Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 29 - SI DEBEANT FRATRES EXEUNTES DE MONASTERIO ITERUM RECIPI 29 - L’ACCUEIL DES FRÈRES QUI REVIENNENT AU MONASTÈRE APRÈS EN ÊTRE SORTIS
Frater qui proprio vitio egreditur de monasterio, si reverti voluerit, spondeat prius omnem emendationem pro quo egressus est, et sic in ultimo gradu recipiatur, ut ex hoc eius humilitas conprobetur. Quod si denuo exierit, usque tertio ita recipiatur, iam postea sciens omnem sibi reversionis aditum denegari. SI UN FRÈRE, sorti du monastère par sa faute, veut y revenir, il promettra d’abord de s’amender totalement de ce pour quoi il est sorti, et alors il sera reçu au dernier rang, afin de prouver par là son humilité. S’il sort de nouveau, il sera reçu ainsi jusqu’à trois fois, mais en sachant qu’ensuite toute possibilité de retour lui sera refusée.
Ce chapitre complète tout à la fois le précédent et en adoucit la rigueur. Le frère incorrigible a été chassé : il peut se faire que la grâce le détermine un peu plus tard, et que, se ravisant, comme l’enfant prodigue, il désire revenir à Dieu. Et, à propos de cette expulsion, N. B. Père suppose un autre cas où la sortie du monastère est imputable au religieux : c’est lorsque celui-ci, poussé par le démon de l’instabilité ou par un motif vicieux quelconque, abandonne la communauté . Saint Benoît ne manque pas d’ajouter proprio vitio : car il peut arriver de loin en loin que la sortie soit régulière, autorisée par l’Abbé ou légitimée par l’Église. Ne disons rien de ces hypothèses, de celle, par exemple, où l’on croit devoir échapper à un milieu qui paraît inobservable et scandaleux, ni de celle où l’on passe à une religion plus austère ; ne cherchons pas davantage à. savoir si parfois la sécularisation implorée et obtenue ne serait pas, devant la conscience, un euphémisme de l’apostasie.
On dit que Régulus plaida avec force, devant le Sénat romain, pour que Rome ne consentît pas à l’échange des captifs entre Carthage et la République : il ne croyait pas qu’un Romain qui s’était laissé réduire en captivité sans combattre pût dans la suite accomplir son devoir vaillamment.

Auro repensus seilicet acrior
Miles redibit ? Flagitio additis
Damnum

Un mauvais soldat ramené à la guerre se montrera de nouveau mauvais soldat. Racheter un captif, c’est perdre son argent, sans gagner un soldat de plus. Tout cela peut être très romain ; mais ce qui est bien humain. et bien conforme aux habitudes de Dieu, c’est la disposition de saint Benoît, ouvrant ses bras à l’apostat et à l’expulsé et leur fournissant l’occasion de réparer le passé par une vie meilleure .
Deux conditions sont mises à cet acte de miséricorde ; et toutes deux ont le même dessein : montrer que le frère qui se présente n’a rien de commun avec celui qui a fui ou qui a été chassé. En effet, celui qui se présente promet tout d’abord, saint Benoît le suppose, de se corriger à fond du vice qui a déterminé son exode : et partant, il n’est plus, intérieurement et dans sa volonté, le même que le coupable d’autrefois. Et ce déplacement d’identité se traduit sous une forme extérieure qui a sans doute le caractère d’une punition et d’une épreuve, mais qui pourrait bien être aussi une condescendance délicate et ingénieuse. Il entre et l’on fait comme si c’était la première fois. Il y a eu maldonne : on recommence. Il prend son nouveau rang d’entrée et de conversion ; il n’est pas héritier du mauvais moine qui est sorti. C’est d’ailleurs ainsi, dit N. B. Père, que l’on éprouvera son humilité, que l’on s’assurera de son changement, de son intention de devenir un homme nouveau . Saint Benoît ne parle pas d’autres exigences ; mais il y avait probablement une satisfaction publique et une absolution, comme pour les excommuniés (chap. XLlV). D. Martène cite tout au long différents Ordines pour la réception des fugitifs.

Quod si denuo exierit, usque tertio recipiatur. Jam vero postea sciat omnem sibi reversionis aditum denegari
S’il sort de nouveau, il sera reçu ainsi jusqu’à trois fois, mais en sachant qu’ensuite toute possibilité de retour lui sera refusée.

Nous avons vu comment N. B. Père s’emploie à écarter, à retarder l’exclusion ; il nous reste maintenant à remarquer combien, même de si loin préparée, cette peine lui semble peu définitive. Ah ! l’admirable et excessive charité ! Et comme toute considération cède au souci d’arracher une âme à sa perte ! Le frère est sorti une première fois : il est accueilli à son retour. Il sort de nouveau : il sera accueilli encore, aux conditions de sa première rentrée ; de même, après une troisième sortie : usque tertio recipiatur . Mais qu’il sache que dorénavant toute voie de retour lui sera fermée. Aussi bien, il faut en finir ; et la part de la miséricorde a été largement faite ; il ne convient pas que ces allées et venue deviennent un jeu pour l’infidèle et un trouble pour la communauté ; il n’est pas opportun de favoriser l’instabilité, précisément combattue par N. B. Père.
Et pourtant, dans certains monastères, à Cluny par exemple, on recevait le pénitent après un plus grand nombre d’essais infructueux. Et on se persuadait obéir ainsi à la vraie pensée de saint Benoît. On remarquait, avec plus de subtilité que de justesse, que le texte portait exactement le moine sorti plus de trois fois saura que le retour au monastère lui est interdit. Oui, disaient les commentateurs, le moine expulsé le saura ; c’est une menace ; il n’a pas droit à un quatrième pardon. Mais l’Abbé, lui, peut savoir autre chose ; et s’il est vrai que la porte est fermée su moine, l’Abbé peut néanmoins la lui ouvrir encore. Pierre le Vénérable lui-même avait recours à cette ruse aimable d’interprétation en plai¬dant près de saint Bernard la cause de l’indulgence clunisienne. T s’appuyait principalement d’ailleurs sur des preuves plus solides : On voulait donc, disait-il, introduire dans le monde un nouvel Évangile et opposer une digue à la miséricorde ? Que devenaient des affirmations telles que celle du Seigneur à saint Pierre : Domine, quoties peccabit in me frater meus, et dimittam ei ? usque septies ? - Dicit illi Jesus : Non dieo tibi usque septies, sed usque septuagies septies (MATTH, XVIII 21-22).
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