Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 63 - DE ORDINE CONGREGATIONIS (b) 63 - L’ORDRE DE LA COMMUNAUTÉ (b)
Ubicumque autem sibi obviant fratres, iunior priorem benedictionem petat. Transeunte maiore minor surgat et det ei locum sedendi, nec præsumat iunior consedere nisi ei præcipiat senior suus, ut fiat quod scriptum est : Honore invicem prævenientes. Pueri parvi vel adulescentes in oratorio vel ad mensas cum disciplina ordines suos consequantur. Foris autem vel ubiubi, et custodiam habeant et disciplinam, usque dum ad intellegibilem ætatem perveniant. Partout où les frères se rencontrent, le plus jeune demandera la bénédiction à l’ancien. Au passage d’un ancien, le plus jeune se lèvera et lui donnera place pour s’asseoir ; et le jeune ne se permettra de s’asseoir avec lui que sur l’invitation de son aîné, afin d’accomplir ce qui est écrit : « Se prévenant d’égards les uns les autres. » Les jeunes enfants et les adolescents, à l’oratoire et aux repas, garderont leur rang en bon ordre ; mais ailleurs, où qu’ils soient, ils seront tous surveillés et corrigés jusqu’à ce qu’ils soient parvenus à un âge raisonnable.
Nous avons vu comment les moines s’abordent ; voyons maintenant certaines marques de courtoisie qu’ils se doivent entre eux, et premièrement le salut. En quelque lieu que les frères se rencontrent, le plus jeune doit demander la “bénédiction ” à son aîné. N. B. Père a fait mention plusieurs fois de cette bénédiction : au chapitre XXV, il a dit de l’excommunié : Nec a quoquam benedicatur transeunte ; au chapitre LIll, il a recommandé au frère qui rencontrerait un hôte de le saluer : Et petita benedictione, pertranseat ; au chapitre LXVI, il prescrira au portier :
Et mox ut aliquis pulsaverit aut pauper clamaverit, Deo gracias respondeat, aut benedicat. L’usage est vraiment vénérable. Saint Paul (HEBR., VIl, I sq.) explique comment Melchisédech “ bénit ” Abraham : Quod minus est a meliore benedicitur. Bénir a aussi le sens de louer Dieu au sujet de quelque chose ou de quelqu’un : Et benedixit illis Simeon (Luc., Il, 34). A la dernière Cène, le Seigneur prend du pain et bénit : Les premiers chrétiens se bénissaient, en se rencontrant . Il ne s’agit pas d’un geste, mais d’une formule de souhait ou de gratitude envers le Seigneur, quelque chose d’analogue au Dominus vobiscum liturgique :
Dieu soit béni de cette rencontre, Que Dieu vous bénisse !
Chez les anciens moines d’Orient et d’Occident, on s’inclinait devant celui qu’on voulait honorer, et on disait : Benedic, Pater, ou bien : Benedicite : c’était reconnaître la présence de Dieu dans l’hôte ou le frère, et solliciter une bénédiction du Seigneur qui vivait en lui. Nous savons par la Règle du Maître par Bernard du Cassin et d’autres documents, que la réponse était : Deus, ou Dominus ; mais elle n’était pas toujours formulée, et Boherius dit n’en avoir pas entendu à Subiaco et au Mont Cassin : Quid prior respondeat non audivi nec etiam ex Regula capio quidquam de prioris responsione, nisi Deo gracias respondeat . N. B. Père recommande en effet au portier de répondre : Deo gratias ; mais il ajoute : “ ou de bénir ”, ce qui laisse supposer que la formule de bénédiction n’était pas le Deo gratias. Quoi qu’il en soit, le Deo gratias est une antique et belle formule de salutation monastique. Les circoncisions du temps de saint Augustin en reprochaient l’usage aux moines ; on peut voir le blâme que leur adresse à ce sujet le saint Docteur dans son Discours sur le psaume CXXXll .
La bénédiction ne se demande et ne s’accorde, remarque Paul Diacre, qu’aux endroits et aux heures où il est permis de parler ; dans les lieux réguliers et pendant les temps de silence privilégiés, on se bornera à solliciter de coeur la bénédiction et à incliner la tête. Pierre le Vénérable fut contraint de démontrer aux Cisterciens scandalisés que cela suffit pour l’observation de ce point de la Règle . Dans les Déclarations de Sainte Cécile, D. Guéranger a écrit : “ Les sœurs plus jeunes demanderont la bénédiction aux anciennes, c’est-à-dire aux professes qui sont sorties du noviciat, en Gisant : Benedicite ; mais, durant le silence de la nuit, elles leur feront seulement l’inclination. Les anciennes recevront d’une manière humble et gracieuse cette marque d’honneur ; mais celles qui auraient fait profession le même jour que celle qui les salue répondront : Benedicite Nous n’avons pas cette coutume, et il faut nous tenir à ce qui est établi. Mais nous ne sommes pas dispensés de saluer un ancien et, d’une faon générale, tout frère que nous rencontrons. Il n’est aucunement nécessaire de lui dire quelques mots aimables, une facétie ou une plaisanterie ; mais il est toujours de bon goût de se découvrir si l’on portait le capuchon, de regarder et de s’incliner. Alors même que le plus jeune oublierait de le faire, l’ancien pourrait certainement s’incliner devant son frère et l’ange gardien de son frère.
Saint Benoît prévoit enfin le cas où un ancien passe devant un jeune qui est assis : celui-ci doit se lever aussitôt ; et si l’ancien vient pour s’asseoir à l’endroit ou près de l’endroit où se tient le plus jeune, celui-ci doit lui céder la place et ne se rasseoir qu’après y avoir été invité. C’est conforme à la politesse de tous les pays et de tous les temps : Omni seniori, dit Aristote , honor pro aetate reddendus et assurgendo et sessione cedendo. Encore pouvons-nous observer, avec Paul Diacre et Hildemar que si l’ancien ne fait que passer “ le jeune doit se lever un peu, s’incliner et , :demander la bénédiction ” ; que si l’ancien passe et repasse, ou que si le jeune frère est assis dans un endroit où vont et viennent beaucoup d’anciens, il est dispensé de se lever chaque fois ; que la courtoisie et la charité font un devoir à l’ancien de ne pas laisser le jeune debout devant lui ; l’Abbé rappellera ce dernier point au Chapitre, dit Hildemar, et si quelque ancien y manque, il sera châtié ; s’il demeure incorrigible, l’Abbé le rejettera au dernier rang. Il serait, en effet, quelque peu ridicule pour un moine d’afficher sans cesse son ancienneté et d’exiger avec morgue tous les honneurs qui lui sont dus.
Ne considérons jamais comme surannées ces prescriptions de la Règle. Encore une fois, cette politesse et ces attentions sont l’indice de notre charité et de notre délicatesse surnaturelle. Les frères doivent se prévenir d’honneur (Rom., XIl, 10), s’empresser et parfois s’ingénier à être aimables, sans affectation toutefois ni obséquiosité. Saluons nos aînés, laissons-les passer devant nous ; ne rougissons pas de parler à genoux à notre Abbé. Les commentateurs profitent de ce qui est dit ici de la sessio, pour observer qu’un moine ne doit pas s’asseoir à la manière négligée et molle des mondains .
Enfin, saint Benoît termine par une recommandation relative à l’attitude de la communauté vis-à-vis des enfants : nous l’avons déjà commentée.
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