Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
11 - LA MANIÈRE DE CÉLÉBRER LES VIGILES LE DIMANCHE LE DIMANCHE, on se lèvera plus tôt pour les vigiles. Dans ces vigiles on gardera la mesure, c’est-à-dire qu’on chantera, comme nous l’avons établi plus haut, six psaumes et le verset ; puis, tous étant assis en ordre et selon le rang sur les bancs, on lira dans le livre, ainsi que nous l‘avons déjà dit, quatre lectures avec leurs répons ; au quatrième répons seulement le chantre ajoutera le Gloria et, au moment où il l’entonne, tous se lèveront aussitôt avec respect. Après ces lectures, suivront dans l’ordre six autres psaumes, avec antiennes comme les précédents, et le verset. Qu’on lise ensuite quatre autres lectures avec leurs répons selon l’ordonnance indiquée. Après cela trois cantiques des prophètes choisis par l’abbé ; ces cantiques seront chantés avec Alleluia. Après le verset qui suit et la bénédiction de l’abbé, on lira quatre lectures du Nouveau Testament, selon la même ordonnance que ci-dessus. Après le quatrième répons, l’abbé entonnera l’hymne Te Deum. Celle-ci terminée, l’abbé lira l’Évangile, tous se tenant debout avec respect et crainte. À la fin, tous répondront Amen, et l’abbé ajoutera aussitôt l’hymne Te decet laus. Puis, la bénédiction donnée, on commencera les laudes. En toute saison, été comme hiver, on gardera également cette ordonnance des vigiles du dimanche, à moins que, par malheur, on ne se soit levé trop tard et qu’il faille abréger un peu les lectures ou les répons. Cependant on veillera bien à ce que cela ne se produise pas et, si cela arrivait, celui qui aura provoqué ce désordre par sa négligence en fera, comme il convient, réparation à Dieu dans l’oratoire.
Dans ces vigiles on gardera la mesure, c’est-à-dire qu’on, chantera, comme nous l’avons établi plus haut, six psaumes et le verset ; puis, tous étant assis en ordre et selon le rang sur les bancs, on lira dans le livre, ainsi que nous l’avons déjà dit, quatre lectures avec leurs répons ; au quatrième répons seulement le chantre ajoutera le Gloria et, au moment où il l’entonne, tous se lèveront aussitôt avec respect.

La liturgie des Vigiles dominicales méritait un chapitre spécial ; cet office est comme il convient, le plus solennel et le plus complet ; sa distribution interne reste la même toute l’année, sans distinction d’été ni d’hiver dira saint Benoît. Le dimanche, on se lèvera plus tôt que sur semaine, à raison de la longueur de la Vigile ; et c’est en été surtout qu’il faudra anticiper le réveil, si l’on veut être en mesure de commencer Laudes à l’aurore, incipiet luce. Comme il n’y a .pas ce jour-là de travail manuel, les moines peuvent donner davantage à la prière et supporter la fatigue de plus longues veilles.
N. B. Père ne revient pas sur les portions préparatoires de l’office. Aux Vigiles du dimanche, dit-il, a on gardera la mesure. Il ne s’agit pas ici de discrétion, pas davantage de la mesure qui suit, mais bien de celle qui a été précédemment fixée pour le premier nocturne de la Vigile fériale. C’est-à-dire, explique saint Benoît, qu’on (modulera), comme il a été dit plus haut, six psaumes (avec leurs antiennes, naturellement) et le verset. Puis tous s’assiéront sur les bancs, à leur rang et en bon ordre, et les lectures commenceront. Elles se feront au pupitre, sur le livre, et par les frères à tour de rôle, ut supra diximus. Mais il y a, cette fois, quatre leçons avec leurs répons respectifs. C’est au quatrième répons seulement, et non plus au troisième, que le chantre ajoute Gloria et que tous se lèvent aussitôt avec respect. Saint Benoît ne dit pas à quelle source on puisait les leçons, mais il est permis de conjecturer que c’était à l’Écriture, peut-être à l’Ancien Testament.

Après ces lectures, suivront dans l’ordre six autres psaumes, avec antiennes comme les précédents, et le verset. Qu’on lise ensuite quatre autres lectures avec leurs répons selon. l’ordonnance indiquée.

Le second nocturne suit sans intervalle le premier et débute par le chant de six nouveaux psaumes, pris à la suite dans le Psautier. Ils ont leurs antiennes, comme les précédents, à la différence des psaumes du second nocturne férial, qui sont chantés cum Alléluia. Après le verset, quatre autres leçons avec leurs répons, ordine quo supra, à la manière indiquée plus haut, c’est-à-dire avec un Gloria à la fin du quatrième, tous les moines s’étant levés. Ces leçons sont empruntées probablement aux Pères de l’Église.

Après cela trois cantiques des prophètes choisis par l’abbé ; ces cantiques seront chantés avec Alléluia. Après le verset qui suit et la bénédiction de l’abbé, on lira quatre lectures du Nouveau Testament, selon la même ordonnance que ci-dessus.

Il y a un troisième nocturne. Mais, afin de ne pas dépasser le nombre sacré des douze psaumes, c’est aux cantiques prophétiques de l’Ancien Testament que N. B. Père demande la matière de la psalmodie. L’Abbé les choisira à son gré, soit parmi tous ceux de la Bible, soit parmi ceux dont les liturgies font usage. Car l’usage de ces cantiques est bien antérieur à saint Benoît, sinon chez les moines, du moins dans beaucoup d’églises d’Orient, dans celles de Milan, de Rome, etc. L’antienne Alléluia accompagne les cantiques ; elle est donc toujours réservée pour le dernier acte de la psalmodie. On dit le verset ; l’Abbé bénit le lecteur, comme il l’a béni deux fois déjà peut-être, au commencement des lectures de chaque nocturne ; puis on lit quatre leçons du Nouveau Testament (Actes ou Épîtres), avec leurs répons et le Gloria au quatrième : ordine quo supra.

Après le quatrième répons, l’abbé entonnera l’hymne Te Deum. Celle-ci terminée, l’abbé lira l’Évangile, tous se tenant debout avec respect et crainte. A la fin, tous répondront, Amen. et l’abbé ajoutera aussitôt : l’hymne Te decet laus. Puis la bénédiction donnée, on commencera les laudes.

C’est la solennelle conclusion de (office de nuit. L’Abbé entonne le Te Deum. L’ordre des lectures adopté par saint Benoît était admirable ; c’était en passant par l’Ancien Testament, par les Pères, par les écrits apostoliques qu’on arrivait finalement à l’Evangile, à la voix même de Notre Seigneur Jésus-Christ, au point culminant de l’office. Tout le monde était debout, une crainte religieuse planait sur toute l’assistance : cum honore et tremore stantibus omnibus. L’Abbé, parce qu’il tient dans le monastère la place du Christ, lisait lui-même la parole du Christ. Mais, s’il lisait seul, la communauté s’associait à lui dans l’unanime profession de foi par laquelle se terminait la lecture. Des liturgistes pensent que le passage évangélique choisi était celui-là même qui était propre au dimanche ou à la fête et que l’on chantait à la Messe du jour.
Aussitôt l’Évangile terminé, l’Abbé entonne l’hymne Te decet laus ; on la trouve au livre VII des Constitutions Apostoliques. Mais quelle est cette a bénédiction ” dont parle ensuite N. B. Père ? Nous savons, par des documents tels que les Constitutions Apostoliques et la Peregrinatio Eucheriae, que les principaux offices liturgiques s’achevaient par des litanies et prières pour tous les besoins des fidèles, par une oraison de l’évêque, accompagnée ou suivie de sa bénédiction, enfin par la formule du renvoi. Les textes de saint Benoît rappellent tous ces usages. Parlant de la conclusion des offices, il mentionne tantôt la supplicatio litaniae, id, est Kyrie eleison (IX, XIlI), les litaniae (XII) ; tantôt simplement la bénédiction (XI) ; tantôt Kyrie eleison et missae sint (XVII) ; tantôt litaniae et Oratio dominica et fiant missae (ibid,.) ; pour Complies enfin : Kyrie eleison et benedictio et missae fiant (ibid.) ; au chapitre LXVII, il écrit :
Et semper ad orationem ultimam operis Dei commemoralio omnium absentium fiat. N. B. Père fait allusion à des rites connus et ne croit pas nécessaire de préciser davantage. Peut-être entend-il désigner la conclusion tout entière d’un office lorsqu’il rappelle seulement l’un des éléments qui la composent, la litanie, par exemple, ou la bénédiction ; à moins que pour saint Benoît la bénédiction qui termine la Vigile ne soit simplement une collecte, ou un Benedicamus Domino développé. Quant au terme missa, il a chez les anciens des significations multiples, encore que très apparentées ensemble : il signifie le congé donné aux fidèles, la formule de ce congé, l’ensemble des prières par lesquelles s’achève une fonction liturgique, l’office canonial lui-même, la Messe enfin. N. B. Père, comme Cassien, prend le mot missae selon des acceptions diverses : tantôt il est synonyme de completum est, tantôt peut être des prières qui terminent l’office, tantôt enfin du saint sacrifice de la Messe (chap. XXXV, XXXVIII et LX) .
Et data benedictione incipiant Matutinos, en ménageant d’ailleurs entre l’office de nuit et le premier office de jour le parvissimum intervallum dont il est parlé au chapitre VIII. Même le dimanche, et en toute saison, les moines peuvent alors sortir un instant, comme le laisse clairement entendre le début du chapitre XIII : Diebus privatis... sexagesimus sextus psalmus dicatur sine Antiphona in directum, subirahendo modice, sicut in. Dominica, ut omnes occurrant ad quinquagesimum.

En toute saison, été comme hiver, on gardera également cette ordonnance des vigiles du dimanche, à moins que, par malheur, on ne se soit levé trop tard et qu’il faille abréger un peu les lectures ou les répons. Cependant on veillera bien à ce que cela ne se, produise pas et, si cela arrivait, celui qui aura provoqué ce désordre par sa. négligence en fera, comme il convient, réparation à Dieu dans l’oratoire.

Tout est clair, grâce aux explications qui précèdent. La distribution de la Vigile dominicale reste invariable en été comme en hiver. On se lève assez tôt pour que l’office puisse se dérouler avec dignité et intégralement jusqu’au jour ; il doit être achevé avant l’aurore. La quantité des lectures elles-mêmes est déterminée d’avance, au moins d’une façon générale, par la coutume et par la volonté de l’Abbé. Postérieurement à saint Benoît, nous voyons le chantre ou tout autre personnage compétent prévoir ces lectures ; quelques-uns marquent sur le manuscrit le commencement et la fin des leçons au moyen d’une goutte de cire ou par un coup d’ongle ; ou bien le supérieur apprécie lui-même, séance tenante, la mesure qui convient ; puis il impose silence au lecteur par un procédé quelconque, par le Tu autem dont nous avons parlé, voire sono gutturis, comme le faisait Charlemagne.
N. B. Père ne prévoit qu’une circonstance où il y aurait lieu de retrancher quelque chose à la quantité normale des leçons et des répons, mais non pas de la psalmodie ou des autres pièces : c’est le cas où le signal du lever aurait été donné trop tard. Le dimanche obligeant à se lever plus tôt, c’était ce jour-là aussi que l’erreur pouvait le plus facilement se commettre. Mais saint Benoît demande qu’on veille soigneusement à ce qu’un aussi grave désordre ne se produise jamais ; et il astreint à une satisfaction publique, dans l’oratoire, celui dont la négligence aurait frustré le Seigneur d’une part de la prière commune.