Le monde attend que l'Eglise redevienne une société de louange

Léctio sancti Evangélii secúndum Matthǽum (16,13-23)
In illo témpore: Secéssit Iesus, in partes Tyri et Sidónis. Et ecce múlier Chananǽa a fínibus illis egréssa clamávit dicens: “ Miserére mei, Dómine, fili David! Fília mea male a dæmónio vexátur ”. Qui non respóndit ei verbum. Et accedéntes discípuli eius rogábant eum dicéntes: “ Dimítte eam, quia clamat post nos ”. Ipse autem respóndens ait: “ Non sum missus nisi ad oves, quæ periérunt domus Israel ”. At illa venit et adorávit eum dicens: “ Dómine, ádiuva me! ”. Qui respóndens ait: “ Non est bonum súmere panem filiórum et míttere catéllis ”. At illa dixit: “ Etiam, Dómine, nam et catélli edunt de micis, quæ cadunt de mensa dominórum suórum ”. Tunc respóndens Iesus ait illi: “ O múlier, magna est fides tua! Fiat tibi, sicut vis ”. Et sanáta est fília illíus ex illa hora.
En ce temps là Jésus Se retira du côté de Tyr et de Sidon. Et voici qu'une femme chananéenne, venue de ces contrées, s'écria, en Lui disant : Ayez pitié de moi, Seigneur, Fils de David ; ma fille est affreusement tourmentée par le démon. Mais Il ne lui répondit pas un mot. Et les disciples, s'approchant de Lui, Le priaient, en disant : Renvoie-la, car elle crie derrière nous. Il répondit : Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. Mais elle vint, et L'adora, en disant : Seigneur, secours-moi. Il répondit : Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens. Mais elle dit : Oui, Seigneur ; mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Alors Jésus lui répondit : O femme, ta foi est grande ; qu'il te soit fait comme tu le veux. Et sa fille fut guérie à l'heure même.
Commentarium evangelii
Commentaire de l'évangile
Par dom Paul Delatte OSB, 3ème abbé de Solesmes (1848-1937)
Commentaire par Dom Paul Delatte (1848-1937), osb, abbé de saint Pierre de Solesmes
De Bethsaïde, le Seigneur se dirige vers le nord, non plus vers Tyr et Sidon, mais cette fois vers Césarée de Philippe, au pied de l'Hermon, non loin des sources du Jourdain. L'ancienne Panéas, appelée ainsi à raison d'un sanctuaire de Pan autrefois vénéré, avait été élargie et embellie par le tétrarque de la Trachonitide, Hérode Philippe, qui lui avait donné par flatterie le nom de l'empereur. On la disait « de Philippe », pour la distinguer de l'autre Césarée qui est sur la Méditerranée et que nous connaissons par les Actes et la première captivité de saint Paul, Le Seigneur se trouvait aussi loin que possible des pharisiens, des hérodiens, même des Galiléens grossiers ; il était seul avec les siens, parmi des populations qui l'ignoraient encore ; ils allaient de village en village {in castella Caesareae, dit saint Marc). Or, un jour qu'ils cheminaient ainsi, eut lieu l'entretien que rapportent les trois synoptiques ; il est d'une portée vraiment infinie, car il inaugure une période très solennelle de la vie du Seigneur ; c'est, d'une façon prochaine, la préparation de l'Église. La région est limitrophe entre Juifs et gentils : n'est-ce pas là qu'il est opportun de jeter les fondements d'une société qui doit contenir les uns et les autres ?
Saint Luc, toujours attentif à noter la prière spéciale du Seigneur en chacune des circonstances graves de sa vie, fait remarquer qu'il s'entretenait avec son Père, marchant probablement à quelque distance devant les disciples ; ceux-ci le rejoignirent, et il se mit à les interroger : « Qu'est-ce que les hommes disent de moi? Qui suis-je à leurs yeux, moi, le Fils de l'homme ? Quem dicunt homines esse Filium hominis ? » La couleur personnelle que prend ici la conversation du Seigneur a, chez les synoptiques, un caractère assez inattendu. Alors, en effet, que dans l'évangile de saint Jean le Seigneur parle beaucoup de sa personne et de sa médiation entre l'homme et son Père, les synoptiques semblent préoccupés surtout du Royaume céleste, dont Jésus est le héraut, et des conditions requises pour appartenir à ce Royaume. La question du Seigneur ne suppose chez lui aucune ignorance ; elle n'implique pas davantage un souci quelconque des dires du monde : elle veut simplement provoquer la profession de foi des apôtres. C'est une méthode aimable. Au lieu de procéder par la voie d’un enseignement formel, il préfère recueillir des lèvres de ses diseiples l'afRrmation spontanée de ce qu'il est. Il a tout préparé par sa vie, par sa charité, par sa doctrine, par ses miracles ; et il nous dira à l'instant le rôle du Père dans cette initiation surnaturelle ; mais il veut trouver dans la foi apostolique et dans sa libre expression comme une indemnité, une douce compensation pour l'incrédulité des Galiléens et des Juifs.
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