Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 55 - DE VESTIARIO VEL CALCIARIO FRATRUM (b) 55 - LA FAÇON DONT LES FRÈRES SONT VÊTUS ET CHAUSSÉS (b) Stramenta autem lectorum sufficiant matta, sagum et lena, et capitale. Quæ tamen lecta frequenter ab abbate scrutinanda sunt propter opus peculiare, ne inveniatur; et si cui inventum fuerit quod ab abbate non accepit, gravissimæ disciplinæ subiaceat. Et ut hoc vitium peculiaris radicitus amputetur, dentur ab abbate omnia quæ sunt necessaria, id est cuculla, tunica, pedules, caligas, bracile, cultellum, graphium, acum, mappula, tabulas, ut omnis auferatur necessitatis excusatio. A quo tamen abbate semper consideretur illa sententia Actuum Apostolorum, quia dabatur singulis prout cuique opus erat. Ita ergo et abbas consideret infirmitates indigentium, non malum voluntatem invidentium; in omnibus tamen iudiciis suis Dei retributionem cogitet. Comme literie, il suffira d’une natte, d’un drap, d’une couverture de laine et d’un oreiller. Cependant les lits doivent être souvent inspectés par l’abbé, de peur qu’il ne s’y trouve un objet qu’on se serait approprié. Si l’on découvre quelque chose qui n’a pas été reçu de l’abbé, le coupable subira un châtiment sévère. Et pour retrancher radicalement ce vice de la propriété, l’abbé donnera tout ce qui est nécessaire : coule, tunique, chaussettes, souliers, ceinture, couteau, crayon, aiguille, mouchoir, cahier, afin d’ôter tout prétexte de nécessité. Que l’abbé, cependant, tienne compte toujours de cette sentence des Actes des Apôtres : « On donnait à chacun selon ses besoins. » L’abbé prendra donc en considération les besoins des faibles et non la mauvaise disposition des envieux. Mais qu’en tous ses jugements, il pense au compte à rendre à Dieu.
Après les vêtements, le mobilier. N’oublions pas que les anciens n’avaient pas de cellule et qu’ils couchaient en dortoir : leur mobilier se réduisait au lit. La garniture de ce lit comprendra quatre éléments. Matta. Selon D. Calmet, il s’agit vraisemblablement d’une natte de jonc, tout au plus d’une paillasse piquée, mais certainement pas d’un matelas bourré de crin ou de laine.
Sagum. Une couverture, un gros drap. D’anciens commentateurs voyaient dans le sagum un sac bourré de paille ou de foin. “ Mais Je pense que sagum en cet endroit, dit D. Calmet, signifie proprement une couverture de lit, plus mince et plus légère que laena ; que sagum servait à couvrir les religieux pendant l’été et laena pendant l’hiver ; ou plutôt que pendant l’été ils n’usaient que du sagum, et que, pendant l’hiver, ils usaient de sagum et de laena.
Lena. Une couverture plus ou moins velue ou une fourrure.
Capitale. Un chevet, un coussin de paille, de crin, peut-être de plume.
A Cluny, la literie était conforme aux prescriptions de la Règle ; mais on donnait autant de couvertures que la saison le réclamait : en hiver, elles étaient de peau de brebis, de chèvre ou de chat. Pierre le Vénérable dut interdire les pelleteries de luxe. Nos coutumes ont peu ajouté, et elles ont retranché les fourrures. Il faut s’y tenir fidèlement, avec la plus grande sévérité ; le lit monastique est encore tel qu’à quatre heures du matin on a quand même un pou de peine à le quitter.
Saint Benoît impose à l’Abbé la charge de veiller à la pauvreté de la couche et de la cellule monastique. Le moine Cassinien n’avait naturellement ni armoire ni meuble quelconque : le lit était le seul endroit OÙ il pût dissimules tel ou tel objet d’usage personnel qu’il voulait s’assurer à l’insu de l’Abbé . Les anciennes Règles, par exemple celles de saint Isidore, de saint Fructueux, de saint Donat, prescrivent de même aux supérieurs cette visite domiciliaire . Paul Diacre et Hildemar nous ont décrit par le menu le cérémonial usité de leur temps : le matin, l’Abbé annonce aux moines réunis au chapitre qu’on va procéder à la visite, et il députe à cet effet quatre ou cinq frères bonae conversationis. Après investigation, les frères reviennent avec, parfois, tout un petit butin : ils déposent devant chaque coupable le corps du délit, et l’Abbé invite les prévenus à s’expliquer sur la provenance de l’objet découvert. Peut-être aujourd’hui les Abbés sont-ils moins fidèles observateurs de ce point de règle. C’est sans doute qu’il leur est facile de se rendre compte d’un coup d’œil, lorsqu’ils entrent dans une cellule, des objets variés qu’elle contient. C’est aussi que, dans une maison bien ordonnée et qui travaille, l’Abbé se repose un peu sur le bon sens et le bon goût de tous, et qu’il escompte le soin avec lequel chacun fera de temps en temps l’inventaire de son mobilier. Pour les livres de la bibliothèque spécialement, les cellules ne doivent pas assembler à l’antre de Cacus, d’où l’on ne sort plus : la charité et la pauvreté sont ici intéressées. Et de telles habitudes seraient d’autant plus dangereuses qu’elles se justifient mutuellement : chacun accumule pour prévenir les accaparements d’autrui. A raison surtout de la tendance que révèlent ces infractions, saint Benoît invoque contre elles les plus grandes sévérités.

Et ut hoc vitium peculiare radicitus amputetur, dentur ab abbate omnia quae sunt necessaria : id est cuculla, tunica, pedules, caligae bracile, cultellus, graphium, acus mappula, tabulae, ut omnis auferatur necessitatis excusatio
Et pour retrancher radicalement ce vice de la propriété, l’abbé donnera, tout ce qui est nécessaire : coule, tunique, chaussettes, souliers, ceinture, couteau, crayon, aiguille ,mouchoir, cahier, afin d’ôter tout. prétexte de nécessité.


L’Abbé est tenu tout à la fois de réprimer les petites avidités et d’accorder largement le nécessaire : il supprimera ainsi les excuses tirées de La nécessité et le vice de propriété aura chance d’être retranché, extirpé jusqu’à la racine. Et saint Benoît énumère un certain nombre d’objets qui doivent être distribués à chaque moine. Nous connaissons déjà les premiers : la coule, la tunique, les chaussures. En voici quelques autres. Bracile :c’est la ceinture de jour, assez large pour faire fonction de poches. On y suspendait le couteau, cultellus, qui servait au réfectoire et ailleurs ; on y renfermait le mouchoir, mappula. Nous nous souvenons de l’histoire du moine de saint Benoît qui avait caché des mouchoirs dans son sein . Chacun recevait aussi une aiguille, acus, avec du fil sans doute, pour réparer les désastres légers de ses vêtements ; enfin des tablettes enduites de cire, tabulae, et un stylet, graphium.
Le trousseau monastique d’aujourd’hui est un peu plus compliqué : il .l’est peut-être moins que celui d’un moine de Cluny au onzième siècle . Une permission est nécessaire pour que nous ajoutions à notre livrée la douillette ou la calotte ou la. clémentine ; et il est certainement plus parfait de se ranger à la règle commune, laissant nos supérieurs veiller à ce que rien d’utile ne nous manque. Un moine doit savoir renoncer à bien des détails de confort.

A quo tamen abbate semper consideretur illa sententia Actuum Apostolorum, quia dabatur singulis, prout cuique opus erat. Ita ergo et abbas consideret infirmitatem indigentium et non malam voluntatem invidentium. In omnibus tamen judiciis suis Dei retributionem cogitet
Que l’abbé cependant, tienne compte toujours de cette sentence des Actes des Apôtres : “ On donnait à chacun selon ses besoins. L’abbé prendra donc en considération les besoins des faibles et non la mauvaise disposition des envieux. Mais qu’en tousses jugements, il pense au compte à rendre à Dieu.


L’enseignement contenu dans ces quelques lignes, est bien connu et rappelle surtout le chapitre XXXIV. L’Abbé ne songera jamais, dit saint Benoît, à imposer une règle uniforme : il doit avoir l’esprit indulgent et industrieux d’un père. Il donnera à chacun selon ses besoins réels, comme on le faisait dans l’église de Jérusalem (ACT., lV, 35), alors même qu’il devrait s’exposer par là au mécontentement de quelques-uns . Il sera attentif à la faiblesse de ceux qui ont besoin, et nullement à la mauvaise disposition des envieux. Mais, dans une famille monastique très unie, on laissera toujours à l’Abbé, nous l’avons dit, le droit à une sorte d’acception de personnes. Il y aura des privilèges et des privilégiés les privilèges iront d’eux-mêmes aux faibles, aux petits, à ceux qui réclament plus de ménagements et à ceux dont on n’est, pas sûr. Un mouvement de charité nous fera toujours considérer comme justifiée et comme nôtre toute exception dont un frère bénéficiera.
Mais afin de conjurer l’illusion et les sympathies aveugles, saint Benoît rappelle encore à l’Abbé le compte qu’il devra rendre de toutes ses décisions au tribunal de Dieu.
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