Evangile commenté du vendredi 19 janvier 2018 -

Hebdomada II per annum IIème semaine dans l'année
Feria VI Vendredi
Evangelium Evangile
Marcus (3,13-19)
In illo tempore: Ascéndit Iésus in montem et vocat ad se, quos vóluit ipse, et venérunt ad eum. Et fecit Duódecim, ut essent cum illo, et ut mítteret eos praedicáre habéntes potestátem eiciéndi daemónia: et impósuit Simóni nomen Petrum; et Iacóbum Zebedǽi et Ioánnem fratrem Iacóbi, et impósuit eis nómina Boanérges, quod est Fílii tonítrui; et Andréam et Philíppum et Bartholomǽum et Matthǽum et Thomam et Iacóbum Alphǽi et Thaddǽum et Simónem Chananǽum et Iúdam Iscárioth, qui et trádidit illum. En ce temps là : Jésus monta sur une montagne, et Il appela à Lui ceux que Lui-même voulut ; et ils vinrent auprès de Lui. Il en établit douze, pour les avoir avec Lui et pour les envoyer prêcher. Et Il leur donna le pouvoir de guérir les maladies et de chasser les démons. C’étaient : Simon, auquel Il donna le nom de Pierre ; Jacques, fils de Zébédée, et Jean, frère de Jacques, qu’Il nomma Boanergès, c’est-à-dire, Fils du tonnerre ; André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques fils d’Alphée, Thaddée, Simon le Cananéen, et Judas Iscariote qui Le trahit.
Verbum Domini. R/. Laus tibi, Christe.Parole du Seigneur. R/. Louange à Toi, ô Christ.


Commentaire par Dom Paul Delatte (1848-1937), osb, abbé de saint Pierre de Solesmes
Il était naturel que le docteur du Royaume de Dieu se choisît des disciples. En Israël, une école se formait spontanément autour de ceux qui apparaissaient comme envoyés de Dieu. Il y avait des « fils du prophète » autour de Samuel, d'Élie et d'Elisée. Lorsque saint Jean-Baptiste était apparu, il avait eu, lui aussi, ses disciples, à qui il enseignait la prière (Lc, xi, 1). Les choses ne se passèrent pas autrement pour le Seigneur. Dès la première heure, il a des disciples ; quelques-uns ont été l'objet d'un appel particulier, l'accompagnent plus assidûment, sont les témoins plus intimes de sa vie, poursuivent à ses côtés leur noviciat. Jusque-là, ils ne sont encore que des disciples privilégiés. Encore une fois, dans le fait de leur vocation première et de leur groupement autour du Seigneur, il n'y a rien qui les distingue absolument. Mais là où le Seigneur sort de l'ordinaire, c'est lorsqu'il fait de ces disciples des apôtres : quos et apostolos nominavit, lorsqu'il les envoie prêcher en son nom l'évangile du Royaume, lorsqu'il leur donne l'investiture de son pouvoir miraculeux. Ceci était bien une innovation. Les philosophes n'avaient jamais eu la prétention de porter la vérité au monde ; la Synagogue ellemême était peu expansive.
« En ces jours-là », dit saint Luc, peu de temps après les guérisons qui viennent d'être racontées, et alors que le Seigneur était poursuivi par ces foules à qui, seul, il ne pouvait suffire, eut lieu l'institution solennelle des apôtres. Un soir, Jésus se retira « sur la montagne », là où infirmes et malades ne le suivraient pas. Et il passa toute la nuit dans la prière et l'entretien avec Dieu, songeant à nous tous et à son Église. Tout est sorti de cette prière. C'est d'elle que sont nés les apôtres, les martyrs, les pontifes, les confesseurs, les vierges, tous les saints : elle est le point de départ de l'effusion, à travers le monde, de la vie surnaturelle. Si le Seigneur se fût borné à enseigner et à faire des miracles, il n'eût été qu'un éblouissant météore, laissant la Palestine plongée, après son rapide passage, dans une obscurité et une détresse plus profondes qu'auparavant. Mais voici qu'il va poser les fondements d'une société durable et continue. Le jour venu, il appela près de lui tous ses disciples, et, sur leur nombre, il en choisit douze, qu'il nomma apôtres, c'est-à-dire ses ambassadeurs, ses envoyés authentiques. Il désigna ceux qu'il voulut, note saint Marc, afin de souligner l'absolue gratuité et l'indépendance de cet appel ; et ils vinrent à lui, ajoute-t-il, pour marquer une fois de plus leur entière docilité. Ils sont au nombre de douze, comme les douze chefs des tribus nouvelles, les douze patriarches de l'Israël de Dieu. Vocavit discipulos sivos, — ut essent cum illo : ils seront avec lui, ils seront formés par lui, investis de son autorité et vraiment siens. On nous décrira plus loin les détails de leur mission : mais dès maintenant le Seigneur songe à les envoyer prêcher ; et il Ieur donne pouvoir de chasser en son nom les esprits impurs, de guérir toute infirmité et toute maladie : ce pouvoir divin les accréditera auprès des Juifs.
Suivent les noms des douze apôtres. Ils ont été recensés quatre fois dans le Nouveau Testament : par chacun des synoptiques et par le livre des Actes (i, 13). Ils sont répartis en trois groupes de quatre personnes ; et les chefs de ces groupes sont partout les mêmes : Pierre, Philippe, Jacques d’Alphée. Toujours saint Pierre est le premier, alors même, comme dans les Actes et dans saint Marc, que son nom est séparé de celui d'André. Toujours aussi Judas est le dernier, avec, chez les synoptiques, la note infamante de traître. Dans chaque groupe, les noms sont les mêmes que ceux du groupe parallèle des autres écrivains sacrés, mais l’ordre dans lequel ils sont énumérés est, sauf pour le premier nom, un peu différent. Il semble qu'on ait voulu, dans cette nomenclature des apôtres, respecter autant que possible l'ordre de leur vocation ; saint Jean et saint André ont été appelés les premiers, et c'est par son frère André que Simon a été conduit au Seigneur. La liste s'ouvre donc par les noms de Simon et d'André, fils de Jean ou Jonas, et par ceux de Jacques et de Jean, fils de Zébédée et de Salomé, sœur ou belle-sœur de la Sainte Vierge (cf. Mc,xv, 40 ; Mt., xxvii, 56). Simon reçoit définitivement un nom nouveau, expressif de cette création nouvelle : Pierre, Kephas ; il lui avait été promis dès la première heure (Jo., I, 42) ; il lui sera exphqué plus tard (Mt., xvi, 18). Jacques et Jean sont nommés Boanerges, c'est-à-dire fils du tonnerre : sans doute à cause de l'ardeur de leur parole et de leur zèle impétueux ; nous verrons avec quelle prompte facilité ils appelaient le feu du ciel sur les villes qui refusaient de les recevoir (cf. Mc, ix, 37-38 ; X, 37 ; Lc,ix, 54).
Le deuxième groupe est formé par Philppe, Barthélémy (Nathanaël), Thomas et Mattlhieu (Lévi). Le troisième a pour chef Jacques le Mineur, fils d'Alphée ou Cléophas, Un frère de saint Joseph, qui avait épousé Marie, Maria Cleophae (Jo., xix, 25). Après Jacques le Mineur, vient Thaddée, appelé aussi Lebbée, ou Judas, ou Jude, Judam Jacobi, frère de Jacques ou fils d'un autre Jacques. Puis Simon, appelé le Cananéen, c'est-à-dire le Zélote, afin de le distinguer de Simon Pierre. Enfin Judas, l'homme de Charioth, en Judée, celui qui livra le Seigneur : c'est le seul, semble-t-il, qui ne soit pas Galiléen. Tels sont les chefs du nouvel Israël : telles sont, Judas exclu, les assises de la cité de Dieu : « Et le mur de la ville avait douze fondements, sur lesquels étaient gravés les noms des douze apôtres de l'Agneau » (Apoc, XXI, 14).