Vigiles (OSB) du mardi 17 juillet 2018 -

Hebdomada XV per annum XVème semaine dans l'année
Feria III Mardi
In primo nocturno, anno II Premier nocturne, année II
Lectio Lecture
De libro Iob Du livre de Job
Apéruit Iob os suum et maledíxit diéi suo et locútus est: Péreat dies in qua natus sum, et nox in qua dictum est: "Concéptus est homo." Dies ille vertátur in ténebras; non requírat eum Deus désuper et non illustrétur lúmine. Obscúrent eum ténebræ et umbra mortis; óccupet eum calígo et involvátur amaritúdine. Job ouvrit la bouche et maudit le jour de sa naissance. Il prit la parole et dit: Périsse le jour qui me vit naître et la nuit qui annonça: " Un garçon vient d'être conçu. " Ce jour-là, qu'il soit ténèbres, que Dieu, de là-haut, ne le réclame pas, que la lumière ne brille pas sur lui! Que le revendiquent ténèbres et ombre épaisse, qu'une nuée s'installe sur lui, qu'une éclipse en fasse sa proie!
Noctem illam tenebrósus turbo possídeat; non computétur in diébus anni nec numerétur in ménsibus. Sit nox illa solitária nec laude digna; maledícant ei qui maledícunt diéi, qui paráti sunt suscitáre Levíathan. Obtenebréntur stellæ crepúsculi eius; exspéctet lucem, et non sit, nec vídeat pálpebras auróræ, quia non conclúsit óstia ventris, qui portávit me, nec ábstulit mala ab óculis meis. Quare non in vulva mórtuus sum? Egréssus ex útero non statim périi? Quare excéptus génibus? Cur lactátus ubéribus? Nunc enim dórmiens silérem et somno meo requiéscerem cum régibus et consúlibus terræ, qui ædíficant sibi solitúdines, aut cum princípibus qui póssident aurum et replent domos suas argénto. Aut sicut abortívum abscónditum non subsísterem, vel qui concépti non vidérunt lucem. Oui, que l'obscurité le possède, qu'il ne s'ajoute pas aux jours de l'année, n'entre point dans le compte des mois! Cette nuit-là, qu'elle soit stérile, qu'elle ignore les cris de joie! Que la maudissent ceux qui maudissent les jours et sont prêts à réveiller Léviathan! Que se voilent les étoiles de son aube, qu'elle attende en vain la lumière et ne voie point s'ouvrir les paupières de l'aurore! Car elle n'a pas fermé sur moi la porte du ventre, pour cacher à mes yeux la souffrance. Pourquoi ne suis-je pas mort au sortir du sein, n'ai-je péri aussitôt enfanté? Pourquoi s'est-il trouvé deux genoux pour m'accueillir, deux mamelles pour m'allaiter? Maintenant je serais couché en paix, je dormirais d'un sommeil reposant, avec les rois et les grands ministres de la terre, qui ont bâti leurs demeures dans des lieux désolés, ou avec les princes qui ont de l'or en abondance et de l'argent plein leurs tombes. Ou bien, tel l'avorton caché, je n'aurais pas existé, comme les petits qui ne voient pas le jour.
Ibi ímpii cessavérunt a tumúltu, et ibi requievérunt fessi róbore. Et quondam vincti páriter sine moléstia non audiérunt vocem exactóris. Parvus et magnus ibi sunt, et servus liber a dómino suo. Quare mísero data est lux et vita his qui in amaritúdine ánimæ sunt? Qui exspéctant mortem, et non venit, et effódiunt quæréntes illam magis quam thesáuros; gaudéntque veheménter et lætántur sepúlcro. Viro, cuius abscóndita est via, et circúmdedit eum Deus ténebris. Antequam cómedam, suspíro, et quasi inundántes aquæ sic rugítus meus. Quia timor quem timébam evénit mihi, et quod verébar áccidit. Non dissimulávi, non sílui, non quiévi, et venit super me indignátio. Là prend fin l'agitation des méchants, là se reposent les épuisés. Les captifs de même sont laissés tranquilles et n'entendent plus les cris du surveillant. Là petits et grands se confondent et l'esclave recouvre sa liberté. Pourquoi donner à un malheureux la lumière, la vie à ceux qui ont l'amertume au cœur, qui aspirent après la mort sans qu'elle vienne, fouillent à sa recherche plus que pour un trésor? Ils se réjouiraient en face du tertre funèbre, exulteraient s'ils atteignaient la tombe. Pourquoi ce don à l'homme qui ne voit plus sa route et que Dieu enclôt sur lui-même? Pour nourriture, j'ai mes soupirs, comme l'eau s'épanchent mes rugissements. Toutes mes craintes se réalisent et ce que je redoute m'arrive. Ni tranquillité ni paix pour moi, et mes tourments chassent le repos.
R/. Antequam cómedam, suspíro; et tamquam inundántes aquæ, sic rugítus meus. Quia timor quem timébam evénit mihi, et quod verébar áccidit. * Nonne dissimulávi? Nonne sílui? Et iam quiévi, et venit super me indignátio tua, Dómine. V/. Nolo multa fortitúdine conténdat mecum, nec magnitúdinis suæ mole me premat; æquitátem propónat contra me. * Nonne. V/. Glória Patri. * Nonne. R/. Pour nourriture, j'ai mes soupirs; comme une eau qui déferle, j'ai mes sanglots. Car la frayeur qui me hantait m'a étreint, et ce que j'appréhendais m'est arrivé. * N'ai-je pas fermé les yeux? N'ai-je pas gardé le silence? Je suis resté tranquille, et pourtant, Seigneur, ton indignation est tombée sur moi. V/. Non, qu'il ne se mesure pas avec moi dans sa puissance, qu'il ne m'écrase pas du poids de sa grandeur; mais qu'il plaide contre moi selon la justice! * N'ai-je pas. V/. Gloire au Père. * N'ai-je pas.
In secundo nocturno, anno II Deuxième nocturne, année II
Lectio Lecture
Ex Enarratiónibus sancti Augustíni epíscopi in psalmos (En. in ps. 61, 4: CCL 39, 773-774) Commentaire de saint Augustin sur le psaume 61
Unus homo cum cápite et córpore suo Iesus Christus, salvátor córporis et membra córporis, duo in carne una, et in voce una, et in passióne una; et, cum transíerit iníquitas, in réquie una. Passiónes ítaque Christi non in solo Christo; immo passiónes Christi nónnisi in Christo. Si enim Christum intéllegas caput et corpus, passiónes Christi nónnisi in Christo; si autem Christum intéllegas solum caput, passiónes Christi non in solo Christo. Jésus-Christ ne fait qu'un seul homme, avec sa tête et son corps, sauveur du corps et membres du corps, deux dans une seule chair, et dans une seule voix, et dans une seule passion et, quand l'iniquité aura pris fin, dans un seul repos. C'est pourquoi les souffrances du Christ ne se trouvent pas dans le seul Christ; ou plutôt les souffrances du Christ ne se trouvent que dans le Christ. Si, par le Christ, tu entends la tête et le corps, les souffrances du Christ ne se trouvent que dans le Christ; si, par le Christ, tu entends la tête seule, les souffrances du Christ ne sont pas dans le seul Christ.
Si enim passiónes Christi in solo Christo, immo in solo cápite, unde dicit quoddam membrum eius Paulus apóstolus: Ut súppleam quæ desunt pressurárum Christi in carne mea? Si ergo in membris Christi es, quicúmque homo, quisquis hæc audis, quisquis hæc nunc non audis (sed tamen audis, si in membris Christi es); quidquid páteris ab eis qui non sunt in membris Christi, déerat passiónibus Christi. Ideo ádditur, quia déerat; mensúram imples, non superfúndis; tantum páteris, quantum ex passiónibus tuis inferéndum erat univérsæ passióni Christi, qui passus est in cápite nostro, et pátitur in membris suis, id est in nobis ipsis. Ad commúnem hanc quasi rempúblicam nostram quisque pro módulo nostro exsólvimus quod debémus, et pro possessióne vírium nostrárum quasi canónem passiónum inférimus. Pariatória plenária passiónum ómnium non erit, nisi cum sæculum finítum fúerit. Car, si la passion du Christ est dans le seul Christ ou plutôt dans la tête toute seule, pourquoi quelqu'un de ses membres, l'apôtre Paul, a-t-il dit: Je dois suppléer dans ma chair à ce qui manque à la passion du Christ? Si donc tu fais partie des membres du Christ, qui que tu sois qui entends ces choses, ou qui ne les entends pas, - cependant tu les entends, si tu es membre du Christ, - tout ce que tu souffres de la part de ceux qui ne sont pas membres du Christ, tout cela manquait aux souffrances du Christ; cela s'ajoute, parce que cela manquait; tu remplis la mesure, tu ne la fais pas déborder; c'est quelque chose qui devait être ajouté à l'universelle passion du Christ, lequel a souffert dans notre tête et souffre dans ses membres, c'est-à-dire en nous-mêmes. Chacun de nous, comme membre d'une même société, nous payons ce que nous devons, dans notre modeste mesure, y ajoutant, selon nos forces, notre apport de souffrances; et la somme de toutes ces souffrances satisfactoires ne sera complète qu'à la fin du siècle.
Nolíte ergo putáre, fratres, omnes iustos qui passi sunt persecutiónem iniquórum, étiam illos qui venérunt missi ante Dómini advéntum prænuntiáre Dómini advéntum, non pertinuísse ad membra Christi. Absit ut non pertíneat ad membra Christi, qui pértinet ad civitátem quæ regem habet Christum. Illa una est Ierúsalem cæléstis, cívitas sancta; hæc una cívitas unum habet regem. Rex huius civitátis Christus est. N'allez pas croire, mes frères, que tous les justes qui ont souffert la persécution des impies, même ceux qui ont été envoyés au monde avant la venue du Seigneur, pour annoncer cette venue, n'appartenaient pas au corps du Christ. Il s'en faut qu'il n'appartienne pas au corps du Christ, celui qui appartient à la cité qui a pour roi le Christ. Elle est une, la Jérusalem céleste, la cité sainte; et cette cité unique possède un roi unique: le roi de cette cité, c'est le Christ.
R/. Utinam appenderéntur peccáta mea quibus iram mérui, * Et calámitas quam pátior, in statéra! V/. Quasi aréna maris hæc grávior appáret, unde et verba mea dolóre sunt plena. * Et calámitas. V/. Glória Patri. * Et calámitas. R/. Ah! Si l'on pouvait mettre en balance mes péchés, qui ont pu provoquer une juste colère, * Avec l'affliction que je supporte! V/. Oui, elle se montre plus pesante que le sable des mers, voilà pourquoi mes propos sont empreints de douleur, * Avec. V/. Gloire au Père. * Avec.