Vigiles (OSB) du mardi 9 avril 2019 -

Hebdomada V Quadragesimae Vème semaine de Carême
Feria III Mardi
In primo nocturno, anno I Premier nocturne, année I
De Epístula ad Hebræos De la lettre aux Hébreux
Lectio I Lecture I
Fide et de futúris benedíxit Isaac Iacob et Esau. Fide Iacob móriens síngulis filiórum Ioseph benedíxit et adorávit super fastígium virgæ suæ. Fide Ioseph móriens de profectióne filiórum Israel memorátus est et de óssibus suis mandávit. Fide Móyses natus occultátus est ménsibus tribus a paréntibus suis, eo quod vidíssent formósum infántem et non timuérunt regis edíctum. Fide Móyses grandis factus negávit se dici fílium fíliæ pharaónis, magis éligens afflígi cum pópulo Dei quam temporálem peccáti habére iucunditátem, maióres divítias æstimans thesáuris Ægýpti impropérium Christi; aspiciébat enim in remuneratiónem. Par la foi encore, Isaac donna à Jacob et à Esaü des bénédictions assurant l'avenir. Par la foi, Jacob mourant bénit chacun des fils de Joseph et il se prosterna appuyé sur l'extrémité de son bâton. Par la foi, Joseph, proche de sa fin, évoqua l'exode des fils d'Israël et donna des ordres au sujet de ses restes. Par la foi, Moïse, à sa naissance fut caché par ses parents pendant trois mois, parce qu'ils virent que le petit enfant était beau et ils ne craignirent pas l'édit du roi. Par la foi, Moïse, devenu grand, refusa d'être appelé fils d'une fille d'un Pharaon, aimant mieux être maltraité avec le peuple de Dieu que de connaître la jouissance éphémère du péché, estimant comme une richesse supérieure aux trésors de l'Égypte l'opprobre du Christ. Il avait, en effet, les yeux fixés sur la récompense.
R/. Deus meus, éripe me de manu peccatóris et de manu contra legem agéntis et iníqui, * Quóniam tu es patiéntia mea. V/. Eripe me de inimícis meis, Deus meus, et ab insurgéntibus in me líbera me. * Quóniam. R/. Mon Dieu, libère-moi des mains de l'impie, des prises du fourbe et du violent, * Car c'est toi mon espérance. V/. Délivre-moi de mes ennemis, mon Dieu; de mes agresseurs, protège-moi. * Car c'est toi.
Lectio II Lecture II
Fide relíquit Ægýptum non véritus animositátem regis, invisíbilem enim tamquam videns sustínuit. Fide celebrávit Pascha et sánguinis effusiónem, ne qui vastábat primogénita tángeret ea. Fide transiérunt mare Rubrum tamquam per áridam terram, quod expérti Ægýptii devoráti sunt. Fide muri Iéricho ruérunt circúiti diébus septem. Fide Rahab méretrix non périit cum incrédulis, quia excéperat exploratóres cum pace. Par la foi, il quitta l'Égypte sans craindre la fureur du roi: comme s'il voyait l'Invisible, il tint ferme. Par la foi, il célébra la Pâque et fit l'aspersion du sang, afin que l'Exterminateur ne touchât point les premiers-nés d'Israël. Par la foi, ils traversèrent la mer Rouge comme une terre sèche, tandis que les Égyptiens, ayant essayé le passage, furent engloutis. Par la foi, les murs de Jéricho tombèrent, quand on en eut fait le tour pendant sept jours. Par la foi, Rahab la prostituée ne périt pas avec les incrédules, parce qu'elle avait accueilli pacifiquement les éclaireurs.
R/. Ne perdas cum ímpiis, Deus, ánimam meam, et cum viris sánguinum vitam meam; * Rédime me, Dómine. V/. Eripe me, Dómine, ab hómine malo, a viro iníquo líbera me. * Rédime. R/. Ne m'inflige pas, mon Dieu, le sort des pécheurs, le destin de ceux qui versent le sang; * Libère-moi, Seigneur. V/. Délivre-moi, Seigneur, de l'homme mauvais; contre l'homme violent, défends-moi. * Libère-moi.
Lectio III Lecture III
Et quid adhuc dicam? Defíciet enim me tempus enarrántem de Gédeon, Barac, Samson, Iephte, David et Sámuel atque prophétis, qui per fidem devicérunt regna, operáti sunt iustítiam, adépti sunt repromissiónes, obturavérunt ora leónum, exstinxérunt ímpetum ignis, effugérunt áciem gládii, convaluérunt de infirmitáte, fortes facti sunt in bello, castra vertérunt exterórum; accepérunt mulíeres de resurrectióne mórtuos suos; álii autem disténti sunt, non suscipiéntes redemptiónem, ut meliórem invenírent resurrectiónem; álii vero ludíbria et vérbera expérti sunt, ínsuper et víncula et cárcerem; lapidáti sunt, secti sunt, in occisióne gládii mórtui sunt, circumiérunt in melótis, in péllibus caprínis, egéntes, angustiáti, afflícti, quibus dignus non erat mundus, in solitudínibus errántes et móntibus et spelúncis et in cavérnis terræ. Et hi omnes testimónium per fidem consecúti non reportavérunt promissiónem, Deo pro nobis mélius áliquid providénte, ut ne sine nobis consummaréntur. Et que dirai-je encore? Car le temps me manquerait si je racontais ce qui concerne Gédéon, Baraq, Samson, Jephté, David, ainsi que Samuel et les Prophètes, eux qui, grâce à la foi, soumirent des royaumes, exercèrent la justice, obtinrent l'accomplissement des promesses, fermèrent la gueule des lions, éteignirent la violence du feu, échappèrent au tranchant du glaive, furent rendus vigoureux, de malades qu'ils étaient, montrèrent de la vaillance à la guerre, refoulèrent les invasions étrangères. Des femmes ont recouvré leurs morts par la résurrection. Les uns se sont laissé torturer, refusant leur délivrance afin d'obtenir une meilleure résurrection. D'autres subirent l'épreuve des dérisions et des fouets, et même celle des chaînes et de la prison. Ils ont été lapidés, sciés, ils ont péri par le glaive, ils sont allés çà et là, sous des peaux de moutons et des toisons de chèvres, dénués, opprimés, maltraités, eux dont le monde était indigne, errant dans les déserts, les montagnes, les cavernes, les antres de la terre. Et tous ceux-là, bien qu'ils aient reçu un bon témoignage à cause de leur foi, ne bénéficièrent pas de la promesse: c'est que Dieu prévoyait pour nous un sort meilleur, et ils ne devaient pas parvenir sans nous à la perfection.
R/. Tota die contristátus ingrediébar, Dómine, quóniam ánima mea compléta est illusiónibus, * Et vim faciébant qui quærébant ánimam meam. V/. Et qui inquirébant mala mihi locúti sunt vanitátes, et dolos tota die meditabántur. * Et vim. V/. Glória Patri. * Et vim. R/. Tout le jour j'avance dans le noir, je suis rassasié d'opprobres; * Ceux qui veulent ma perte me talonnent. V/. Ces gens qui cherchent mon malheur prononcent des paroles maléfiques, tout le jour ils ruminent leur traîtrise. * Ceux. V/. Gloire au Père. * Ceux.
In secundo nocturno, anno I Deuxième nocturne, année I
Ex Sermónibus Ioánnis Tauler presbýteri (Sermo 3 in Exalt. Cru., ed. Lugd. 1558, t. 2, 138-139. 142-143) Sermon de Jean Tauler
Lectio I Lecture I
Ego si exaltátus fúero a terra, ómnia traham ad meípsum. Nam uti per crucem trahit, in qua tunc exaltándus erat: sic étiam per humilitátem, patiéntiam et amórem mérito tráheret omnes, ut quómodo ille passus est, sic et nos eum pro viríli sequámur, et cum illo simul spiritáliter capiámur, ligémur, condemnémur. Sicut autem ipse tam nudus in cruce suspénsus fuit, ut ne filum quidem córpori illíus adhæréret: vestes vero quas hábuit ipso vidénte mílites sorte divisérunt, ita pro certíssimo habéndum est quisquis ad suprémam volet perfectiónem pertíngere, ádeo hunc ab ómnibus extra Deum, vel quæ non sunt pure Deus, nudári debére, ut horum nec pilum saltem retíneat: hoc ipsum autem ab áliis in lusum verti, níhili pendi, irridéri, et pro stultítia atque insánia duci oportére. Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai toutes choses à moi. Puisque c'est par cette croix, sur laquelle notre Seigneur devait être élevé, qu'il attire à lui, c'est par l'humilité, la patience et l'amour qu'il devrait attirer tous les hommes; car comme lui a souffert, ainsi devrions-nous le suivre dans la mesure de nos forces, en nous laissant capturer et ligoter d'une manière spirituelle. Notre Seigneur vint s'étendre sur la croix dans un dénuement si complet qu'il ne lui restait pas un fil sur le corps, et l'on joua ses vêtements devant lui, sous ses yeux. Aussi vrai que Dieu est vivant, sois bien sûr de ceci: si tu veux parvenir à la perfection, il te faudra si bien te dépouiller de tout ce qui n'est pas Dieu, que tu n'en gardes pas le moindre brin; et il faut que tout cela soit perdu au jeu et anéanti, et que ce jeu devienne un objet de raillerie pour les autres gens et soit considéré par eux comme bêtise et folie.
R/. Ne avértas fáciem tuam a púero tuo, Dómine; * Quóniam tríbulor, velóciter exáudi me. V/. Eripe me, Dómine, ab hómine malo, a viro iníquo líbera me. * Quóniam. R/. Seigneur, ne cache pas ton visage à ton serviteur: * Je suffoque, vite, réponds-moi. V/. Délivre-moi, Seigneur, de l'homme mauvais; contre l'homme violent, défends-moi. * Je suffoque.
Lectio II Lecture II
Prorsus, dilectíssimi, ita necésse est, quoquo nos vertámus, si boni esse velímus, si ad Deum perveníre cupiámus, semper nos áliquid pati, semper crucem nos áliquam gérere, qualisquális ea fit. Quod si fugérimus unam, in áliam incidémus. Itaque quacúmque libet fugiámus, faciámus quidquid placet: ita necésse est, ita se véritas habet. Fíeri tamen ínterim potest ut Deus gratíssimos suppónat húmeros suos, onúsque crucis ea in parte ubi grávius ímminet, ferat, necnon sentíri se atque gustári permíttat atque ad tempus pondus óneris abscóndat. Tum vero tanta hómini exsultátio subóritur, tam illi facília et lévia fiunt ómnia, ut nihil sibi vel pati vel passus esse videátur, et omnis repénte dolóris et passiónis obliviscátur. Il ne peut en être autrement, quoi qu'on fasse; l'homme doit porter une croix, du moment qu'il désire devenir un homme bon et parvenir à Dieu. Il faut qu'il soit chargé d'une croix quelconque; s'il se dérobe à l'une, il lui en échoira une autre. Fuis où tu veux, fais ce que tu veux: c'est l'inéluctable, c'est le vrai. Il pourra se faire pourtant que Dieu, pendant un temps, place sous ta croix ses épaules pour l'alléger là où elle pèse le plus; qu'il te donne des sentiments et des goûts; qu'il dissimule le poids de ton fardeau. Alors l'homme ressent une telle joie, tout lui devient si léger, si facile, qu'il n'a plus conscience d'aucune souffrance, ni présente, ni passée, oubliant sur-le-champ toute douleur et tout mal.
R/. In próximo est tribulátio mea, Dómine, et non est qui ádiuvet, ut fódiant manus meas et pedes meos. * Líbera me de ore leónis, ut narrem nomen tuum frátribus meis. V/. Deus, Deus meus, réspice in me; quare me dereliquísti? Longe a salúte mea. * Líbera. R/. L'angoisse est proche, Seigneur, et je n'ai personne pour m'aider; ils me percent les mains et les pieds. * Sauve-moi de la gueule du lion, que je proclame ton nom devant mes frères. V/. Dieu, mon Dieu, regarde-moi! Pourquoi m'as-tu abandonné? Le salut est loin de moi. * Sauve-moi.
Lectio III Lecture III
Sed rursus mox ubi Dóminus suos rétrahit húmeros, ad prístinam onus amaritúdinem, gravitátem, intolerabilitátem redit. Huiúsmodi crucis onus Dóminus noster Iesus Christus gravíssimum et gravíssimo modo sustínuit; et tulére post ipsum, quotquot illi caríssimi fuérunt. Præstet nobis miséricors et pius Dóminus ut omnes sic a sancta trahámur cruce ut univérsas cruces nostras cum amóre et gáudio ferámus ad laudem et glóriam ipsíus. Mais bientôt Dieu retire ses épaules, et le fardeau retrouve son amertume première, sa pesanteur insupportable. Ce fardeau, le Christ l'a porté sous sa forme la plus pénible et de la façon la plus douloureuse; et, après lui, l'ont porté tous ceux qui ont été ses amis les plus chers. Puissions-nous être attirés de telle sorte par la sainte croix que nous portions tous notre croix avec amour et allégresse.
R/. In te iactátus sum ex útero, de ventre matris meæ Deus meus es tu; ne discédas a me, * Quóniam tribulátio próxima est, et non est qui ádiuvet. V/. Erue a frámea, Deus, ánimam meam, et de manu canis únicam meam. * Quóniam. V/. Glória Patri. * Quóniam. R/. À toi je fus confié dès ma naissance; dès le ventre de ma mère, tu es mon Dieu. Ne sois pas loin: * L'angoisse est proche, et je n'ai personne pour m'aider. V/. Préserve ma vie de l'épée, arrache-moi aux griffes du chien! * L'angoisse. V/. Gloire au Père. * L'angoisse.