Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 61 - DE MONACHIS PEREGRINIS, QUALITER SUSCIPIANTUR 61 - LA MANIÈRE DE RECEVOIR LES MOINES ÉTRANGERS (a)
Si quis monachus peregrinus de longinquis provinciis supervenerit, si pro hospite voluerit habitare in monasterio et contentus est consuetudinem loci quam invenerit, et non forte superfluitate sua perturbat monasterium, sed simpliciter contentus est quod invenerit, suscipiatur quanto tempore cupit. Si qua sane rationabiliter et cum humilitate caritatis reprehendit aut ostendit, tractet abbas prudenter ne forte pro hoc ipsud eum Dominus direxerit. Si vero postea voluerit stabilitatem suam firmare, non rennuatur talis voluntas, et maxime quia tempore hospitalitatis potuit eius vita dinosci. SI UN MOINE étranger, arrivant de contrées lointaines, veut habiter comme hôte au monastère et s’il s’accommode des conditions de vie qu’il y trouve sans troubler le monastère par ses exigences mais en se contentant simplement de ce qu’il trouve, il sera reçu aussi longtemps qu’il le désire. Si tout à fait raisonnablement et avec l’humilité de la charité il fait une critique ou une remarque, l’abbé se demandera prudemment si le Seigneur ne l’aurait pas envoyé précisément pour cela. Si, par la suite, il voulait fixer sa stabilité, on ne repoussera pas un tel vouloir, d’autant que, pendant son séjour comme hôte, on a pu juger de sa vie.
Voici un nouveau procédé de recrutement. Pour bien interpréter ce chapitre, nous devons nous rappeler quelle était la condition des religieux en Occident au temps de N. B. Père. L’ordre monastique, pris dans son ensemble, ressemblait encore à une nébuleuse non résolue. non définie. Il y avait des moines, des monastères, des coutumes monastiques : mais pas de Congrégation, comme fut plus tard celle de Cluny ; pas encore de règle unique s’imposant à de nombreuses maisons ; souvent même, dans le monastère pas d’autre règle que la volonté de l’Abbé : c’est ainsi que saint Romain vivait, nous dit saint Grégoire, sub regula patris Deodati. Même en Orient, où existaient depuis longtemps de véritables fédérations de monastères, avec des règles écrites, la vie religieuse gardait un caractère un peu privé, moins strict, moins officiel .que celui des âges postérieurs. Une large porte demeurait ouverte à l’instabilité : moyennant la bénédiction de son Abbé, on pouvait aisément se mettre en route pour de lointains pèlerinages à des sanctuaires, à dos centres monastiques, auprès de saintes gens ; et il était loisible de se fier là où le régime flattait davantage la ferveur ou la nonchalance. L’auteur des Constitutions monastiques s’élève sinon contre l’instabilité, du moins contre ses abus .
Le gyrovague et le sarabaïte réalisaient l’idéal de l’instabilité. Il ne semble pas que ce soit d’eux que s’occupe N. B. Père au chapitre LXl. Ces gens-là’ facilement reconnaissables, étaient incorrigibles ; et saint Benoît trace d’eux, au seuil même de sa Règle, un portrait trop indigne, pour que le monachus peregrinus qu’il accueille ici à bras ouverts soit un gyrovague de profession. Il est question de moines venant “ de provinces lointaines non que les prescriptions suivantes ne visent que ceux-là et soient exclusives des religieux qui viennent de monastères plus proches ; mais parce que saint Benoît réserve pour la fin du chapitre la mention spéciale de ces derniers avec la recommandation qui les concerne.
Nous ne pensons pas qu’il faille prendre à la lettre le texte pro hospite et, un peu plus loin, tempore hospitalitatis. Il n’est question nulle part ici du logis des hôtes ; et saint Benoît dit au contraire que le pèlerin est reçu in monasterio, ce qui semble décisif. Au reste, tous les détails qui suivent montrent bien que le voyageur était admis dans l’intime de la vie monastique, où il pouvait observer et se faire connaître ; et cela même était indispensable pour que N. B. Père pût poursuivre prudemment son dessein miséricordieux de l’agréger à ceux qui sont stables. Nous lisons dans la Vie de saint Benoît que les moines de l’Abbé Servandus couchaient au Cassin dans le même logis que les frères. Saint Pacôme, après avoir commencé par introduire les moines étrangers dans sa communauté, avait changé de conduite, afin de prévenir des désordres Saint Benoît ne demande au moine ainsi accueilli que de prendre son parti des conditions de la Vie nouvelle où le Seigneur l’a conduit : le lever de nuit, l’alimentation, le travail ; on le traite comme un frère, à condition qu’il agisse aimablement et simplement comme un frère. Si le pèlerin témoignait vouloir vivre d’exceptions et élevait des exigences (super fluitate sua), il n’était plus qu’une cause de trouble : et saint Benoît dira plus loin comment se comporter à son égard. Mais s’il était discret et accommodât, il pouvait être reçu au monastère aussi longtemps qu’il le désirait .

Si quae tamen rationabiliter et cum humilitate caritatis reprehendit aut ostendit, tractet abbas prudenter, ne forte eum propter hoc ipsum Dominus direxerit
Si tout à fait raisonnablement et avec l’humilité de la charité il fait une critique ou une remarque, l’abbé se demandera prudemment site Seigneur. ne l’aurait pas envoyé précisément pour cela.


Voilà, à coup sûr, l’un des passages où se reflète le plus clairement l’âme humble et discrète de N. B. Père, sa docilité intellectuelle. On peut être très saint et très intelligent, et avoir néanmoins quelque chose à apprendre d’autrui. Moïse était certainement plus élevé en grâce et mieux doué que Jéthro ; il en reçut pourtant un bon conseil (Ex., XVlll, 13 sq.) . Et notre âme doit être d’autant plus hospitalière pour la pensée d’autrui que nous cessons, nous, d’être apercevant pour les détails de notre propre vie. Ceux de l’extérieur, qui ont fait d’autres expériences et ,qui ne portent pas le joug familier de notre accoutumance, sont plus aptes à reconnaître nos imperfections.
Mais, pour qu’on puisse avec sagesse prêter l’oreille à ces remarques qui nous viennent du dehors, saint Benoît demande premièrement qu’elles soient raisonnables, justifiées objectivement, et, en second lieu, que le procédé soit courtois, sans hauteur ni violence. Cum humilitate caritatis : ce sont les formes sous lesquelles nous avons le plus de chances de rencontrer l’Esprit de Dieu. Reprehendit vise le reproche formel, l’avertissement que telle manière d’agir ne convient pas ; ostendit, l’indication discrète qu’il y aurait lieu pour le supérieur d’examiner la chose ou d’agir dans tel ou tel sens. C’est naturellement à l’Abbé qu’un homme sage fera ces communications, et non à ceux qui n’ont point l’autorité nécessaire pour corriger et gouverner. L’Abbé étudiera prudemment la question et sans parti pris ; car, sous le voile de ce moine étranger, c’est peut être le Seigneur qui est venu nous avertir ; il est si souvent caché dans les hôtes !
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