Le monde attend que l'Eglise redevienne une société de louange

Léctio sancti Evangélii secúndum Ioánnem (21,15-17)
Cum manifestásset se Iesus discípulis suis et prandíssent, dicit Simóni Petro Iésus: “Simon Ioánnis, díligis me plus his?” Dicit ei: “Étiam, Dómine, tu scis quia amo te.” Dicit ei: “Pásce agnos meos.” Dicit ei íterum secúndo: “Simon Ioánnis, díligis me?” Ait illi: “Étiam, Dómine, tu scis quia amo te.” Dicit ei: “Pásce oves meas.” Dicit ei tértio: “Simon Ioánnis, amas me?” Contristátus est Petrus quia dixit ei tértio: “Amas me?”, et dicit ei: “Dómine, tu ómnia scis, tu cognóscis quia amo te.” Dicit ei: Pásce oves meas.
Alors que Jésus se soit manifesté à Ses disciples et qu'eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre: Simon, fils de Jean, M'aimes-tu plus que ceux-ci? Il Lui répondit: Oui, Seigneur, Tu sais que je T'aime. Jésus lui dit: Pais Mes agneaux. Il lui dit de nouveau: Simon, fils de Jean, M'aimes-tu? Pierre lui répondit: Oui, Seigneur, Tu sais que je T'aime. Jésus lui dit: Pais Mes agneaux. Il lui dit pour la troisième fois: Simon fils de Jean, M'aimes-tu ? Pierre fut attristé de ce qu'Il lui avait dit pour la troisième fois: M'aimes-tu? et il Lui répondit: Seigneur, Tu toutes choses ; Tu sais que je T'aime. Jésus lui dit: Pais Mes brebis.
Commentarium evangelii
Commentaire de l'évangile
Par dom Paul Delatte OSB, 3ème abbé de Solesmes (1848-1937)
Les disciples sont assis encore, émus de tout ce qui vient de se passer, recueillis. Lors de sa première rencontre avec le Seigneur ressuscité, saint Pierre avait pu solliciter déjà et obtenir son pardon. Mais enfin, il y avait eu faute publique, un vrai scandale donné à ses frères par le chef du collège apostolique ; il convenait qu'il y eût réparation, et il nous semble que le cœur de saint Pierre a dû la désirer. On aurait pu d'ailleurs se demander peut-être si, à la suite de son triple reniement, il n'avait pas encouru une déchéance. Le Seigneur prit les devants : Simon Joannis... Saint Jean donne au prince des apôtres le nom de Simon -Pierre ; le Seigneur, lui, aime, dans les circonstances solennelles, à l'appeler Simon, fils de Jean. Ce n'est plus précisément le docteur (Mt., xvi, 16), c'est le pasteur suprême que Jésus veut constituer, ou plutôt confirmer, chez saint Pierre ; et au lieu de lui demander comme auparavant une profession de foi, c'est une attestation de charité qu'il provoque, comme la condition préalable à l'exercice de sa mission.
On dirait que le Seigneur a dissimulé un piège dans sa question. Autrefois, saint Pierre, trop sûr de lui, s'était laissé entraîner à protester de la qualité supérieure de son attachement : « Alors même que tous les autres seraient scandalisés à votre sujet, moi, je ne me scandaliserai jamais ! » Il s'était élevé au-dessus de tous ; il tomba, de fait, au-dessous d'eux. La question du Seigneur est posée de façon à reconnaître si, dans l'âme de saint Pierre, il reste encore quelque trace de cette confiance personnelle : « Simon, fils de Jean, m'aimez-vous plus que ceux-ci ? » La réponse de Pierre est admirablement belle et prudente. Il écarte le piège. Il ne s'élève plus, il ne se compare plus, il n'affirme plus rien de lui-même ; il en appelle au témoignage et à la science infinie du Sauveur, et par là laisse au Sauveur le soin de répondre à sa propre question, associant ainsi la foi et la charité : « Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. » Et le Seigneur lui répond : « Paissez mes agneaux. » Une seconde fois la question est adressée : « Simon, fils de Jean, m'aimez -vous ? » les mots « plus que ceux-ci » ont disparu. Et la réponse est la même : « Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. — Paissez mes brebis. » Puis, un instant après : « Simon, fils de Jean, reprend le Seigneur, m'aimez-vous ? » La scène n'avait pas été concertée d'avance entre le Seigneur et saint Pierre, et ce ne fut sans doute qu'à la troisième demande que l'apôtre comprit le rapport secret des questions posées par son Maître avec son triple reniement. Il s'attrista, dit l'évangile, de ce que le Seigneur lui eût répété une troisième fois : « M'aimez-vous ? » et, dans sa réponse, ce n'est pas la protestation de sa tendresse qu'il accentua, mais la connaissance divine qu'en avait Jésus : « Seigneur, vous connaissez toutes choses, vous savez que je vous aime. — Paissez lïies brebis » lui fut-il répondu encore.
Nous ne pensons pas qu'il y ait lieu de donner une acception différente à l'emploi des deux verbes grecs () dans les questions et réponses. Le Seigneur interroge en se servant d'un terme, saint Pierre répond en se servant d'un autre ; dans la troisième question, le Seigneur lui-même emploie le verbe auquel saint Pierre s'est toujours tenu (). Ce sont des synonymes ; on ne conçoit pas bien, d'ailleurs, que saint Pierre ait pu répondre à côté de ce que lui demandait le Seigneur. En revanche, il convient, croyons-nous, de distinguer trois modes selon lesquels s'exerce la primauté apostolique. « Paissez mes agneaux : » les petits ont besoin qu'on leur donne la nourriture, il faut se faire humble avec eux et descendre aux soins maternels. « Guidez mes brebis : » les brebis sont arrivées, elles, à l'âge du discernement ; pourtant, il est nécessaire qu'elles soient conduites, maintenues -et ramenées dans l'unité ; ce n'est pas une société amorphe et désordonnée que le Seigneur veut créer, en ce monde. Enfin : « Paissez mes brebis » : il assurera donc la nourriture aux brebis elles-mêmes. Le troupeau entier, agneaux et brebis, fidèles et pasteurs, est confié à saint Pierre ; il est remis à son pouvoir suprême pour être, par ses soins, enseigné et guidé vers Dieu.
C'était, avec le pardon, accordé de façon très délicate, une consécration définitive de la primauté de Pierre.
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