Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 47 - DE SIGNIFICANDA HORA OPERIS DEI 47 - LE SIGNAL DE L’HEURE DE L’OFFICE DIVIN Nuntianda hora operis Dei dies noctesque sit cura abbatis : aut ipse nuntiare aut tali sollicito fratri iniungat hanc curam, ut omnia horis conpetentibus compleantur. Psalmos autem vel antefanas post abbatem ordine suo quibus iussum fuerit inponant. Cantare autem et legere non præsumat nisi qui potest ipsud officium implere ut ædificentur audientes; quod cum humilitate et gravitate et tremore fiat, et cui iusserit abbas. LE SOIN d’annoncer l’heure de l’office divin, de jour et de nuit, incombe à l’abbé, soit qu’il l’annonce lui-même, soit qu’il confie cette charge à un frère très attentif pour que tout soit accompli aux heures convenables. Que les psaumes et les antiennes soient chantés par ceux qui en auront reçu l’ordre, à tour de rôle après l’abbé. Mais nul ne se permettra de chanter et de lire s’il n’est capable de remplir cette fonction en édifiant les auditeurs ; et cela doit être fait avec humilité, sérieux et grand respect par celui à qui l’abbé l’aura ordonné.
C’est toujours de régularité et de bon ordre qu’il est question. L’ŒUVRE de Dieu formant le pivot de la journée monastique, il importe par-dessus tout que les Heures de l’office divin soient déterminées avec soin et annoncées ponctuellement. Or, à une époque où les heures variaient de durée d’un jour à l’autre, et où les procédés pour les reconnaître étaient souvent fort rudimentaires (rappelons-nous le commentaire du chapitre Vlll), on comprend que la charge d’annoncer L’ŒUVRE de Dieu ait été spécialement dévolue à l’Abbé. C’est sur lui que pèsent toutes les responsabilités. Et, malgré la multiplicité de ses occupations, saint Benoît ne craint pas de lui confier le soin d’inviter les moines à la prière, sept fois le jour et une fois la nuit. C’est un procédé sage pour qu’il ne survienne parmi les frères ni désordre, ni contestation ; on évite ainsi les murmures et on inspire à tous plus d’estime pour l’office divin.
Néanmoins, on comprend que les travaux de l’Abbé, l’absence ou la maladie pouvaient le mettre hors d’état de remplir cette charge ; aussi N.B. Père lui permet-il de la confier à un frère attentif et diligent. Celui-ci pourvoira à ce que tous les offices puissent s’accomplir, et dans leur entier, aux heures convenables (voir la fin du chapitre XI). Aujourd’hui, les Abbés délèguent leur pouvoir à un réglementaire, mais sans jamais se désintéresser dé l’exactitude avec laquelle on convoque la communauté.
C’est à l’occasion de ce chapitre que les commentateurs décrivent les différents procédés employés jadis dans les monastères pour éveiller ou avertir les frères. Ou bien on frappait aux portes ; ou bien on se servait d’une trompe de corne ou de bois , ailleurs, d’instruments variés claquette, cliquette, crécelle, etc. Les moniales de sainte Paule étaient appelées à l’office par le chant de l’Alléluia . Dans l’Ordre bénédictin, on a utilisé le plus souvent, et peut-être dès le temps de saint Benoît , des clochettes ou des cloches. Si nous nous souvenons des belles prières de la bénédiction des cloches, au Pontifical romain, et de la consécration solennelle dont elles sont l’objet, nous ne douterons point que leur voix mélodieuse et pénétrante soit celle même du Seigneur et qu’il convienne d’accourir à son appel avec un empressement joyeux.
Après avoir assuré la régularité pour le début de l’office, saint Benoît fait une recommandation destinée à sauvegarder la dignité de L’ŒUVRE de Dieu elle-même. Ce n’est point au hasard, ou sous l’impulsion du caprice, ou bien en vertu d’une initiative personnelle, que les frères donneront soit l’incipit, soit la totalité des psaumes et des antiennes (rappelons nous ce qui a été dit de la psalmodie monastique primitive dans le commentaire du chapitre IX, et de la signification probable du mot imponere). Pour se faire entendre ainsi au chœur, plusieurs conditions sont exigées. Il faut en avoir reçu l’ordre, il faut une désignation régulière. C’est à tour de rôle et selon le rang d’ancienneté que les frères donneront psaumes et antiennes, naturellement après l’Abbé, post Abbatem. Nul n’entreprendra de chanter ou de lire, qu’il ne soit capable de remplir son office de manière à édifier les auditeurs : c’est à l’Abbé que revient le soin d’opérer une sélection et d’apprécier les aptitudes . Enfin, dans l’exercice même de leur obédience, les frères feront preuve d’humilité, de gravité, de crainte religieuse et d’un grand esprit de soumission.