Evangile commenté du samedi 14 avril 2018

Hebdomada II Paschae IIème semaine de Pâques
Sabbato Sabbato
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secúndum loánnem (6,16-21)
Ut sero factum est, descendérunt discípuli Iesu ad mare et, cum ascendíssent navem, veniébant trans mare in Caphárnaum. Et ténebræ iam factæ erant, et nondum vénerat ad eos Iésus. Mare autem, vento magno flante, exsurgébat. Cum remigássent ergo quasi stádia vigínti quinque aut trigínta, vident Iésum ambulántem super mare et próximum navi fíeri, et timuérunt. Ille autem dicit eis: “Ego sum, nolíte timére!” Volébant ergo accípere eum in navem, et statim fuit navis ad terram, in quam ibant.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.
Pendant sa prédication de la journée, le Seigneur, nous a dit saint Luc (ix, 11), avait parlé aux foules « du Royaume de Dieu » : à la vue du miracle éclatant qu'il venait d'accomplir en leur faveur, elles conçurent tout naturellement le dessein de donner un roi à ce Royaume : « Sûrement, se disaient-elles, cet homme-là est le prophète qui doit venir dans le monde. » N'avait-on pas cultivé dans la pensée des Juifs l'attente d'un Messie glorieux, conquérant, qui étendrait à l'infini le royaume de David ? Le peuple était tout disposé à hâter la réalisation de ce programme et à proclamer Jésus son roi. On se délivrerait ainsi et des Romains et de cette race iduméenne qui avait usurpé le trône, et, naguère, mis à mort Jean-Baptiste. Mais le Seigneur se dérobe.
En revanche, peut-être les apôtres s'étaient-ils laissés gagner par l'enthousiasme populaire ; il n'est pas téméraire de le penser, puisque, le jour même de l'Ascension, nous les entendons demander au Seigneur si l'heure est venue enfin où il doit restaurer le royaume d'Israël (Act., i, 6). Quoi qu'il en soit, après la multiplication des pains, ils ne paraissent pas consentir sans peine à quitter ce lieu maintenant consacré, à clôturer si prématurément leur retraite, à se séparer, même un instant, de leur Maître. Il fallut que le Seigneur insistât. Car les termes dont se servent saint Matthieu et saint Marc sont formels : statim, compulit, coegit : Sur-le-champs, il les obligea, il les contraignit à monter dans la barque et à le devancer de l'autre côté du lac, vers la Bethsaïde voisine de Capharnaum, tandis que lui-même congédierait la foule. Seul, il avait assez d'autorité pour tenir en échec le dessein de cette multitude exaltée et pour la calmer doucement. Il réussit sans trop de peine, semble-t-il, à lui faire entendre raison. Et tandis qu'elle se dispersait, par petits groupes, le Seigneur gagna rapidement la montagne, quelque sommet solitaire, pour y prier. Il y monta de nouveau, et seul, dit saint Jean, qui se souvient d'avoir écrit au verset 3 : Sumit in montem Jesus, et ibi sedeat cum discipulis suis. Les entretiens avec la foule et le service du relais miraculeux avaient entraîné jusqu'au pied de la colline et dans la plaine le Seigneur et les Douze.
Cependant, à la nuit tombante, les apôtres avaient gagné le rivage et repris la mer. Le Seigneur devait les rejoindre par la voie de terre, dans la région de Capharnaiim, selon saint Jean, de Bethsaïde, selon saint Marc : ce qui est tout un, puisque Bethsaïde servait d'entrepôt à Capharnaum. Sur la montagne silencieuse, le Seigneur pria, songeant sans doute à son œuvre du lendemain. Mais sur la mer la nuit était rude. Un grand vent s'était élevé, qui soulevait les flots, secouait fortement la barque et la poussait, non point dans la direction de Capharnaüm ou de Bethsaïde, mais vers le milieu du lac. Pendant des heures, avec vent contraire, les apôtres avaient fait force de rames, couvrant une distance de vingt-cinq ou trente stades (le stade équivaut à 180 mètres environ). Malgré leur longue habitude du travail et des luttes contre la mer, ils se sentaient pris de lassitude. Était-ce là le repos qu'on leur avait promis ? et le Seigneur n'était point avec eux : Et non venerat ad eos Jésus ! Du haut de la colline, à travers la nuit claire, Jésus, pourtant, sa prière terminée, les contemplait. Et vers la quatrième veille, vers trois heures du matin, il descendit dans leur direction, marchant sur les eaux. A distance, il semblait vouloir les rejoindre, et une fois proche, les gagner de vitesse, les dépasser. Mais eux, fatigués de corps et d'âme, voyant cette forme glisser sur la mer, dans la demi obscurité, ne reconnurent point le Seigneur. « Un fantôme ! » s'écrièrent-ils, saisis de terreur. Et ce n'était point l'hallucination d'un seul : tous le voyaient, là, tout près d'eux : omnes enim eum vidérunt et conturbáti sunt.
Aussitôt, Jésus les interpelle : Rassurez-vous ! Non, ce n'est pas un fantôme, ni le fantôme de votre Maître. C'est moi ; ne craignez pas ! — Ici, s'intercale un incident relatif à saint Pierre et rapporté seulement par saint Matthieu. Il trahit bien la spontanéité de Simon-Pierre, son tempérament ardent, affectueux, mêlé d'une part de faiblesse et de témérité. Tout entier à sa joie d'avoir reconnu la voix du Seigneur, désireux peut-être aussi d'arriver à lui le premier, il adresse à Jésus une demande audacieuse et peu réfléchie. Sa question n'implique aucun doute, et nous ne devons pas nous arrêter à la formule conditionnelle dont il se sert : Domine, si tu es; traduisons-la : « Seigneur, puisque c'est vous. » Et, en effet, l’ordre donné par le Seigneur de venir jusqu'à lui n'eût pas été un procédé de discernement, une démonstration de son identité : Un fantôme peut donner un ordre imprudent. Mais une demande comme celle de Pierre était un témoignage primesautier de sa foi : « Ordonnez-moi, permettez-moi d'aller vers vous sur les eaux. » — « Venez ! » lui dit le Seigneur. Et Pierre descendit de la barque... On voit le geste : Pierre, un pied sur le bateau et l'autre sur la mer. Pour commencer, tout alla bien : l'Apôtre marchait réellement sur les vagues, dans la direction du Seigneur. Soudain, un coup de vent, — qu'il n'eût jamais même ressenti, si, dans son cœur, ne s'était glissée quelque disposition imparfaite. L'apôtre est déjà moins assuré, dans la mesure où il oublie le Seigneur pour songer à lui-même, fortement secoué par le vent, il perd pied et, aussi prompt à trembler qu'il a été empressé à s'offrir pour marcher sur les eaux, il crie au secours : « Seigneur ! sauvez-moi ! »
C’est l'éducation du Prince des apôtres qui se poursuit ainsi. Il aime, il a de la foi, mais une part de présomption aussi. Avec l'enthousiasme de sa nature, il se persuade à tort que l'ardeur de sa foi lui suffit et qu'elle suffit à tout. Il ne sait pas encore assez que toute notre force est dans le Seigneur. Mais Jésus, qui lui ménage d'ailleurs d'autres expériences, jugea inopportun de lui adresser, sur l'heure une longue exhortation. Il fit beaucoup mieux : aussitôt il étendit la main et le saisit. La force de cette main le maintint sur l'eau ; tandis que le Seigneur se bornait à lui dire : « Homme de peu de foi, de peu de confiance, pourquoi avez vous hésité ? » Tous deux, le Seigneur et Pierre, celui-ci peut-être un peu confus, remontèrent dans la barque. Le vent tomba à l'instant même : ce qui témoignait d'une nouvelle intervention divine. Alors, tous s'empressent autour de Jésus ; prosternés à ses pieds, ils confessent sa puissance surhumaine et lui disent : « Vous êtes véritablement le Fils de Dieu. » Il ne semble pas cependant qu'ils aient compris dès lors tout ce que de tels prodiges révélaient sur la personne de leur auteur, sur ses desseins, sur le vrai caractère de sa mission ; le miracle de la multiplication des pains, notamment, où l'on pouvait reconnaître le pouvoir créateur lui-même, demeurait pour eux enveloppé de mystère. Cet état d'âme des apôtres est exprimé en termes très précis par saint Marc : « Ils étaient, dit-il, étonnés en eux-mêmes au delà de toute mesure : car ils n'avaient pas compris au sujet des pains, mais leur cœur était encore endurci. » Lorsque le Seigneur eut pris place dans la barque, ils arrivèrent aussitôt, dit saint Jean, c'est-à-dire en fort peu de temps, au point où ils voulaient aborder.
Les textes français proposés ont pour seul but une meilleure compréhension des textes latins. Ils ne doivent pas être utilisés dans la liturgie en Français.
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