Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 52 - DE ORATORIO MONASTERII 52 - L’ORATOIRE DU MONASTÈRE
Oratorium hoc sit quod dicitur, nec ibi quicquam aliud geratur aut condatur. Expleto opere Dei, omnes cum summo silentio exeant, et habeatur reverentia Deo, ut frater qui forte sibi peculiariter vult orare non impediatur alterius improbitate. Sed et si aliter vult sibi forte secretius orare, simpliciter intret et oret, non in clamosa voce, sed in lacrimis et intentione cordis. Ergo qui simile opus non facit, non permittatur explicito opere Dei remorari in oratorio, sicut dictum est, ne alius impedimentum patiatur. L’ORATOIRE sera ce que signifie son nom. On n’y fera et on n’y déposera rien qui n’ait rapport à la prière. L’office divin achevé, tous sortiront dans le plus grand silence et on témoignera du respect à Dieu ; ainsi le frère qui veut prier en son particulier n’en sera pas empêché par l’indiscrétion d’un autre. Par ailleurs, quand quelqu’un veut prier à part soi, qu’il entre simplement et prie, non à haute voix mais avec larmes et application du coeur. Celui qui ne fait pas cela ne sera donc pas autorisé à rester à l’oratoire, une fois l’office divin achevé, comme on l’a dit, pour que personne n’en soit gêné.
Saint Benoît aime les choses exactes cohérentes, harmonieuses. Lorsqu’il s’adresse à l’Abbé, il lui demande de justifier par ses couvres le nom qui lui est donné : Et studeat nomen majoris fastis implere ; lorsqu’il parle de l’office divin, il nous recommande de mettre notre pensée d’accord avec notre voix : Mens nostra concordet voci nostrae ; de même ici, au sujet de l’oratoire qui est, par définition et selon son nom, le lieu de la prière, domus orationis, il veut que ce nom soit justifié pleinement : hoc sit quod dicitur. Partout, on reconnaît le même souci très élevé de l’ordre. C’est une des formes les plus nobles de la conscience et le côté par où elle touche à l’esthétique et au culte de la beauté. Et c’est en même temps le meilleur témoignage de notre soumission à la loi, puisque la loi morale a été renfermée par les anciens dans ce simple axiome : Soyez ce que vous êtes, Vivere naturae convenienter oportet, traduisez dans votre agir ce qu’il y a dans votre être.
On n’emploiera donc l’oratoire qu’aux choses de la prière. Nec ibi quidquam aliud geratur aut condatur . On n’y fera rien d’étranger. L’oratoire ne doit pas ressembler à un atelier : chez saint Benoît, on ne tresse pas de nattes pendant la psalmodie . On n’y mange pas non plus, comme dans certaines églises dont parlait saint Augustin Ce n’est pas davantage un dortoir. Nec condatur : on n’y déposera rien qui n’ait trait à l’office divin : l’oratoire ne sera pas une sorte de capharnaüm, où l’on entasse pêle-mêle toutes choses : des livres, des instruments de travail, des vêtements.

Expleto opere Dei, omnes cuin summo silentio exeant et agatur reverentia Deo, ut frater qui forte sibi peculiariter vult orare, non impediatur alterius improbitate
L’office divin achevé, tous sortiront dans le plus grand silence et on témoignera du respect à Dieu ; ainsi le frère qui veut prier en son particulier n’en sera pas empêché par l’indiscrétion d’un autre.

L’oratoire appartient exclusivement au Seigneur et à ceux qui le prient. L’ŒUVRE de Dieu étant achevée, tous se retireront dans un très grand silence et témoigneront ainsi de leur respect envers la divine Majesté, et agatur reverentia Deo. C’est à tort, semble-t-il, que des commentateurs entendent ces paroles d’un salut ou d’une génuflexion à la Croix ou au Saint-Sacrement. Saint Benoît veut qu’on prenne conscience de la sainteté du lieu, qu’on ne le quitte point en tumulte, qu’on ne s’y attarde jamais pour causer. C’est l’honneur de Dieu qui le réclame, ce sont nos propres intérêts spirituels, puisque le parfum versé par l’office dans notre cœur pourrait s’évaporer en un moment ; mais la Règle ajoute un autre motif encore.
On gardera dans l’oratoire un silence profond par un sentiment de déférence affectueuse envers nos frères et afin que celui qui voudrait prier en son particulier n’en soit pas empêché par l’importunité d’autrui n. Il nous faut noter au passage cet élément, dont saint Benoît n’a jamais parlé ex professo, non plus que des conférences spirituelles : l’oraison privée. Le peu qui en est dit ici et au chapitre XX suffit pour établir que les moines d’autrefois ne l’ignoraient pas et que la Règle ou l’autorité de l’Abbé permettaient à chacun de prélever sur le travail manuel ou sur l’étude quelques instants d’oraison. Mais cette pratique Chez, saint Benoît, quelque chose de facultatif et de libéral : frater qui forte..., si alter vult sibi... Il semble que N. B. Père veuille signaler comme spécialement favorable à l’oraison le temps qui suit immédiatement les offices l’âme est alors toute pleine de Dieu, et il y a, nous le savons, connexion intime entre l’oraison monastique et l’office divin. Le lieu par excellence de l’oraison, l’église, est indiqué lui aussi implicitement par la Règle. Enfin, les lignes qui suivent paraissent esquisser une méthode.
L’intention principale de saint Benoît est de défendre le recueillement des siens contre des allées et venues tapageuses, contre le bruits de conversations inutiles. S’il est un lieu au monde, avant l’éternité, où nous ayons le droit de n’être pas molestés et livrés à la merci des indiscrets, c’est bien l’oratoire. Puisqu’il reste fermé à ,tous ceux qui n’auraient pas le dessein d’y prier, il l’est encore, et pour les mêmes motifs, à ceux dont la piété trop expansive pourrait importuner les frères. N’oublions pas que la sainte Règle a , été écrite tout d’abord pour des méridionaux et que les formes extérieures de la dévotion se calquent toujours sur le tempérament. De plus, il y avait sans doute au Mont Cassin des barbares et des paysans convertis. A tous ceux que la bonne éducation ne défendrait pas contre certains écarts, saint Benoît rappelle que les cris, les supplications à haute voix, les soupirs doivent être absolument bannis d’un oratoire monastique. C’est l’intention, c’est l’ardeur secrète du cœur qui constituent la prière ; et s’il y a des larmes, que ce soient des larmes silencieuses et de tendresse. N. B. Père est vraiment admirable dans ce portrait rapide de l’homme d’oraison : ,Simpliciter intret et oret .
Par conséquent, au nom de la charité fraternelle, conclut saint Benoît, l’exclusion de l’oratoire est prononcée contre tous ceux qui ne se borneraient pas, en dehors de l’office divin, à cette œuvre de prière silencieuse.
Les textes français proposés ont pour seul but une meilleure compréhension des textes latins. Ils ne doivent pas être utilisés dans la liturgie en Français.
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