’est pas distincte de la vie chrétienne ; elle n’est pas quelque chose de nouveau et de surajouté au christianisme ; elle en est un état, la condition achevée et comme l’épanouissement. Cet état n’est pas purement intérieur, mais il est aussi de caractère visible et externe. - Il implique une stabilité, une permanence de droit et légale. - La vie religieuse est instituée en vue de la perfection personnelle, au moins premièrement. - On y entre par une résolution et une démarche personnelle. - Et cette obligation est contractée en des termes précis, sous forme extérieure et visible, de façon saisissable par l’Église.
Elle est contractée en vue du bien surajouté aux préceptes, c’est à dire en vue des conseils, des œuvres qui préparent, exercent et accroissent la perfection. Les conseils auxquels la vie religieuse nous oblige ne sont pas simplement intérieurs ; ce ne sont pas non plus tous les conseils, mais premièrement les trois grands conseils évangéliques, avec le bien qui est déterminé pour chaque forme de vie religieuse par sa fin propre et sa législation particulière. Pauvreté, chasteté, obéissance c’est tout à la fois un procédé d’affranchissement par l’immolation des trois grandes convoitises ; une donation à Dieu de l’homme tout entier avec ses biens extérieurs et son corps et son âme ; c’est enfin un procédé tout à la fois un procédé d’affranchissement par l’immolation des trois grandes convoitises ; une donation à Dieu de l’homme tout entier avec. ses biens extérieurs et son corps et son âme ; c’est enfin un procédé d’union à Dieu, car, selon la doctrine des théologiens, les vœux de religion ont, en même temps que le caractère de garantie et de sécurité, celui d’offrande et d’holocauste. Il y aurait beaucoup à dire au sujet des vœux : d’autant que la notion exacte de leur portée et de leur dignité est aujourd’hui souvent méconnue. Le vœu ajoute réellement quelque chose à l’œuvre bonne, et il est un instrument très efficace de perfection il crée un lien qui, de sa nature, affranchit définitivement celui qui l’émet, un lien qui, d’intention, fixe la volonté dans le bien promis ; grâce à lui, l’œuvre bonne devient un acte de culte et d’adoration ; et, par le vœu, non seulement le fruit, mais la sève et l’arbre même sont consacrés à Dieu . La profession n’est autre chose que l’émission des vœux de religion.
Mais, pour que la donation de nous-mêmes par les trois vœux substantiels de religion nous constitue religieux, il faut qu’elle soit, au nom de Dieu, acceptée par l’Église ; et l’Église est en ce cas représentée par le prélat ou toute autre personne compétente. La profession étant ; comme nous l’expliquerons, un contrat, l’intervention des deux parties est indispensable.
La profession doit être émise et les vœux exercés ,sous une Règle approuvée par l’église : celle de saint Basile, de saint Benoît, de saint Augustin, de saint François ; à l’une ou l’autre de ces Règles s’ajoutent aujourd’hui des Constitutions. Les Papes ont accordé à quelques Ordres de vivre sous une Règle propre ne se réclamant point de l’une des quatre mentionnées à l’instant. Aujourd’hui, enfin, la vie religieuse requiert, en vertu de dispositions canoniques, la soumission à un supérieur et aussi une vie commune dont l’intimité varie suivant les Ordres.
Sans entrer dans les détails de la distinction entre vœux simples et vœux solennels, il est bon pourtant d’en dire un mot. La solennité n’est pas la perpétuité ; car il existe des vœux simples dont la perpétuité est parfaite, sine ex parte voventis, et c’est le cas pour nous, sive ex parte acceptantis, par exemple les moniales en France, en Belgique, aux États Unis. La solennité ne consiste pas davantage dans l’incapacité qu’entraîne le vœu solennel d’accomplir les actes contraires au vœu, incapacité qui rend ces actes, non pas seulement illicites, mois nuls et invalides : ce n’est là qu’un élément conséquent. Encore ce caractère n’est-il pas universel, puisque les vœux simples des scolastiques et des coadjuteurs de la .Compagnie de Jésus entraînent le même effet d’incapacité. La solennité n’est rien non plus d’intrinsèque au vœu : simple ou solennel, celui-ci oblige devant Dieu et le for interne de la conscience de la même. façon et sous les mêmes peines. Elle consiste moins encore dans les cérémonies liturgiques qui accompagnent l’émission des vœux. La solennité est un élément oui appartient au for externe : c’est une efficacité spéciale attachée par l’Église au vœu qu’elle déclare solennel. Le profès de vœux solennels est accepté par l’Église au nom de Dieu et réputé par elle comme consacré d’une façon irrévocable ; c’est l’Église qui constitue la solennité, qui décide que les vœux émis dans telles ou telles conditions seront simples ou solennels. Par les vœux solennels le religieux est attaché définitivement à l’Ordre ; il devient participant de tous ses privilèges comme aussi de toutes ses charges. Mais puisque c’est de la volonté de l’Église que vient la solennité, elle peut dispenser, en tout ou en partie, des obligations qui résultent des vœux solennels ; et elle le fait parfois . Nous ne sommes appelés à prononcer ces vœux qu’après trois ans de profession (

Vota emittantur ad iormam Ordinis Benedictini, scilicet de stabilitate, conversione morum et obedientia juxta Regulam sancti Patris Benedicti in sensu Constitutionum, observandam. Ainsi s’expriment nos Constitutions .La stabilité. Il faut se souvenir qu’un des principaux desseins de N. B. Père était de réagir contre les formes défigurées de la vie monastique, spécialement contre la gyrovagie. C’était la grande plaie. Encore que perpétuels, les vœux de religion devenaient souvent illusoires, lorsqu’on se mettait à courir le monde et à changer de monastère au gré du caprice. La législation monastique admettait trop aisément ces changements de monastère . Saint Basile, sans méconnaître qu’il existe par fois des raisons sérieuses de passer dans une autre maison, pose néanmoins les principes de la stabilité dans le monastère . L’instabilitas est flétrie par Cassien . Saint Césaire d’Arles donne la stabilité comme condition première d’admission : In primis, si quis ad conversionem venerit, ea conditionp excipiatur, ut usque ad mortem suam ibi perseveret . Le IVe concile œcuménique de Chalcédoine (451) avait interdit aux moines de quitter leur monastère sans l’autorisation de l’évêque , et le concile d’Agde (506) déclare l’appartenance du religieux à sa maison et à son Abbé . Mais il semble bien que saint Benoît ait, le premier, résolu de lier par un vœu formel le moine au monastère ; et dans le texte de la Règle qui énumère les objets de la promesse, le vœu de stabilité tient le premier rang.
Stabilité a donc le sens précis d’une permanence dans la famille surnaturelle chez laquelle on émet profession, d’une permanence dans le monastère, et non pas seulement le sens général de persévérance dans le bien ou dans la vie religieuse. Ex illa die non liceat egredi de monasterio, dit saint Benoît. Dès le Prologue, il avait mentionné rapidement la persévérance jusqu’à la mort dans le monastère à la fin du chapitre IV, la clôture monastique avec la stabilité dans l’assemblée des frères était présentée comme l’atelier unique où peuvent être mis en œuvre avec succès les instruments de l’art spirituel. Au chapitre LXl enfin, saint Benoît indique le procédé qu’il faut suivre pour venir en aide aux victimes de la gyrovagie, s’il y a espoir de guérison.
La stabilité monastique n’est pas la claustration rigoureuse des moniales ; elle ne s’oppose ni à une sortie autorisée par l’Abbé, ni même, aujourd’hui du moins, au passage dans une autre maison de la Congrégation, lorsque les supérieurs y consentent. Nous vouons la stabilité “ selon nos Constitutions ” : or, celles-ci prévoient les cas où un moine peut, au moyen d’une déclaration authentique, se stabiliser dans un monastère autre que celui de sa profession : c’est lorsqu’il a quitté régulièrement celui-ci, ou pour son bien personnel, ou pour venir en aide à une communauté, ou pour une fondation nouvelle. Si la stabilité entrait en conflit avec l’obéissance, cette dernière devrait l’emporter ; car,’ encore une fois, la stabilité qu’on avouée n’entraîne point l’inamovibilité absolue. On peut dire que la stabilité consiste dans l’appartenance profonde et durable à une famille, normalement au monastère même de sa profession.
La conversion des mœurs. D’une façon générale, c’est l’adieu à la vie de péché, à la vie mondaine, avec direction de notre activité vers les choses surnaturelles. Mais nous devons prendre ces termes dans le sens même que l’on y attachait à l’époque de N. B. Père : la conversion des mœurs, c’est la vie religieuse elle-même, considérée dans les éléments sans lesquels elle ne saurait exister, spécialement la chasteté et la pauvreté (l’obéissance aura bientôt sa mention formelle). Ne nous étonnons pas que notre formule de profession ne contienne rien d’explicite sur la pauvreté et la chasteté : cette omission est traditionnelle et se retrouve dans les branches diverses de l’Ordre . Les Chartreux, les Chanoines réguliers, les Carmes, les Frères Prêcheurs n’ont pas davantage la mention expresse des trois vœux ; quelques-uns n’ont même que celui d’obéissance . Les Basiliens ne font vœu que de chasteté.
L’obéissance méritait bien d’être l’objet d’un engagement spécial elle est la forme la plus élevée de la conversion des mœurs ; c’est le sacrifice de l’âme et de la volonté ; elle renferme à elle seule toute la vie surnaturelle et toute la vie religieuse. De plus, le dessein bien arrêté de séparer les cénobites d’avec les anachorètes d’une part, et d’autre part d’avec les sarabaites, invitait saint Benoît à faire promettre explicitement l’obéissance. Bernard du Cassin a ingénieusement observé qu’en soulignant ainsi les vœux de stabilité, de conversion des mœurs et d’obéissance, N. B. Père distinguait à la fois ses moines et des gyrovagues par la stabilité, et des sarabaïtes par la conversion des mœurs, et des anachorètes par l’obéissance à un supérieur et à une règle écrite.
Nous émettons nos vœux “ selon la Règle de saint Benoît, telle que l’interprètent nos Constitutions ”. Ceci appelle plusieurs remarques.
Nous ne vouons pas tous les conseils, ce qui serait assez malaisé à tenir, puisque certains s’excluent et se contredisent (la pauvreté et l’aumône, par exemple), et que leur nombre est infini. Nous l’avons remarqué déjà : chaque forme de vie religieuse est basée sur l’observance des trois grands conseils substantiels, auxquels s’ajoutent les conseils appropriés au but de l’institut. Par la profession bénédictine, nous nous engageons à vivre selon la Règle de saint Benoît : il ne s’agira donc jamais d’aller faire une cueillette dans les autres Règles, au hasard de nos dévotions. Encore moins avons-nous qualité pour ajouter ou retrancher quoi que ce soit, en vue d’une plus grande perfection de la communauté, à notre Règle et aux Constitutions. Ni l’Abbé, ni le Supérieur général, ni le Chapitre général tout seuls ne, les peuvent modifier notablement ; ils ont seulement compétence pour interpréter, proposer des changements et les essayer. Cette vie bénédictine, qui est notre devoir, est aussi notre droit. Même lorsqu’il s’agit des vœux essentiels, - la chasteté mise à part, - l’obéissance et la pauvreté sont comprises et pratiquées dans chaque Ordre de façon un peu spéciale : or, nous avons droit au caractère propre de la Règle bénédictine. Et l’idéal de notre observance demeure attaché à cette compréhension exacte de l’esprit de N. B. Père. Prenons garde néanmoins : car il est si facile à l’égoïsme, à la sottise, à l’illusion, de suggérer à un moine que son supérieur n’a pas la vraie pensée de saint Benoît, ou bien qu’il outrepasse ses droits !
Nous faisons profession de vivre “ selon la Règle ” : mais dans quelle mesure la Règle nous oblige-t-elle ? L’observance fidèle est-elle simplement affaire de logique individuelle, de haute convenance, d’honneur, -ou bien la conscience est-elle engagée et jusqu’à quel point ? La question est délicate, complexe et fort pratique. Nous ne pouvons ici que donner quelques conclusions.
La Règle religieuse entraîne obligation. - Obligation, et dans les conditions théologiques ordinaires, pour toutes les prescriptions de droit naturel, de droit divin positif, de droit ecclésiastique qu’elle renferme et qu’elle promulgue à ses sujets. - Obligation de conscience, plus, ou moins grave, en tout ce qui constitue la matière des vœux : la violation, en ce cas, ayant malice de sacrilège. Nous ne vouons pas la Règle, simpliciter : autrement, tout ce qu’elle contient serait matière des vœux, mais seulement de vivre secundum Regulam. - Obligation de conscience pour les cas particuliers où la Règle, ou bien le supérieur, prescriraient avec des formules impératives qui en appellent au vœu d’obéissance.
Parmi les Règles, il en est qui prennent soin de spécifier duels sont les points qui obligent sous peine de péché mortel ou véniel. D’autres déclarent que, sauf les cas énumérés plus haut, elles n’obligent pas sous peine de péché, sed solum ad poenam taxatam sustinendam. Les antres enfin, et c’est le cas des Règles anciennes, de la nôtre en particulier, ne spécifient rien. Il n’était pas dans l’esprit du temps de faire de la casuistique, et il est probable qu’on ne songeait pas qu’il pût s’élever des contestations sur ce point.
Il y en eut pourtant parmi les théologiens de l’Ordre . Sans entrer dans le vif de la discussion, il faut reconnaître que N B. Père a prétendu faire de sa Règle autre chose qu’une série de conseils facultatifs de perfection, autre chose même qu’une sorte de règlement de police, qu’un système d’amendes personnelles destiné à nous inspirer par sa rigueur quelque crainte de la transgression. Ses moines ne sont pas des esclaves, obéissant à la menace du fouet ; l’Abbé n’est pas un préfet de discipline. Pratiquement, et quoi qu’il en soit de l’obligation de la Règle par elle-même , il est peu d’infractions à cette Règle qui ne deviennent fautes théologiques en vertu d’une malice provenant d’ailleurs. Souvent le motif secret qui détermine la transgression revêt une couleur immorale : la paresse, l’orgueil, la gourmandise. Il y a aussi le mépris formel de tel ou tel point de l’observance mépris qui pourrait constituer une faute grave s’il s’étendait à toute la Règle. De plus, il peut y avoir scandale plus ou moins sérieux, contribution au relâchement de la discipline générale. Les illusions sur tout cela sont faciles, et des habitudes d’inobservance ordinaire se créent aisément, en particulier pour le silence, pour les études, pour la prière : c’est alors qu’on s’engage sur la pente du mépris.
Il faut de la délicatesse de conscience en ces matières, non du scrupule, ni rien d’une rigidité maladroite, qui méconnaît les nuances et cette sage “ épikie ” dont parlent les moralistes. Surtout, n’oublions pas que la tendance vers la perfection est pour nous une réelle obligation de conscience et que nous l’avons vouée solennellement ; que la Règle est la forme même de cette perfection promise, et que son caractère libéral et discret n’est point une licence donnée à notre égoïsme de se ressaisir en détail. Pour des fils, il n’est besoin que de savoir ce qu’aime leur Père et ce qu’il attend d’eux.

Et si habita secum deliberatione, promiserit se omnia custodire et cuncta sibi imperata servare, tunc suscipiatur in congregatione, sciens lege Regulae constitutum, quod ei ex illa die non liceat egredi de monasterio nec collum excutere de sub jugo Regulae, quam sub tam morosa deliberatione licuit ei recusare aut suscipere
Et si, après avoir bien réfléchi, il promet de tout garder et d’observer tout ce qui lui sera commandé, alors il sera reçu dans la communauté, sachant qu’en vertu de la loi de la Règle, il ne lui est plus permis, à partir de ce jour, de sortir du monastère, ni de secouer le joug de cette Règle qu’au terme d’une réflexion si prolongée il. lui était loisible de récuser ou d’assumer.


CARACTÈRE ET CONSÉQUENCES DE LA PROFESSION. - Avant même de décrire la profession monastique, saint Benoît indique brièvement-ce qui se passe lorsque l’épreuve novitiale est achevée et que le candidat s’est décidé : il promet d’observer toute la Règle ; il est accueilli dans l’assemblée des frères ; et son engagement est irrévocable. N. B. Père marque surtout ici avec force le caractère et les conséquences morales d’un acte auquel le novice a pu se préparer en toute maturité. Les conséquences relatives aux biens matériels ne seront mentionnées qu’à la fin du chapitre.
La profession est un acte sérieux. On a en du loisir pour y songer et pour délibérer, un loisir notable et largement suffisant, tam morosa deliberatio. On a été invité à peser le pour et le contre, mis en demeure de décliner ou d’accepter le fardeau : licuit recusare aut suscipere. Avant de sec s’engager, on a examiné une dernière fois la chose dans la région profonde de son âme, habita secum deliberatione. La profession ne ressemble guère à un acte pour rire, à une petite scène coquettement frangée, mais ne tirant pas à conséquence !
Elle a principalement le caractère d’une oblation : nous le voyons bien par la formule même qui l’accompagne : Suscipe me, Domine, par le moment de la Messe où elle s’accomplit, par le texte même de la Règle. Or, selon saint Benoît, cette donation doit être plénière, engageant l’homme tout entier, dans son être comme dans son agir : au point que N. B. Père fonde sur ce caractère absolu de la donation l’impossibilité pour le moine de posséder ensuite quoi que ce soit : Quibus nec corpora sua nec volutantes licet habere in propria potestate (chap. XXXIII), et dans le dernier paragraphe du présent chapitre : ... nec proprii corporis. C’est un sacrifice où la victime est consumée toute. Nul ne songe, le jour de sa profession, à faire des réserves, à marchander honteusement avec le Seigneur, à prévoir tel ou tel point de la Règle qui n’obligera pas. Ce jour-là, nous ne prenons pas même de garanties contre les exigences éventuelles et les excès possibles de l’autorité. Ce jour-là, nous disons : “ Seigneur, j’écris ma charte en petits caractères, afin que dans le blanc et la marge vous puisiez écrire tout ce que vous voudrez : vous n’êtes pas de ceux avec qui l’on discute. Vous y mettrez l’inopiné, le douloureux, l’impossible : il n’importe, vous serez obéi Notre engagement est ce que nous l’avons fait. Nous aurons à en rendre compte selon sa valeur réelle, et non d’après les ,atténuations et les adoucissements postérieurs : Ex verbis tuis justificaberis, et ex verbis tuis condemnaberis (MATTH., XII, 37).
La profession est donc un engagement d’honneur ou plutôt de stricte justice. Quand la parole est donnée, il faut la tenir, - même quand elle est donnée au Dieu vivant. Nous le verrons plus loin, la profession est aussi un contrat et un double contrat : avec Dieu qui nous donne sa vie en échange de la nôtre, avec notre famille monastique qui nous donne part à tous ses biens surnaturels, moyennant promesse de soumission et de fidélité. Venir dire ensuite, pratiquement, que nos contrats ne tiennent pas, c’est se moquer de Dieu, dit saint Benoît, rappelant un mot de l’Apôtre (GAL., Vl, 7) : Ut si aliquando aliter fecerit, ab eo se damnandum sciat quem irridet.
Enfin, la profession est un acte définitif et irrévocable . Avons-nous entendu contracter un engagement résiliable ? Et puis,, cette appartenance de l’âme à Dieu et de Dieu à l’âme qu’implique la profession peut elle avoir un caractère de précarité et de temporaire ? Quand on aime, on ne prévoit pas le jour où l’on cessera d’aimer. Il y en a pour l’éternité. Saint Benoît avait d’ailleurs un motif spécial d’ajouter la remarque :
Sciens quod ei ex illa die, etc Encore une fois, il ne veut pas de ces moines gyrovagues qui vont et viennent à leur gré, ni des sarabaites. Et il avertit nettement ceux qui se présentent chez lui des conditions de la vie religieuse qu’on y mène : on ne peut plus sortir, on est stable, on demeure sous le joug d’une Règle .

LE CÉRÉMONIAL DE LA PROFESSION. - Après une petite croisade de prières privées et conventuelles , on arrive enfin au jour béni de la profession, jour unique pour l’âme, avec celui du baptême et celui de l’entrée dans l’éternité. Au chapitre, où le convent s’est rendu après Tierce, le novice se présente pour une dernière pétition et élection. . Fili, legem nosti sub qua militare vis, scis ad quid ingrederis... Nunc, ecce coram te vestes primi lui saecularis status ; ecce sacrae Religionis indumenta : elige coram Deo et sanctis ejus, quaenam ex iis ambit et desiderat anima tua. Après le choix des habits monastiques, la procession revient à l’oratoire. C’est là qu’aura lieu la profession : saint Benoît l’a réglé ainsi, car elle est éminemment une fonction religieuse et liturgique. Elle a lieu au cours de la Messe et au moment de l’Offertoire. N. B. Père ne le dit point, mais tout porte à croire que tel était bien l’usage de son temps.
Remarquons qu’il fait placer la charte sur l’autel sans doute avec les offrandes des fidèles, car, au chapitre suivant, il prescrit que la pétition de l’enfant offert par ses parents soit enveloppée, avec sa main et avec l’oblation (des fidèles), dans la nappe de l’autel : Et cum oblations ipsam petitionem et manum pueri involvant in palla altaris et sic eum offerant. Le concile d’Aix-la-Chapelle de 817 interprète ainsi le cum oblatione du chapitre LlX. La plus vénérable tradition place la profession pendant le Saint Sacrifice. Au huitième siècle, saint Théodore de Cantorbéry, dans son Capitulaire, dit que la profession a lieu pendant la Messe que célèbre l’Abbé . Même usage à Cluny , et en général un peu partout. Les Statuts de Lanfranc laissent au choix de l’Abbé de bénir le moine avant l’Introït s’il ne célèbre pas la Messe, ou après l’évangile, qu’il célèbre ou non mais on voit bien par ce qui suit que la seconde manière est plus goûtée. Presque partout, en effet, la profession était .émise après l’évangile ou le Credo, avant l’Offertoire. Dans son premier Commentaire de la Règle, Pierre Boherius dit cependant que la fonction a lieu post Offertorium . A Saint-Maur, la profession venait aussi après I’Offertoire.
L’usage de quelques Congrégations modernes est de faire profession en dehors de la Messe ; celles qui la font inter Missam sont autorisées, par un décret de 1894, à adopter le cérémonial des Jésuites, lequel consiste à émettre ses vœux devant le prêtre tenant la sainte Hostie, immédiatement avant de recevoir la communion . Il est permis d’estimer que l’ancien usage est plus profondément symbolique.
Avant ‘de décrire la cérémonie de profession, nous devons rechercher ce qu’elle était avant N. B. Père. Les canonistes, distinguant entre profession tacite et profession expresse, remarquent que la première a été primitivement seule en usage : elle consistait en des actes équivalant à la profession formelle et ayant la valeur d’un engagement. On peut dire que la prise ou la réception de l’habit monastique, et souvent aussi la tonsure, ont suffi, dans les premiers siècles, pour constituer un religieux ou une moniale les ermites faisaient profession plus simplement encore ; ordinairement on faisait en sorte de recevoir l’habit des mains d’un ancien. Parfois même, une moniale illustre le donnait à un homme c’est ainsi qu’Évagre du Pont le reçut de Mélanie l’Ancienne . La tradition de l’habit religieux chez les moines fut sans doute de bonne heure accompagnée de prières et entourée d’une certaine solennité ; mais nous sommes à son sujet moins bien renseignés que sur la velatio et la consecratio virginum, dont la liturgie est très ancienne. Saint Pacôme dit seulement qu’après les épreuves préliminaires le candidat sera remis aux frères : Tunc nudabunt eum vestimentis saecularibus et induent habita monachoruna, tradentque ostiario, ut orationis tempore adducat eum in conspectum omnium fratrum ; sedebitque in loco in quo ci praeceptum fuerit . Saint Nil ne fournit qu’une indication par trop sommaire lorsqu’il dit : Quando igitur monaehorion venerandum habitum induisti ? Quis Abbas, bona dicens verba, manum apposuit ? Il est difficile de déterminer le cérémonial usité chez saint Basile. Il y avait des témoins. Il y avait des interrogations posées au novice, et une profession clara et perspicua. Il y avait sans doute aussi une formule consacrée : Quant à la promesse écrite, le plus ancien spécimen que nous en ayons est, paraît-il, l’engagement que fit signer à ses moines Schenoudi d’Atripé, dans la Haute Thébaïde ( 452) Saint Isidore demande lui aussi un écrit et Mabillon a cité une formule de ce pactum . Même usage chez saint Fructueux (septième siècle) .
Quoi qu’il en soit des coutumes dont s’est inspiré saint Benoît, et des coïncidences qui existent, par exemple, entre le cérémonial bénédictin et celui que donne saint Denys au chapitre Vl de sa Hiérarchie ecclésiastique, il est incontestable que N. B. Père a fait ici encore œuvre profondément originale. Il a organisé, il a défini, il a fait de la profession monastique un acte juridique complet et très solennel. Nous reconnaissons là le Romain, le Romain de haute et forte race. Ce fut la disposition commune de tous les peuples, et en particulier des Hébreux, d’entourer les contrats de garanties, d’actes symboliques, de témoins, afin d’en bien déterminer le sens et d’en assurer l’exécution fidèle ; mais nulle part plus qu’à Rome les actes publics et privés n’étaient accompagnés d’un luxe de formes, dont la scrupuleuse observation engageait sous peine de nullité. La nécessité de réagir contre l’inconstance des sarabaites et des gyrovagues s’allia à ces dispositions de race pour dicter à N. B. Père son cérémonial .
La profession bénédictine est donc surtout un contrat, un contrat bilatéral, passé entre le novice d’une part. Dieu et les frères d’autre part je me donne tout entier et à jamais à Dieu et à l’Ordre monastique, pour que Dieu et l’Ordre monastique m’admettent à leur communion, me mettent en possession de leur vie. C’est une adoption dans la famille de Dieu : celui qui se présente s’appelle suscipiendus ; il se donne pour être reçu et accueilli : et le fait de la réception le rend fils de la famille.

Suseipiendus autem in oratorio coram omnibus promittat de stabilitate sua et conversione morum suorum et obedientia, coram Deo et sanctis ejus si aliquando aliter fecerit, ab eo se damnandum sciat quem irridet. De qua promissione sua faciat petitionern ad nomen sanctorum quorum reliquix ibi sunt et abbatis praesentis. Quam petitionem manu sug scribat ; aut certe, si non scit litteras, alter ab eo rogatus scribat ; et ille novitius signum faciat et manu sua eam super altare ponat Quam dum posuerit, incipiat ipse novitius mox Nunc versum : Suscipe me, Domine, secundum eloquium tuum et vivam : et non confundas me ab exspectatione mea. Quem versum omnis congregatio tertio respondeat adjungentes Gloria Patri. Tunc ipse frater novitius prosternatur singulorum pedibus, ut orent pro eo, et jam ex illa hora in congregatione reputetur
Celui qui doit être reçu fera à l’oratoire, devant tous, une promesse concernant sa stabilité, sa pratique de la vie monastique et l’obéissance, en, ut présence de Dieu et de ses saints, en sorte que, si un jour il agissait autrement, il .se sache condamné par celui dont il s’est moqué. De sa bouche : je ne veux souiller mon corps d’aucune manière, je ne veux pas voler, je na veux pas me parjurer, je ne veux pas mentir, je ne veux pas faire le mal en secret. promesse il dressera un acte au nom des saints dont les reliques sont en ce lieu et au nom de l’abbé présent. Il écrira cet acte de sa propre main ou, s’il est illettré, un autre l’écrira sur sa demande et le novice lui-même signera et le posera de sa main sur l’autel. Après l’y avoir posé, le novice commencera aussitôt ce verset : Reçois moi, Seigneur, selon ta parole et je vivrai ; ne me déçois pas dans mon , attente. Toute la communauté reprendra trois fois ce verset et, ajoutera le Gloria. Alors le frère novice, se prosternera aux pieds de chacun, afin qu’on prie pour lui, et à partir de ce jour il fera partie de la communauté.


Un contrat, un acte public tel que la profession exige des témoins. Il y a des témoins au ciel : coram Deo et Sanctis ejus ; il y en a sur la terre : l’Abbé, les frères, tous les fidèles présents. Rien ne se fera en cachette. Mais tout d’abord, selon notre usage, le candidat est interrogé solennellement sur ses dispositions vis-à-vis des engagements qu’il va contracter. Les choses se passent de même avant le baptême, avant la consécration épiscopale. Promittat de stabilitate sua . Il y a eu des examens, des scrutins préliminaires, durant l’année de noviciat : mais il en faut un définitif. Le candidat répond par une série de Volo à des questions précises et nettes. Cette promesse orale est aujourd’hui complétée par la lecture de la charte.
Car il y a une charte, ce que saint Benoît appelle la petitio, une garantie juridique nouvelle, suppléant à ce que les paroles ont nécessairement de fugitif. N. B. Père veille à ce qu’elle constitue un instrument en bonne et due forme. -Elle est écrite de la main même du candidat. S’il ne sait pas écrire, il devra prier l’un de ses frères de l’écrire en son nom. - Elle est située. L’expression “ faire pétition au nom des saints dont les reliques sont dans le monastère ” signifie sans doute qu’on prend pour témoins et garants les saints de l’abbaye, ceux qui font plus spécialement partie de la famille monastique, qui sont plus présents, qui sont des protecteurs attitrés. Mais c’est du même coup situer la profession aux yeux de Dieu et des bienheureux, et même aux yeux des hommes ; car, selon la pensée de nos pères, de même qu’il n’y a pas de monastère sans église, il n’y a ,pas non plus d’église sans reliques : un monastère est le monastère riche de telles et telles reliques. - Elle est datée, datée surtout par le nom de l’Abbé présent, de l’Abbé d’alors, et Abbatis praesentis ; c’est sous le gouvernement de tel Abbé que cette profession a été émise. - Elle est signée. Le novice y met un signe ou le signe : ce qui indique non pas forcément le nom, la signature, mais peut-être un signe conventionnel quelconque, adopté par chacun pour l’attestation de ses actes privés et que pouvaient tracer les illettrés eux-mêmes. Le “ signe ” par excellence, très employé jadis comme signature, c’est la croix. On a signé longtemps la charte de profession par une simple croix ; il en est encore ainsi dans la plupart des Congrégations de notre Ordre. Pourtant, il y a dans l’antiquité monastique quelques cas de signatures avec le nom . Hildemar dit que le novice doit écrire son nom, ou bien, si non scit luteras tracer le signe de la croix en présence des frères .
C’est sur l’autel même, sur la pierre où s’offre et s’immole Notre Seigneur Jésus-Christ, que le novice, même s’il est laïc, signe sa charte de profession. Et, saint Benoît veut que, de sa propre main, il l’y dépose. Désormais, la promesse et l’offrande du novice sont choses sacrées. Enfin, pour que la pétition résiste davantage à l’usure du temps, nous l’écrivons sur parchemin, comme tous les actes ecclésiastiques très importants. Selon N. B. Père lui-même, on la conservera aux archives du monastère, et on ne la rendra jamais au moine .
Quam dum posuerit, incipiat ipse novitius mox hune versum : Suscipe me. Après toutes les garanties juridiques dont nous avons parlé, vient une prière destinée à en assurer l’efficacité.
N. B. Père, qui connaissait à fond le Psautier, n’a pas trouvé de formule plus opportune que ce simple verset du psaume CXVlll. Le novice est debout, en face, de Dieu. Successivement il s’adresse à chacune des trois Personnes divines. Et le sens général de sa prière, chantée et rendue plus expressive encore par les gestes liturgiques, est sans doute celui d’une affirmation suprême de l’oblation, mais surtout une humble et confiante demande d’acceptation. Après avoir accompli tout ce qui est en son pouvoir, le novice supplie le Seigneur de remplir à son tour les engagements qu’entraîne pour lui le contrat. Ces engagements, c’est de recevoir, c’est d’accueillir. Dieu a donné sa parole ; sa fidélité est engagée. Le novice est sûr que Dieu ne se dérobera pas, il ne se défie pas de lui, il ne prend pas de précautions contre lui. Mais, le front dans la poussière, il lui demande qu’il en soit bien ainsi et qu’il daigne le prendre pour fils. Si nous nous dérobons nous-mêmes, le contrat est violé et sans fruit
Dieu est joué, et nous déçus et frustrés. C’est donc, au fond, contre sa propre fragilité que le novice entend se prémunir : Suscipe me, Domine, secundum eloquium tuum, et vivam : et non confudas me ab exspectatione mea. Faites que je sois réellement “ donné ” et “ reçu ”, vraiment reçu parce que vraiment donné, et que l’un et l’autre nous puissions tenir notre parole. Et mon offrande et la vôtre, tout repose entre vos mains bénies.
Il semble que la réponse de Dieu ne tarde pas. Elle a d’abord pour traduction visible l’accueil des frères, l’incorporation à la société des enfants de Dieu. Cette incorporation se manifeste tout aussitôt après le chant du premier Suscipe : car tous les frères le reprennent en chœur ; et ils ne disent point Susçipe eum, mais Suscipe me : il y a donc déjà union vitale ; et c’est, avec le jeune profès, la communauté entière qui présente l’oblation. Toute la tradition a entendu le tertio de la Règle dans le sens d’une triple répétition. Le Suscipe collectif se termine, comme l’a voulu saint Benoît, par la louange au Père, au Fils et au Saint-Esprit ; il n’est pas besoin d’insister sur là propos de cette doxologie.
Après des prières conventuelles où sont énumérés les principaux devoirs du profès et sollicitées toutes les grâces qui permettront d’y faire face , ont lieu la bénédiction et l’imposition des habits monastiques. La vêture, dont N. B. Père parlera quelques lignes plus bas, s’accomplissait chez lui à l’oratoire, sans doute à la fin de la cérémonie. Les usages ont varié sur ce dernier point ; on l’a rejetée parfois après la Communion. La vêture a toujours été, nous l’avons dit déjà, partie essentielle du cérémonial de profession ; souvent même elle a suffi à elle seule . C’est avant la vêture que nous chantons, comme à Saint-Maur et ailleurs, le Veni Creator : elle est donc spécialement confiée, par appropriation, à la Personne divine qui unit et qui consomme. C’est la prise de possession totale par Dieu . Aussi chante-t-on après la vêture l’antienne
Confirma hoc, Deus.
La vêture est la traduction extérieure de la transformation opérée au dedans : l’homme ancien, l’homme pécheur, a été anéanti ; il a fait placé à l’homme nouveau, à celui qui vit de Dieu et pour Dieu : nova creatura. C’est la restauration, la réédition et l’achèvement de ce qui s’était fait au baptême ; alors aussi on avait donné au néophyte un vêtement spécial et symbolique. Rationabiliter dici potest, remarque saint Thomas, quod per ingressum religionis, aliquis consequatur remissionem omnium peccatorum... Unde legitur in Vitis Patrum quod eamdem gratiam consequuntur religionem intrantes quam consequuntur baptizati . La tradition est unanime pour envisager la profession comme un “ second baptême” ; et chacun aura profit à rechercher les analogies qui existent entre la profession et le baptême quant aux rites et à la doctrine .
L’habit monastique signifie l’état d’innocence parfaite et d’enfance spirituelle : Sint ei operimentum peccatorum suorum, dit l’une des oraisons de vêture ; il signifie. la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ nous pénétrant, nous enveloppant entièrement : Quicumque enim in Christo baptizati estis, Christum induistis (GAL., III, 27) : c’est surtout la boule qui symbolise cette grâce unique et l’appartenance à la société des parfaits dont on portera désormais les livrées. L’habit est tout ensemble indice de cette appartenance, et procédé, instrument d’isolement du monde, fortisque armatura ac tuta defensio, dit encore le rituel. Il symbolise enfin (on le voit mieux dans le cérémonial de la consécration des Vierges) l’ornement et la parure de l’âme épouse ; car la profession peut aussi être envisagée comme une fête nuptiale. Et de même qu’en remettant la robe blanche au baptisé, l’Église l’invitait à la garder sans tache jusqu’au jour des noces éternelles, l’Abbé demande de même pour le jeune profès : Ad caeleste convivium suavissimi Sponsi, Domini Nostri Jesu Christi, perenniter regnaturus, cum nuptiali veste delectabiliter introduci.
La tradition monastique veut que le profès garde la coule (et autrefois il demeurait couvert du capuchon) pendant les jours qui suivent immédiatement ce second baptême : ainsi les nouveaux baptisés conservaient-ils quelque temps leurs vêtements blancs et le bonnet ou le bandeau . L’Abbé découvrait la tête au temps marqué ; et toujours comme au baptême, c’était une petite cérémonie liturgique, qui avait lieu d’ordinaire à l’église, après la Messe conventuelle, quelquefois au chapitre.
Le Seigneur a donc “ adopté ” le profès ; celui-ci appartient désormais à la famille de Dieu. Mais la famille de Dieu, c’est, avec la société des trois Personnes, celle des membres de Notre Seigneur Jésus-Christ, c’est l’Église. Le baptême nous a faits tous “ un ” dans le Christ ; la profession, à son tour, nous agrège à la société de ceux qui sont spécialement voués à Dieu, et entre lesquels il y a, comme dans la primitive église, communauté de biens, de prières, de travaux. Le Suscipe me du convent manifestait déjà, nous l’avons dit, cette union ; mais saint Benoît a voulu qu’il y eût un rite formel d’adoption au sein de la famille monastique. Et de même qu’au jour du baptême c’est en devenant enfants de l’Église que les hommes deviennent enfants de Dieu et communient à la vie surnaturelle : de même aussi, le jour de la profession, c’est en devenant enfants du monastère qu’ils participent à la vie surnaturelle parfaite. Lorsque le profès a sollicité la prière de l’Abbé et reçu de lui le baiser paternel, les moines viennent tous embrasser l’élu, qui leur demande, selon le texte même de la sainte Règle, de prier pour lui ; et ils lui répondent un cordial Proficiat . Tandis qu’à Saint-Maur et partout ailleurs le profès passait dans les stalles pour cette cérémonie, au Mont Cassin les frères venaient à lui, et c’est à genoux qu’on se donnait la paix, pour bien marquer le, respect surnaturel et la sainte tendresse de tous ces consacrés. Tel est, aussi notre usage .
La profession est achevé. Selon le rite attesté par les plus anciens documents, par exemple chez Paul Diacre et Hildemar, le néophyte se prosterne devant l’autel, “ tout enveloppé ” dans sa coule, notent des rituels, comme celui de Saint-Maur. Mortui estis et vita vestra est abscondita cum Christo in Deo (COL., lll, 3). Consepulti sumus cum illo per baptismum in mortem (Rom., Vl, 4). C’est afin de traduire de façon expressive cette idée de mort que la coutume monastique moderne a imaginé d’introduire la cérémonie du drap mortuaire et des cierges allumés. D. Guéranger s’est excusé, dans ses conférences, d’avoir conservé un usage “ dont les fidèles tirent quelque édification ”, mais qu’il reconnaissait un peu trop théâtral et susceptible de faire mal comprendre ce qu’a produit réellement la profession. Il n’y a pas là, en effet, que le cadavre du vieil homme : il y a aussi et surtout un vivant, un renouvelé ; il y a une hostie vivante, “ une hostie pure, sainte et immaculée ”, réunie à celle de l’autel, présentée et acceptée comme elle, enveloppée par le diacre dans un même parfum d’encens.
Et la Messe continue. Immobile et silencieux comme l’Agneau de Dieu, le jeune profès se laisse immoler et consommer mystiquement par le Pontife éternel. Ah ! la douce Messe ! Ah ! la douce communion ! Toute la vie monastique devrait ressembler à cette Messe de la profession. Supplices te rogamus, omnipotens Deus, juge haec perlerri, per menus sancti Angeli tui in sublime altare tuum, in conspectu divinae Majestatis tuas... Puis c’est le Pater, un appel à la Tendresse, à la Beauté, à la Pureté incréée, une demande tranquille et complète. La sainte communion achève l’illumination baptismale : de même le profès doit, conformément à nos plus anciennes coutumes, recevoir le Corps et le Sang du Seigneur ; et, toujours comme les néophytes, il communiera chaque jour de sa période in albis.
Enfin le jeune profès est mis officiellement en possession de sa stalle, au chœur. C’est la consécration des droits acquis par la profession ; désormais le moine gardera le rang que celle-ci lui assigne. Sa vraie place est donc maintenant au chœur : c’est pour la Louange qu’il a été choisi et bénit. A la moniale, le Prélat fait même une tradition solennelle du livre de l’office divin. Cependant, notre Cérémonial, d’accord une fois de plus avec la tradition, vent que pendant trois jours le néophyte ne remplisse seul aucune fonction du chœur. Autrefois même, il gardait un complet silence, caché nuit et jour dans sa coule, s’entretenant avec le Seigneur .

Res si quas habet, tut eroget prius pauperibus, tut facta solemniter donatione, conferat monasterio, nihil sibi reservans ex omnibus : quippe qui ex illo die nec proprii corporis potestatem se habiturum seiat. Mox ergo in oratorio exuatur rebus propriis quibus vestitus est et induatur rebus monasterii. Illa autem vestimenta quibus exutus est, reponantur in vestiario conservanda, ut si aliquando, suadente diabolo, consenserit ut egrediattir de monasterio (quod absit), tunc exutus rebus monasterii projiciatur. Illam tamen petitionem, quam desuper altare abbas tulit, non recipiat, sed in monasterio reservetur
S’il a des biens, il les aura donnés auparavant aux pauvres ou attribués au monastère par une donation en forme, sans se réserver rien du tout, d’autant qu’à partir de ce jour, il le sait, il n’aura même plus la libre disposition de son propre corps. Qu’il soit donc dépouillé aussitôt dans l’oratoire des effets personnels dont il était vêtu et qu’on lui mette des vêtements du monastère. Les vêtements qu’on lui a enlevés seront déposés au vestiaire et conservés afin que, si un jour, à l’instigation du diable, il se décidait, par malheur, à sortir du monastère, il soit dépouillé de l’habit monastique, avant d’être chassé. Cependant on ne lui rendra pas l’acte de sa profession, que l’abbé aura repris sur l’autel, mais on le conservera au monastère.


DlSPOSlTlONS RELATIVES AUX BIENS. - Que va faire le moine de ses biens, s’il en a ? N. B. Père y pourvoit en terminant le chapitre, et ses prescriptions sont l’écho de l’enseignement des anciens .
Eroget prius : c’est-à-dire avant la profession, ou bien avant l’imposition des vêtements monastiques dont il sera parlé bientôt. De ses biens présents, de ses biens futurs, le candidat peut et doit disposer librement. Il a le choix entre les bénéficiaires : on ne lui demande que de rendre sa désappropriation complète et définitive, sans se rien réserver ni au dedans ni au dehors, sans s’assurer le bénéfice de petites pensions. Toutes les Règles monastiques ont insisté avec force, nous le savons, sur l’incompatibilité d’une possession quelconque avec la vraie vie religieuse.
Saint Benoît ne dit mot des parents. Il ne semble pas que les anciens fussent très partisans de ces donations à la, famille. Saint Césaire, par exemple, s’en explique dans sa deuxième lettre ad Caesariam Abbatissamm . La profession monastique consacre au. Seigneur l’homme tout entier ; ses biens font, en quelque sorte, partie de lui : le meilleur usage qu’en puisse faire le candidat est donc de les offrir tous à Dieu dans la personne de ses pauvres. C’est le conseil formel du Seigneur Vende... et da pauperibus ; et c’est ce à quoi songe d’abord saint Benoît : aut croget prius pauperibus. Évidemment, si les parents sont dans le besoin, c’est par eux que devront commencer les largesses. Il est légitime aussi de sonner al ! monastère : le monastère est de notre parenté, le monastère est pauvre. Aussi N. B. Père, sans prétendre qu’il faille rien réclamer du candidat ou de sa famille, sans négliger d’insinuer ici et au chapitre suivant qu’il faut se comporter en tout ceci avec beaucoup de mesure, est-il moins sévère que Cassien et saint Basile : le premier veut que l’on n’accepte rien du novice, l’autre ne parle que de donation faite aux pauvres et déconseille de rien accepter des parents .
La tradition monastique s’est conformée à la pensée de N. B. Père et à sa réserve. Il est curieux d’entendre le petit dialogue qui s’engageait, chez Paul Diacre et chez Hildemar, entre l’Abbé et le novice . Dans l’usage actuel, une pension durant le noviciat est permise, mai. ; nullement exigée. On petit n’apporter que sa “ bonne volonté p, comme dit le fondateur de Cluny. La dot des moniales est souvent condition sine qua non de la subsistance du monastère, et cet usage est approuvé par le Saint-Siège. Mais l’Église, tout en reconnaissant aux monastères le droit d’agréer les donations de ceux qui vont faire profession, a toujours pris soin de prévenir toutes manœuvres et conventions simoniaques. Le concile de Trente détermine l’époque où le novice doit disposer de ses biens : c’est deux mois seulement avant la profession, - deux mois, aujourd’hui, avant la profession solennelle.
La donation prescrite par saint Benoît semblerait, d’après la Règle, avoir lieu au cours même de la cérémonie de profession. Mais le texte peut s’entendre autrement. Il n’est pas impossible d’ailleurs que, toutes choses ayant été réglées d’avance, on affirmât solennellement, au cours de la profession, vouloir disposer de ses biens de telle et telle manière ; peut-être faut-il entendre ainsi un passage de la Règle du Maître .
Saint Benoît demande que, s’il s’agit de donation au monastère, elle se fasse dans les formes juridiques reçues, afin qu’il conste clairement de l’intention du donateur, afin que l’appui de la loi soit assuré, afin qu’on puisse défendre le monastère contre les évictions et les procès. Le Maître veut que l’acte de donation, dressé lors de l’entrée du candidat, soit contresigné par les religieux témoins, l’évêque, le prêtre, le diacre, les clercs du lieu, et déposé sur l’autel . D. Martène a établi que ce fait de placer sur l’autel les chartes de donation n’est pas un cas isolé ; il nous reste quelques-unes des formules employées . Nihil sibi reservans... : saint Benoît s’était déjà exprimé à peu près dans les mêmes termes au chapitre XXXIII, et nous avons alors expliqué sa pensée.
Mox ergo... Afin de réaliser complètement et de traduire à l’extérieur cette incapacité foncière, le nouveau profès est dépouillé, dans l’oratoire même, de ses vêtements séculiers et revêtu de ceux du monastère. Par conséquent, le noviciat se faisait bien, au temps de saint Benoît, sous l’habit séculier, comme nous l’avons noté plus haut. Saint Benoît utilise ici encore des textes de saint Pacôme et de Cassien ; comme eux, il veut que les vêtements du siècle soient déposés au vestiaire. Sans doute ils ne demeureront pas en réserve indéfiniment, car, en cas de désertion, on pouvait aisément leur trouver un équivalent.
Ces sorties du monastère, en dépit du vœu de stabilité, se produisaient alors assez souvent pour que saint Benoît ait songé à déterminer combien de fois on consentirait à recevoir celui qui est sorti ou qui a été rejeté par sa faute (chap. XXlX). Pour certaines natures violentes, la tentation était assez forte pour qu’on prît contre ,elles des précautions utiles. Il n’est pas rare de rencontrer dans les anciens rituels de profession la demande que les candidats adressent à l’Abbé de les verrouiller solidement le jour où le diable les solliciterait à quitter le monastère, ou de les ramener de force s’ils ont déserté. L’Abbé avait à sa disposition un code pénal et des prisons. Mais N. B. Père n’a point prescrit de contrainte ni de coercition contre le fugitif ; pourtant, il ne lui laisse pas emporter, on ne sait où, le vêtement de la sainte profession ; le fuyard n’y a plus droit ; le porter dans le siècle ferait scandale ; et saint Benoît veut éviter aussi qu’il se prévale de son habit, comme les gyrovagues, pour être accueilli dans un autre monastère. Le Droit canon a fixé la discipline relative aux expulsés et aux sécularisés ; il a conservé la règle monastique qui leur interdit le port de l’habit religieux.
On rend donc, dit saint Benoît, la vieille dépouille séculière : mais on ne rendra jamais cette chose que le déserteur voudrait peut-être emporter ou lacérer : sa charte, sa charte recueillie par l’Abbé sur l’autel du Seigneur, et qui témoignera éternellement en faveur des droits de Dieu, contre le violateur du contrat.
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