Vigiles (OSB) du lundi 15 avril 2019 - Lundi de la semaine sainte

Hebdomada Sancta Semaine sainte
Feria II Lundi
Feria II hebdomadae sanctae Lundi de la semaine sainte
In primo nocturno, anno I Premier nocturne, année I
De libro Isaíæ prophétæ Du livre d'Isaïe
Lectio I Lecture I
Ecce próspere aget servus meus; exaltábitur et elevábitur et sublímis erit valde. Sicut obstupuérunt super eum multi, sic defórmis erat, quasi non esset hóminis spécies eius, filiórum hóminis aspéctus eius, sic dispérget gentes multas. Super ipsum continébunt reges os suum, quia quæ non sunt narráta eis vidérunt et quæ non audiérunt contempláti sunt. Voici que mon serviteur prospérera, il grandira, s'élèvera, sera placé très haut. De même que des multitudes avaient été saisies d'épouvante à sa vue, - car il n'avait plus figure humaine, et son apparence n'était plus celle d'un homme - de même des multitudes de nations seront dans la stupéfaction, devant lui des rois resteront bouche close, pour avoir vu ce qui ne leur avait pas été raconté, pour avoir appris ce qu'ils n'avaient pas entendu dire.
R/. Contumélias et terróres passus sum ab eis qui erant pacífici mei, et custodiéntes latus meum, * Dicéntes: Decipiámus eum et prævaleámus illi! Sed tu, Dómine, mecum es tamquam bellátor fortis. Cadent in oppróbrium sempitérnum. Et vídeam vindíctam in eis, quia tibi revelávi causam meam. V/. Omnes inimíci mei advérsum me cogitábant mala mihi, verbum iníquuum mandavérunt advérsum me. * Dicéntes. R/. J'endure les menaces et les outrages de ceux qui étaient en paix avec moi: mes amis guettent mes faux-pas, * Ils disent: S'il se laisse abuser, nous aurons le dessus! Mais, Seigneur, tu es avec moi comme un guerrier redoutable. Ils connaîtront une honte éternelle; et je verrai la revanche que tu prendras sur eux, car c'est à toi que j'ai confié ma cause. V/. Unis contre moi, mes ennemis murmurent; ils m'adressent des paroles maléfiques. * Ils disent.
Lectio II Lecture II
Quis crédidit audítui nostro, et bráchium Dómini cui revelátum est? Et ascéndit sicut virgúltum coram eo et sicut radix de terra sitiénti. Non erat spécies ei neque decor, ut aspicerémus eum, et non erat aspéctus, ut desiderarémus eum. Despéctus erat et novíssimus virórum, vir dolórum et sciens infirmitátem, et quasi abscondebámus vultum coram eo; despéctus, unde nec reputabámus eum. Vere languóres nostros ipse tulit et dolóres nostros ipse portávit; et nos putávimus eum quasi plagátum, percússum a Deo et humiliátum. Ipse autem vulnerátus est propter iniquitátes nostras, attrítus est propter scélera nostra; disciplína pacis nostræ super eum, et livóre eius sanáti sumus. Omnes nos quasi oves errávimus, unusquísque in viam suam declinávit; et pósuit Dóminus in eo iniquitátem ómnium nostrum. Qui a cru ce que nous entendions dire, et le bras du Seigneur, à qui s'est-il révélé? Comme un surgeon il a grandi devant lui, comme une racine en terre aride; sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eût séduits; objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance, comme quelqu'un devant qui on se voile la face, méprisé, nous n'en faisions aucun cas. Or ce sont nos souffrances qu'il portait et nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié. Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison. Tous, comme des moutons, nous étions errants, chacun suivant son propre chemin, et le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à tous.
R/. Deus Israel, propter te sustínui impropérium, opéruit reveréntia fáciem meam; extráneus factus sum frátribus meis, et hospes fíliis matris meæ, * Quóniam zelus domus tuæ comédit me. V/. Deus, Deus meus, réspice in me, quare me dereliquísti? Longe a salúte mea. * Quóniam zelus. R/. Dieu d'Israël, c'est pour toi que j'endure l'insulte, que la honte me couvre le visage; je suis un étranger pour mes frères, un inconnu pour les fils de ma mère. * L'amour de ta maison m'a perdu. V/. Dieu, mon Dieu, regarde-moi, pourquoi m'as-tu abandonné? Le salut est loin de moi. * L'amour.
Lectio III Lecture III
Afflíctus est et ipse subiécit se et non apéruit os suum; sicut agnus qui ad occisiónem dúcitur, et quasi ovis quæ coram tondéntibus se obmútuit et non apéruit os suum. Angústia et iudício sublátus est. De generatióne eius quis curábit? Quia abscíssus est de terra vivéntium; propter scelus pópuli mei percússus est ad mortem. Et posuérunt sepúlcrum eius cum ímpiis, cum divítibus túmulum eius, eo quod iniquitátem non fécerit, neque dolus fúerit in ore eius. Et Dóminus vóluit contérere eum infirmitáte. Si posúerit in piáculum ánimam suam, vidébit semen longvum, et volúntas Dómini in manu eius prosperábitur. Propter labórem ánimæ eius vidébit lucem, saturábitur in sciéntia sua. Iustificábit iustus servus meus multos et iniquitátes eórum ipse portábit. Ideo dispértiam ei multos, et cum fórtibus dívidet spólia, pro eo quod trádidit in mortem ánimam suam et cum scelerátis reputátus est; et ipse peccátum multórum tulit et pro transgressóribus rogat. Maltraité, il s'humiliait, il n'ouvrait pas la bouche, comme l'agneau qui se laisse mener à l'abattoir, comme devant les tondeurs une brebis muette, il n'ouvrait pas la bouche. Par contrainte et jugement il a été saisi. Parmi ses contemporains, qui s'est inquiété qu'il ait été retranché de la terre des vivants, qu'il ait été frappé pour le crime de son peuple? On lui a donné un sépulcre avec les impies et sa tombe est avec le riche, bien qu'il n'ait pas commis de violence et qu'il n'y ait pas eu de tromperie dans sa bouche. Le Seigneur a voulu l'écraser par la souffrance; s'il offre sa vie en sacrifice expiatoire, il verra une postérité, il prolongera ses jours, et par lui la volonté du Seigneur s'accomplira. À la suite de l'épreuve endurée par son âme, il verra la lumière et sera comblé. Par sa connaissance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes en s'accablant lui-même de leurs fautes. C'est pourquoi il aura sa part parmi les multitudes, et avec les puissants il partagera le butin, parce qu'il s'est livré lui-même à la mort et qu'il a été compté parmi les criminels, alors qu'il portait le péché des multitudes et qu'il intercédait pour les criminels.
R/. Synagóga populórum circumdedérunt me; et non réddidi retribuéntibus mihi mala. * Consumétur, Dómine, nequítia peccatórum, et dírige iustum. V/. Tu autem, Dómine, suscéptor meus es, glória mea, et exáltans caput meum. * Consumétur. V/. Glória Patri. * Consumétur. R/. Une assemblée de peuples m'environne, pourtant je n'ai pas causé de tort à mes alliés. * Mets fin, Seigneur, à la rage des impies, affermis le juste. V/. Mais toi, Seigneur, mon bouclier, ma gloire, tu tiens haute ma tête. * Mets fin. V/. Gloire au Père. * Mets fin.
In secundo nocturno, anno I Deuxième nocturne, année I
Ex Tractátibus sancti Augustíni epíscopi in Ioánnem (Tract. 52, 1-3: CCL 36, 445-446) Traité de saint Augustin sur l'Évangile de Jean
Lectio I Lecture I
Postquam Dóminus Iesus Christus minístros suos ut seípsum sequeréntur hortátus est, cum ita prædixísset passiónem suam, quod nisi granum fruménti cadens in terram mórtuum fúerit, solum manet; si autem mórtuum fúerit, multum fructum affert, ubi excitávit eos qui eum ad regnum cælórum sequi vellent, ut ánimam suam odíssent in hoc mundo, si eam in vitam ætérnam custodíre cogitárent; ad nostram rursus infirmitátem suum temperávit afféctum, et ait: Nunc ánima mea turbáta est. Unde turbáta est, Dómine, ánima tua? Nempe paulo ante dixísti: Qui odit ánimam suam in hoc mundo in vitam ætérnam custódit eam. Ergo ánima tua in hoc mundo amátur, ídeo turbátur veniénte hora qua ex hoc mundo egrediátur? Quis hoc de ánima Dómini áudeat affirmáre? Sed nos in se tránstulit, nos in se suscépit caput nostrum, membrórum suórum suscépit afféctum; et ídeo non est ab áliquo turbátum; sed sicut de illo dictum est, cum Lázarum suscitáret: Turbávit semetípsum. Oportébat enim ut unus mediátor Dei et hóminum homo Christus Iesus, sicut nos excitávit ad summa, ita nobíscum paterétur et ínfima. Le Seigneur Jésus a exhorté ses serviteurs à marcher à sa suite, lorsqu'il leur a prédit sa propre passion en disant que le grain de blé ne porte pas de fruit s'il ne tombe en terre et ne meurt, mais qu'il en porte beaucoup s'il meurt; ainsi, ceux qui voulaient le suivre jusqu'au royaume des cieux, il les a provoqués à renoncer à leur vie en ce monde pour désirer la garder pour la vie éternelle. Ensuite, il a adapté ses sentiments à notre faiblesse, en disant: Maintenant mon âme est troublée. D'où vient le trouble de ton âme, Seigneur? Tu viens de dire: Celui qui renonce à sa vie en ce monde, la garde pour la vie éternelle. Tu aimes donc ton âme en ce monde, ce qui explique ce trouble à l'heure où elle doit sortir de ce monde? Qui oserait affirmer cela de l'âme du Seigneur? Mais il est notre chef, il nous a pris en lui, il nous a reçus en lui, il a pris les sentiments de ses membres; ainsi personne ne peut le troubler; mais il se trouble lui-même comme, lorsqu'il a ressuscité Lazare, il s'était troublé en lui-même. Il fallait, en effet, que l'unique médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, partageât avec nous les humiliations, de même qu'il nous a élevés jusqu'aux sommets.
R/. Insurrexérunt in me viri iníqui absque misericórdia; quæsiérunt me interfícere et non pepercérunt in fáciem meam spúere. Et lánceis vulneravérunt me; et concússa sunt ómnia ossa mea. * Ego autem æstimábam me tamquam mórtuum super terram. V/. Et dedérunt in escam meam fel, et in siti mea potavérunt me acéto. * Ego. R/. Des impies, des hommes sans affection, se lèvent contre moi; ils cherchent à m'ôter la vie, et n'hésitent pas à me cracher au visage; leurs coups de lance me blessent, je tremble de tous mes os. * Vivant, je me vois déjà mort. V/. À mon pain, ils ont mêlé du poison; quand j'avais soif, ils m'ont donné du vinaigre. * Vivant.
Lectio II Lecture II
Rursus ipsum Dóminum meum qui me illis verbis ab infirmitáte mea rápuit ad firmitátem suam, áudio dicéntem: Nunc ánima mea turbáta est. Quid est hoc? Quómodo sequi iubes ánimam meam, si turbári vídeo ánimam tuam? Quómodo súfferam quod grave tanta fírmitas sentit? Quale fundaméntum quæram, si petra succúmbit? Sed vídeor mihi audíre in cogitatióne mea respondéntem mihi Dóminum, et quodámmodo dicéntem: " Magis sequéris quia sic me interpóno ut súfferas; audísti ad te vocem fortitúdinis meæ, audi in me vocem infirmitátis tuæ; vires súggero ut curras, nec réprimo quod accéleras, sed tránsfero in me quod trépidas, et substérno qua tránseas. " O Dómine mediátor, Deus supra nos, homo propter nos, agnósco misericórdiam tuam! Nam quod tu tantus tuæ caritátis voluntáte turbáris, multos in córpore tuo qui suæ infirmitátis necessitáte turbántur, ne desperándo péreant consoláris. De nouveau, le Seigneur, qui m'a arraché à ma faiblesse par ces paroles pour m'élever à sa propre force, me dit: Maintenant mon âme est troublée. Que signifie cela? Comment demandes-tu à mon âme de te suivre, alors que je vois la tienne troublée? Comment pourrais-je supporter ce que la force ressent déjà comme un poids? Sur quelle base m'appuyer, si la pierre elle-même succombe? Mais j'entends le Seigneur me répondre intérieurement et me dire: " Tu me suivras mieux, car je passe devant pour t'aider à souffrir; tu as entendu la voix de ma force, écoute en moi la voix de ta faiblesse; je te donne des forces pour courir, je ne cherche pas à ralentir ta course, mais je prends sur moi tes craintes et j'aplanis la voie que tu empruntes. " Ô Seigneur, médiateur, Dieu au-dessus de nous, homme à cause de nous, je reconnais ta miséricorde! En effet, tu es si grand et tu es troublé à cause de ta charité; tu consoles et sauves du désespoir les nombreux membres de ton corps qui sont troublés par leurs nécessaires faiblesses.
R/. Atténde, Dómine, ad me, et audi voces adversariórum meórum. * Numquid rédditur pro bono malum, quia fodérunt fóveam ánimæ meæ? V/. Homo pacis meæ in quo sperábam ampliávit advérsum me supplantatiónem. * Numquid rédditur. R/. Seigneur, prête-moi l'oreille; écoute ce que disent mes adversaires. * Est-ce ainsi que l'on rend le mal pour le bien? Ils creusent une fosse pour attenter à ma vie. V/. Même l'ami qui avait ma confiance m'a frappé du talon. * Est-ce ainsi.
Lectio III Lecture III
Denique homo qui sequi vult, áudiat qua sequátur. Accéssit forte hora terríbilis, propónitur óptio aut faciéndæ iniquitátis, aut subeúndæ passiónis; turbátur ánima infírma, propter quam sponte turbáta est ánima invícta; præpóne tuæ voluntáti voluntátem Dei. Atténde enim quid deínde subiúngat Creátor tuus et magíster tuus, qui te fecit, et ut te docéret factus est et ipse quod fecit; homo enim factus est qui hóminem fecit; sed Deus incommutábilis mansit, et hóminem in mélius commutávit. Enfin, que l'homme qui veut suivre le Seigneur entende par où il doit le suivre. Voici peut-être un moment terrible, on a le choix entre commettre le mal ou souffrir la passion; l'âme faible est troublée, mais l'âme invincible du Seigneur a été troublée volontairement pour elle; soumets ta volonté à celle de Dieu. Considère ce qu'ajoute ton Créateur et ton maître, lui qui t'a fait et qui, pour t'enseigner, est devenu ce qu'il a fait; celui qui a fait l'homme s'est fait homme; mais il est demeuré Dieu sans changement, et il a amélioré l'homme.
R/. Circumdedérunt me viri mendáces, sine causa flagéllis cecidérunt me; * Sed tu, Dómine defénsor, víndica me. V/. Quóniam tribulátio próxima est, et non est qui ádiuvet. * Sed tu. V/. Glória Patri. * Sed tu. R/. Des hommes de mensonge s'attroupent contre moi; sans raison ils me déchirent à coups de fouets. * Lève-toi, Seigneur mon Dieu, pour défendre et juger ma cause! V/. L'angoisse est proche, je n'ai personne pour m'aider. * Lève-toi. V/. Gloire au Père. * Lève-toi.