Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 24 -QUALIS DEBET ESSE MODUS EXCOMMUNICATIONIS 24 - LES MODALITÉS DE L’EXCLUSION
Secundum modum culpæ, et excommunicationis vel disciplinæ mensura ex debettendi; qui culparum modus in abbatis pendat iudicio. Si quis tamen frater in levioribus culpis invenitur, a mensæ participatione privetur. Privati autem a mensæ consortio ista erit ratio ut in oratorio psalmum aut antefanam non inponat, neque lectionem recitet, usque ad satisfactionem. Refectionem autem cibi post fratrum refectionem solus accipiat, ut, si verbi gratia fratres reficiunt sexta hora, ille frater nona, si fratres nona, ille vespera, usque dum satisfactione congrua veniam consequatur. Les modalités de l'exclusion ou du châtiment doivent être proportionnées à la gravité de la faute ; et cette appréciation des fautes relève du jugement de l’abbé. Si un frère est reconnu coupable de fautes légères, il sera privé de la participation à la table commune. Or voici quel sera le régime de celui qui est privé de la table commune : à l’oratoire il ne chantera ni psaume ni antienne et ne fera pas de lecture jusqu’à ce qu’il ait réparé sa faute. Sa nourriture, il la prendra seul, après le repas des frères ; si par exemple les frères mangent à midi, il mangera, lui, à 3 heures ; si les frères mangent à 3 heures, lui mangera le soir, et cela jusqu’à ce qu’il ait obtenu son pardon moyennant une réparation satisfaisante.
Horace s’est finement moqué de ceux qui prétendent - ce sont les stoïciens - qu’il n’y a nulle différence entre les fautes, et qu’elles ont toutes le même caractère de gravité

Nec vincet ratio hoc, tantumdem ut peccet idemque,
Qui teneros caules alieni fregerit horti,
Et qui nocturnus divum sacra legerit. Adsit
Regula, peccatis quae poenas irroget aequas,
Ne scutica dignum horribili sectere flagello .

C’est à cette prescription de bon sens romain et de prudence universelle que satisfait N. B. Père en déterminant que le mode et la mesure du châtiment seront proportionnés à la nature et à la malice de la faute ; il y aura des mesures différentes, non seulement dans la correction corporelle (disciplina,), mais dans l’excommunication elle-même. Pour éviter les contestations néanmoins, c’est à l’Abbé qu’il appartiendra d’apprécier la gravité des fautes et de fixer la peine encourue. Non pas que l’Abbé puisse à son gré modifier la gravité objective des fautes, ni imposer sub gravi n’importe quoi : toutefois il a pleinement le droit, dans l’intérêt de l’observance, de décerner des peines sévères contre des fautes d’ailleurs légères, mais qui menacent de devenir endémiques et de troubler la communauté. Cette fixation de la coulpe et de la peine est laissée non à son caprice, mais à son jugement et à sa conscience : in Abbatis pendeat judicio.
Saint Benoît n’a pas cru nécessaire d’insister sur le caractère et la mesure des pénitences corporelles ; mais il tient à préciser ce qui a trait aux excommunications. Sans doute une part réelle d’initiative est abandonnée au supérieur : il ne ,peut cependant, tamen, châtier les fautes moins graves (“légères ”, seulement par comparaison) que de l’excommunication de la table commune. L’autre forme ‘excommunication exclut à la fois de la table, de l’oratoire et du commerce avec les frères. Plusieurs Règles d’avant N. B. Père, celle de saint Césaire par exemple, mentionnent cette double excommunication. Il n’est pas impossible que l’Église se soit inspirée de la législation monastique pour distinguer définitivement , elle aussi, entre l’excommunication majeure, qui retranche de la société des fidèles, et l’excommunication mineure, qui prive seulement de certains biens surnaturels, de la réception des sacrements, de l’exercice d’une juridiction. Dès l’origine, l’équité des Apôtres semble bien avoir mis des distinctions et des nuances dans les sévérités de l’excommunication ; on pourrait étudier et, comparer le caractère et les effets de l’excommunication prononcée soit par saint Pierre, soit par saint Paul, soit .par saint Jean.
Rapprochant l’excommunication monastique de celle que prononce l’Église, les commentateurs se demandent quelle est sa valeur et sa portée. Il semble que nous pouvons nous rallier à l’interprétation de D. Calmet. Quelles qu’aient été les restrictions apportées du temps de saint Benoît au privilège de l’exemption, il n’est pas douteux - et le texte même de la sainte Règle le prouve péremptoirement - que le gouvernement abbatial possédât l’autorité suffisante pour prononcer une sentence d’excommunication ; c’était l’exercice d’un pouvoir de juridiction, non pas d’un pouvoir d’ordre. Et les effets de cette sentence étaient identiques à ceux de l’excommunication ecclésiastique ; il n’y avait d’autres différences que dans la source immédiate de l’excommunication et la condition particulière du moine châtié. Pour bien comprendre la portée de l’excommunication régulière, rappelons-nous la constitution hiérarchique de l’église ancienne et le lien de solidarité qui en reliait toutes les parties. On était d’abord en communion avec un évêque et avec les fidèles d’un diocèse ; c’était moyennant l’incorporation à une église particulière que l’on appartenait à l’Église universelle ; on faisait partie de la grande société par la petite. S’agissait-il d’entrer en communion spéciale avec un autre diocèse ? il fallait alors exhiber ces “ lettres formées ”, dont plusieurs conciles et N. B. Père lui-même rappellent la nécessité, qui témoignaient qu’on était en paix avec son église d’origine, monastique ou séculière. De même, la sentence d’excommunication portée par un évêque était notifiée de proche en proche aux autres ; et celui qu’elle atteignait, par cela seul qu’il était exclu de la communion de son évêque, était exclu de la communion de toute l’Église. Or, la famille monastique constituait, dans la grande famille diocésaine, une petite église autonome. A dater de sa profession, le religieux n’appartenait plus à l’Église universelle que moyennant son union à l’ordre monastique. Excommunié régulièrement par son Abbé, et pour des fautes contraires à la morale générale ou aux exigences spéciales de son état, il se trouvait ipso facto hors de l’Église, et tous les chrétiens le considéraient comme tel. Saint Grégoire raconte dans la Vie de N. B. Père comment l’homme de Dieu menaça, d’excommunication deux religieuses incorrigibles ; et la prétention ne lui semble pas extraordinaire : il admire seulement qu’une menace de saint Benoît ait suffi pour que Dieu traitât réellement en excommuniées les religieuses mortes dans leur péché, et que Dieu ratifiât outre-tombe la levée d’excommunication prononcée par son serviteur. Tout le chapitre est d’un intérêt extrême.
La première forme d’excommunication, la plus bénigne, était donc décernée, après monitions, contre celui qui se laissait entraîner obstinément à des fautes, sérieuses sans doute, mais pourtant moins graves que Telles dont il sera parlé bientôt. Elle comportait d’abord un châtiment dans l’oratoire. Le condamné n’était point exclu de la prière conventuelle, mais il n’avait plus de titre à s’y faire entendre d’une façon spéciale ; tout solo ” lui était interdit. Il ne donnait, il ne chantait ni psaume, ni antienne il ne récitait aucune leçon ; peut-être, car la Règle ne nous l’apprend pas sûrement, pouvait-il mêler sa voix à celle du chœur. Certaines coutumes monastiques postérieures lui défendent de se présenter à l’offrande, à la paix, à la communion conventuelles, de célébrer la Messe en public, etc. Cet isolement durera jusqu’à ce qu’il ait fait la satisfaction convenable et reçu l’absolution de l’Abbé (voir les dernières lignes du chapitre XLlV). Il ne faut pas confondre cette excommunication avec la pénitence imposée aux frères qui négligent d’assister à la. prière qui précède le repas (chap. XLlll).
C’est au réfectoire surtout que se traduit l’excommunication mineure monastique : d’où son nom d’excommunication a mensa. Le frère parait encore à l’oratoire : il est possible de lui laisser là une part de vie conventuelle ; mais il est banni de la table commune. Il prend sa nourriture seul, et après le repas des frères. Les mots : mensura vel hora qua praeviderit Abbas ei competere, ne se lisent pas dans les manuscrits ; ils ont été empruntés au chapitre suivant ; mais il n’y a pas analogie entre les deux situations d’excommuniés et, selon la remarque des commentateurs, on ne diminuait le repas de l’excommunié a mensa que s’il se montrait insoumis. Simplement, l’heure de sa réfection est retardée : lorsque les frères, par exemple, prennent leur repas à sexte, c’est-à-dire pendant tout l’été, sauf les jours de jeûne, l’excommunié, lui, mange à none ; lorsque la communauté dîne à none, c’est-à-dire depuis le début du Carême monastique jusqu’à celui du grand Carême, l’excommunié mange à l’heure de vêpres (chap. XLl). Sur ce point, d’ailleurs, saint Benoît n’entend pas porter de règle complète et rigoureuse c’est à l’Abbé de décider selon les cas. La peine durera jusqu’à ce que le frère, ayant fait la satisfaction convenable, reçoive son pardon.
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