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Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 70 - UT NON PRÆSUMAT PASSIM ALIQUIS CÆDERE 70 - NUL NE SE PERMETTRA DE FRAPPER QUI QUE CE SOIT
Vitetur in monasterio omnis præsumptionis occasio; atque constituimus ut nulli liceat quemquam fratrum suorum excommunicare aut cædere, nisi cui potestas ab abbate data fuerit. Peccantes autem coram omnibus arguantur ut ceteri metum habeant. Infantum vero usque quindecim annorum ætates disciplinæ diligentia ab omnibus et custodia sit; sed et hoc cum omni mensura et ratione. Nam in fortiori ætate qui præsumit aliquatenus sine præcepto abbatis vel in ipsis infantibus sine discretione exarserit, disciplinæ regulari subiaceat, quia scriptum est : Quod tibi non vis fieri, alio ne feceris. TOUTE MANIFESTATION de présomption est interdite au monastère et nous établissons que nul n’a le droit d’exclure ou de frapper l’un de ses frères, sauf celui qui en a reçu pouvoir de l’abbé. « Ceux qui commettent des fautes seront repris devant tous, afin que les autres en aient de la crainte. » Pour les enfants jusqu’à l’âge de quinze ans, le soin de leur correction et leur surveillance seront assurés par tous, mais cela même se fera en toute mesure et raisonnablement. Quiconque se permet quoi que ce soit contre de plus âgés sans l’ordre de l’abbé ou sévit sans discrétion contre des enfants subira les sanctions de règle, car il est écrit : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse. »
Dans le chapitre précédent, N. B. Père nous a mis en garde contre l’égoïsme se traduisant par des sympathies irrégulières, mais colorées des apparences de la charité ; il dénonce maintenant l’égoïsme des antipathies, celui qui se traduit par des corrections, irrégulières aussi, mais colorées des apparences du zèle. Car il s’agit seulement ici de ceux qui prétendraient infliger des châtiments soi-disant réguliers, et non pas de tous ceux, indistinctement, qui se laisseraient aller à des violences contre leurs frère.

Ut vitetur in monasterio omnis praesumptionis occasio ordinamus atque constituimus ut nulli liceat quemquam fratrum suorum excommunicare aut exdere, nisi cui potestas ab abbate data fuerit Pec cantes autem coram omnibus arguantur, ut ceteri metum habeant
Toute manifestation de présomption, est interdite au monastère et nous établissons que nul n’a le droit d’exclure ou de frapper l’un de ses frères, sauf celui qui en a reçu pouvoir de. l’abbé. “ Ceux qui commettent des fautes seront repris devant tous, afin. que les autres en aient de la crainte. ”


L’autorité ne se présume pas. Il est illicite et très imprudent d’exercer, sans compétence aucune, un pouvoir aussi délicat que celui ,die la correction. Nul moine ne devra donc, de son propre mouvement et s’il n’en a reçu de l’Abbé l’obédience formelle, infliger à qui que ce soit la peine de l’excommunication ou des verges, et, dans l’explosion “ d’un zèle amer ”, tomber sur tout délinquant. Il faut croire qu’à l’époque de saint Benoît de tels abus pouvaient se rencontrer. Aujourd’hui encore, certains tempéraments semblent prédisposés au métier d’inquisiteur ou de redresseur de torts. Mercuriales, dénonciations, bourrades, excommunications pratiques par suppression des relations affectueuses’ ; tous ces procédés se justifient à leurs yeux, lorsqu’il s’agit de faire respecter la Règle ou simplement des coutumes d’assez médiocre importance, et qui peut-être intéressent leur vanité. “ Mais tel abus n’est-il pas criant ? . Qui vous oblige à y être attentif ? Votre responsabilité est-elle engagée ? Pourquoi ce besoin maladif d’intervenir dans les affaires d’autrui ? Pensez à vous. Priez seulement pour ce frère qui vous agace ou vous scandalise. Donnez-lui à l’occasion un bon conseil et surtout le bon exemple. Avertissez qui de droit. Regardez du côté de Dieu : il est d’expérience .qu’à mesure qu’elles s’approchent de lui, les âmes se trempent de miséricorde. Il est reconnu aussi que les plus intolérants et les plus malavisés des censeurs sont les hommes sans mission, dépourvus de la grâce d’état et n’agissant que selon leur caractère ou leur impression du moment. Car le premier danger de ces corrections intempestives est de frapper trop fort. Le second est de n’aboutir à rien. On s’improvise moins encore médecin des âmes que médecin des corps . Mais N. B. Père n’envisage explicitement, dans son texte, que le péril de superbe, de témérité orgueilleuse : Ut vitetur in monasterio omnis praesumptionis occasio. Distribuer ainsi, sans mandat et à tout propos, étourdiment (passim, porte le titre), les châtiments réguliers de l’excommunication et des verges, c’est se donner une importance singulière ; c’est se substituer pratiquement à l’autorité légitime et peut-être même, dans un dessein d’ambition, se créer la réputation d’un homme fervent et résolu .
Peccantes autem... Matériellement, c’est une citation de saint Paul :
Peccantes coram omnibus argue, ut et caeteri metum habeant (I TIM., V, 20) ; mais quelle est exactement la pensée de N. B. Père et par quel lien cette remarque se rattache-t-elle au contexte ? On a fourni des explications diverses : “ Ceux qui pèchent contre les dispositions précédentes seront corrigés publiquement. ” Le sous-entendu est commode : mais comment se fait-il que saint Benoît, omettant ces quelques mots si importante pour la clarté de la phrase, ait dit d’une manière absolue et sans relation formelle avec ce qui précède : peccantes ? Aussi bien, saint Benoît spécifiera dans un instant le châtiment qu’il réserve aux correcteurs sans mandat : les degrés de la discipline régulière ; et la discipline régulière implique autre chose qu’une correction publique. “ Ceux qui commettent une faute seront repris publiquement. ” Aussi générale, la décision n’est-elle pas tout à la fois en désaccord, avec la Règle elle-même, qui prescrit ailleurs des avertissements secrets ; et avec la morale, puisque traduire toute faute quelle qu’elle soit, devant la communauté entière
peut ressembler à une véritable diffamation ? - Le sens est plutôt celui-ci : les transgressions d’un caractère public et scandaleux (peccantes coram omnibus) ne peuvent demeurer sans châtiment ; il faudra que quelqu’un d’autorisé corrige de pareilles fautes avec énergie, en public au besoin, et de façon à effrayer les turbulents .

Infantibus vero usque ad quintum decimum annum aetatis diligentia sit et eustodia adhibeatur ab omnibus ; sed et hoc cum omni mensura et ratione.
Pour les enfants jusqu’à l’âge de, disciplina ; quinze ans, le soin de leur correction et leur surveillance seront assurés par tous, mais cela même se fera en toute mesure et raisonnablement.


En stipulant que nul ne peut usurper le droit de punir ses frères, saint Benoît n’a pas voulu rapporter les dispositions que nous avons rencontrées déjà et qui soumettent les enfants de moins de quinze ans à la surveillance et à la correction de tous leurs aînés d’âge, quels qu’ils soient. Les enfants vivaient mêlés aux anciens, ils suivaient avec eux la plupart des exercices et étaient formés par les soins de tous. “ Cette manière d’élever les jeunes gens valait peut-être bien celle qui a été en usage depuis, dit D. Calmet. On a l’expérience que des enfants qu’on élève dans l’habitude de penser et de parler sérieusement, sont capables d’acquérir de fort bonne heure une grande maturité et une sagesse rare, et qu’on ne trouve point dans les enfants nourris parmi des personnes dissipées ou avec d’autres enfants. ” Mais N. B. Père a prévu le danger. Lorsqu’un ancien, de mœurs rudes et quelque peu barbares encore, prenait en grippe ces petits enfants qui étaient espiègles et qui avaient aussi le tort d’être ses aînés de profession, il distribuait peut-être les sévices sans beaucoup de réserve. Il est difficile de raisonner avec les enfants, et saint Benoît n’ignorait pas que la première éducation se fait autrement que par voie d’intelligence : il demande pourtant que la correction soit exercée en toute mesure et sagesse.

Nam in fortiori astate qui praesumpserit aliquatenus sine praecepto abbatis, ver in ipsis infantibus sine discretione exarserit, disciplinas regulari subjaceat, quia scriptum est Quod tibi non vis fieri, alii ne feceris
Quiconque se permet quoi que ce soit contre de plus âgés sans l’ordre de l’abbé ou sévit sans discrétion contre des enfants subira les sanctions de : règle, car il est écrit : “ Ne fais pas à. autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse.

Saint Benoît se résume et conclut. Celui qui aura la témérité de sévir, en quelque manière que ce soit, sans l’ordre de l’Abbé, contre des frères adultes, ou indiscrètement contre des enfants : celui-là sera soumis à la discipline régulière ; il expérimentera ses dépens et pour son amendement futur la sagesse du conseil divin : Ne faites pas à autrui ce que vous ne voulez pas qu’on vous fasse à vous-même .
Les prescriptions de ce chapitre s’adressent premièrement à ceux qui n’ont aucune autorité pour châtier leurs frères ; elles concernent même tous ceux que le code pénal monastique, la coutume légitime ou bien une délégation spéciale investissent du droit ordinaire ou extraordinaire de correction, lorsqu’ils dépassent les bornes de ce qui leur est permis par la Règle et par la prudence. D’une manière générale, toute correction doit réaliser les trois conditions suivantes : la compétence, une cause juste et assez considérable, une proportion entre le châtiment et la faute qui le détermine. Le résultat de la correction sera bien compromis si l’on s’aperçoit que nous cédons à des impatiences, à des antipathies naturelles, aux poussées d’un tempérament irritable : réservons notre antipathie pour nos propres défauts.
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