Vigiles (OSB) du vendredi 23 mars 2018 -

Hebdomada V Quadragesimae Vème semaine de Carême
Feria VI Vendredi
In primo nocturno, anno II Premier nocturne, année II
De Libro Númeri Du livre des Nombres
Lectio I Lecture I
In diébus illis: Profécti castrametáti sunt fílii Israel in campéstribus Moab ubi trans Iordánem Iéricho sita est. Videns autem Balac fílius Sephor ómnia quæ fécerat Israel Amorræo, valde tímuit Moab pópulum, quia multus erat. Et cum pertiméret Moab fílios Israel, dixit ad maióres natu Mádian: " Nunc carpet hæc congregátio omnem regiónem per circúitum, quómodo solet bos herbas campi cárpere. " Balac fílius Sephor erat eo témpore rex in Moab. Misit ergo núntios ad Bálaam fílium Beor in Phethor quæ est super flumen in terra filiórum Ammau, ut vocárent eum et dícerent: " Ecce egréssus est pópulus ex Ægýpto, qui opéruit superfíciem terræ sedens contra me. Veni ígitur et máledic pópulo huic, quia fórtior me est; si quo modo possim percútere et eícere eum de terra mea. Novi enim quod benedíctus sit cui benedíxeris, et maledíctus in quem maledícta congésseris. " En ce temps-là, les Israélites partirent, et s'en allèrent camper dans les Steppes de Moab, au-delà du Jourdain, vers Jéricho. Balaq, fils de Cippor, vit tout ce qu'Israël avait fait aux Amorites; Moab fut pris de panique devant ce peuple, car il était fort nombreux. Moab eut peur des Israélites; il dit aux anciens de Madiân: " Voilà cette multitude en train de tout brouter autour de nous comme un bœuf broute l'herbe des champs. " Balaq, fils de Cippor, était roi de Moab en ce temps-là. Il envoya des messagers mander Balaam, fils de Béor, à Pétor, sur le Fleuve, au pays des fils d'AmmaV/. Il lui disait: " Voici que le peuple qui est sorti d'Égypte a couvert tout le pays; il s'est établi en face de moi. Viens donc, je te prie, et maudis-moi ce peuple, car il est plus puissant que moi. Ainsi pourrons-nous le battre et le chasser du pays. Car je le sais: celui que tu bénis est béni, celui que tu maudis est maudit. "
R/. Multiplicáti sunt qui tríbulant me, et dicunt: Non est salus illi in Deo eius. * Exsúrge, Dómine, salvum me fac, Deus meus. V/. Nequándo dicat inimícus meus: Præválui advérsus eum. * Exsúrge. R/. Qu'ils sont nombreux mes adversaires, nombreux à déclarer à mon sujet: Pour lui, pas de salut auprès de Dieu! * Lève-toi, Seigneur; sauve-moi, mon Dieu! V/. Pour que l'ennemi ne crie pas: Victoire! * Lève-toi.
Lectio II Lecture II
Surréxit Bálaam mane et, strata ásina sua, proféctus est cum eis. Et irátus est Deus cum proféctus esset; stetítque ángelus Dómini in via contra Bálaam, ut adversarétur ei, qui insidébat ásinæ et duos púeros habébat secum. Cernens ásina ángelum Dómini stantem in via, evagináto gládio in manu sua, avértit se de itínere et ibat per agrum. Quam cum verberáret Bálaam et vellet ad sémitam redúcere, stetit ángelus Dómini in angústiis duárum maceriárum quibus víneæ cingebántur. Quem videns ásina iunxit se paríeti et attrívit sedéntis pedem. At ille íterum verberábat eam; et ángelus Dómini íterum tránsiens ad locum angústum ubi nec ad déxteram nec ad sinístram póterat deviáre, óbvius stetit. Cumque vidísset ásina stantem ángelum Dómini, cóncidit sub pédibus sedéntis; qui irátus veheméntius cædébat fuste látera eius. Au matin, Balaam se leva, sella son ânesse et partit avec les princes de Moab. Son départ excita la colère du Seigneur, et l'Ange du Seigneur se posta sur la route pour lui barrer le passage. Lui montait son ânesse, ses deux garçons l'accompagnaient. Or l'ânesse vit l'Ange du Seigneur posté sur la route, son épée nue à la main; elle s'écarta de la route à travers champs. Mais Balaam battit l'ânesse pour la ramener sur la route. L'Ange du Seigneur se tint alors dans un chemin creux, au milieu des vignes, avec un mur à droite et un mur à gauche. L'ânesse vit l'Ange du Seigneur et rasa le mur, y frottant le pied de Balaam. Il la battit encore une fois. L'Ange du Seigneur changea de place et se tint en un passage resserré, où il n'y avait pas d'espace pour passer ni à droite ni à gauche. Quand l'ânesse vit l'Ange du Seigneur, elle se coucha sous Balaam. Balaam se mit en colère et battit l'ânesse à coups de bâton.
R/. Ne avértas fáciem tuam a púero tuo, Dómine; * Quóniam tríbulor, velóciter exáudi me. V/. Eripe me, Dómine, ab hómine malo, a viro iníquo líbera me. * Quóniam. R/. Seigneur, ne cache pas ton visage à ton serviteur: * Je suffoque, vite, réponds-moi. V/. Délivre-moi, Seigneur, de l'homme mauvais; contre l'homme violent, défends-moi. * Je suffoque.
Lectio III Lecture III
Aperuítque Dóminus os ásinæ et locúta est: " Quid feci tibi? Cur pércutis me ecce iam tértio? " Respóndit Bálaam: " Quia illusísti mihi. Utinam habérem gládium, ut te interfícerem! " Dixit ásina: " Nonne ánimal tuum sum, cui semper sedére consuevísti usque in præséntem diem? Dic quid símile umquam fécerim tibi. " At ille ait: " Numquam. " Prótinus apéruit Dóminus óculos Bálaam, et vidit ángelum Dómini stantem in via, evagináto gládio in manu eius; adoravítque eum pronus in terram. Cui ángelus Dómini: " Cur, inquit, tértio vérberas ásinam tuam? Ego veni, ut adversárer tibi, quia pervérsa est via tua mihíque contrária. Et videns me ásina declinávit ter a me; nisi declinásset, te occidíssem et illam vivam reliquíssem. " Dixit Bálaam: " Peccávi nésciens quod tu stares contra me in via; et nunc, si dísplicet tibi, revértar. " Ait ángelus Dómini: " Vade cum istis et cave ne áliud quam præcépero tibi loquáris. " Ivit ígitur cum princípibus Balac. Alors le Seigneur ouvrit la bouche de l'ânesse et elle dit à Balaam: " Que t'ai-je fait, pour que tu m'aies battue ainsi par trois fois? " Balaam répondit à l'ânesse: " C'est que tu t'es moquée de moi! Si j'avais eu à la main une épée, je t'aurais déjà tuée. " L'ânesse dit à Balaam: " Ne suis-je pas ton ânesse, qui te sers de monture depuis toujours et jusqu'aujourd'hui? Ai-je l'habitude d'agir ainsi envers toi? " Il répondit: " Non. " Alors le Seigneur ouvrit les yeux de Balaam. Il vit l'Ange du Seigneur posté sur la route, son épée nue à la main. Il s'inclina et se prosterna face contre terre. Et l'Ange du Seigneur lui dit: " Pourquoi as-tu battu ainsi ton ânesse par trois fois? C'est moi qui étais venu te barrer le passage; car moi présent, la route n'aboutit pas. L'ânesse m'a vu et devant moi elle s'est détournée par trois fois. Bien t'en a pris qu'elle se soit détournée, car je t'aurais déjà tué. Elle, je l'aurais laissée en vie. " Balaam répondit à l'Ange du Seigneur: " J'ai péché. C'est que j'ignorais que tu étais posté devant moi sur la route. Et maintenant, si cela te déplaît, je m'en retourne. " L'Ange du Seigneur répondit à Balaam: " Va avec ces hommes. Seulement, ne dis rien de plus que ce que je te ferai dire. " Balaam s'en alla avec les princes envoyés par Balaq.
R/. Tota die contristátus ingrediébar, Dómine, quóniam ánima mea compléta est illusiónibus, * Et vim faciébant qui quærébant ánimam meam. V/. Et qui inquirébant mala mihi locúti sunt vanitátes, et dolos tota die meditabántur. * Et vim. V/. Glória Patri. * Et vim. R/. Tout le jour j'avance dans le noir, je suis rassasié d'opprobres; * Ceux qui veulent ma perte me talonnent. V/. Ces gens qui cherchent mon malheur prononcent des paroles maléfiques, tout le jour ils ruminent leur traîtrise. * Ceux. V/. Gloire au Père. * Ceux.
In secundo nocturno, anno II Deuxième nocturne, année II
Ex sermónibus sancti Ióannis Chrysóstomi epíscopi (Sermo 6, 1: PLS 4-1, 662-663) Sermon de saint Jean Chrysostome
Lectio I Lecture I
Próxime, cum domínicæ passiónis multas et acérbas contumélias audirémus, cogitatióne súbito incídimus in illud, quare Deus qui totum quod habet cælum, quod terra portat, quod capit mare, quod tártarus celat, iussu fecit, império distínxit, mundum tantum compósuit ad decórem, et ut senténtiam mortis sólveret, imbrem sacráti sánguinis desudávit? Orígo rerum, auctor natúræ, quare nasci vóluit, nisi quia mori vóluit? Quare Deus carnis imbecílla suscépit, nisi quia carnis elégit iniúrias? Quare totíus Dóminus creatúræ formam servitútis intrávit, nisi ut totas servitútis iniúrias sustinéret? Adiudicári iudex, cógnitor díligit addíci, quando se a pérditis passus est iudicári. Quæ patiéndi necéssitas, ubi salvándi inest et possibílitas et potéstas? Aut quæ ibi moriéndi causa est, ubi vivificándi virtus est et facúltas? Il y a peu de temps, à l'audition des outrages multiples et cruels subis par le Seigneur en sa Passion, une pensée nous vint à l'esprit: pourquoi Dieu qui d'un mot a créé, d'un ordre a séparé tout ce que contient le ciel, tout ce que porte la terre, tout ce que renferme la mer, tout ce que recèle l'enfer, pourquoi Dieu, qui a disposé le monde avec tant de grâce, a-t-il sué d'une sueur de son sang sacré afin d'abolir une sentence de mort? Lui qui était l'origine de toutes choses, l'auteur de la nature, pourquoi a-t-il voulu naître, si ce n'est parce qu'il a voulu mourir? Pourquoi Dieu a-t-il assumé les faiblesses de la chair, sinon parce qu'il a choisi les outrages pour sa chair? Pourquoi le Seigneur de toute créature est-il entré dans la forme d'un esclave, sinon pour recevoir tous les outrages réservés à un esclave? Le Juge est jugé, le Défenseur se plaît à être assigné lorsqu'il se laisse condamner par des hommes corrompus. Quelle nécessité de souffrir, là où se trouvent et la possibilité et la puissance de sauver? Et pourquoi mourir, alors qu'on a le pouvoir et la faculté de donner la vie?
R/. Deus meus, éripe me de manu peccatóris et de manu contra legem agéntis et iníqui, * Quóniam tu es patiéntia mea. V/. Eripe me de inimícis meis, Deus meus, et ab insurgéntibus in me líbera me. * Quóniam. R/. Mon Dieu, libère-moi des mains de l'impie, des prises du fourbe et du violent, * Car c'est toi mon espérance. V/. Délivre-moi de mes ennemis, mon Dieu; de mes agresseurs, protège-moi. * Car c'est toi.
Lectio II Lecture II
Ascéndimus Hierosólymam, et in die Paschæ, ut ad passiónis pompam, et ad spectáculum mortis, atque scándalum crucis, iudáicæ urbis univérsitas conveníret. Non súfficit pássio commúnis, non mors secréta, non mors simplex, non mors morti similis; nisi ut quanta erat patiéntis singuláritas, tanta esset et singuláritas passiónis. Actum est ut auctor sæculi, sæculo teste morerétur; et a mundo mundi dóminus ante per pœnam quam per glóriam nascerétur. Nous montons à Jérusalem, et nous y montons au jour de la Pâque afin que la ville des Juifs tout entière se rassemble pour le cortège de la Passion, pour le spectacle de la mort et le scandale de la croix. Il ne suffit pas d'une passion ordinaire, d'une mort dans le secret, d'une simple mort, d'une mort comme les autres; au caractère absolument unique du patient, devait répondre une mort absolument unique elle aussi. Ce qui s'accomplissait, c'était la mort de l'auteur du siècle, à la face du siècle; le maître du monde sortait du monde par la souffrance avant d'en sortir par la gloire.
R/. Ne perdas cum ímpiis, Deus, ánimam meam, et cum viris sánguinum vitam meam; * Rédime me, Dómine. V/. Eripe me, Dómine, ab hómine malo, a viro iníquo líbera me. * Rédime. R/. Ne m'inflige pas, mon Dieu, le sort des pécheurs, le destin de ceux qui versent le sang; * Libère-moi, Seigneur. V/. Délivre-moi, Seigneur, de l'homme mauvais; contre l'homme violent, défends-moi. * Libère-moi.
Lectio III Lecture III
Pax cæli tráditur doli ósculo, tenétur tenens ómnia, alligátur ómnium nexus, dúcitur áttrahens univérsa, a falso véritas accusátur, sístitur cui assístunt ómnia; Iudæi géntibus tradunt, reddunt gentes Iudæis; Heródi mittit Pilátus, remíttit Heródes Piláto; et commércium fit impietátis, píetas; sánctitas in núndinam crudelitátis perdúcitur; flagellátur remíssio, condemnátur vénia, illúditur maiéstas, ridétur virtus, perfúnditur largítor ímbrium sputis, clavis ferri cæli strator affígitur, mellis dator cibátur felle, propinátor fóntium potátur acéto; et cum nihil iam restet ex pœnis, mors réfugit, mors morátur, quia suum ubi esset nil sentit. La Paix du ciel est livrée par le baiser d'un traître, on se saisit de celui qui régit l'univers, on enchaîne le lien de toute la création, on mène celui qui attire le monde entier, le mensonge accuse la vérité, on fait comparaître celui devant qui se tiennent toutes les créatures; les Juifs le livrent aux païens, les païens le rendent aux Juifs, Pilate l'envoie à Hérode, Hérode le renvoie à Pilate; la piété devient un trafic d'impiété, la sainteté est l'objet d'un marché cruel; la bonté est flagellée, le pardon condamné, la majesté bafouée, la vertu tournée en dérision; sur le dispensateur des pluies pleuvent les crachats; des clous de fer fixent celui qui déploie les cieux; il donne le miel, on le nourrit de fiel; il fait couler les sources, on l'abreuve de vinaigre; et lorsqu'on a épuisé toutes les peines, la mort se récuse, la mort tarde parce qu'elle comprend qu'il n'y a là rien pour elle.
R/. Pacífice loquebántur mihi inimíci mei, et in ira molésti erant mihi. * Vidísti, Dómine, ne síleas, ne díscedas a me. V/. Omnes inimíci mei advérsum me cogitábant mala mihi, verbum iníquum mandavérunt advérsum me. * Vidísti. V/. Glória Patri. * Vidísti. R/. Mes ennemis ont des paroles de paix, mais dans leur fureur ils me maltraitent. * Tu as vu, Seigneur, sors de ton silence! Seigneur, ne sois pas loin de moi! V/. Unis contre moi, mes ennemis murmurent; ils m'adressent des paroles maléfiques. * Tu as vu. V/. Gloire au Père. * Tu as vu.