Evangile commenté du vendredi 4 mai 2018 -

Hebdomada V Paschae Vème semaine de Pâques
Feria VI Vendredi
Evangelium Evangile
Io (15,12-17)
In illo tempore: Dixit Iesus discipulis suis: Hoc est praecéptum meum, ut diligátis ínvicem, sicut diléxi vos; maiórem hac dilectiónem nemo habet, ut ánimam suam quis ponat pro amícis suis. Vos amíci mei estis, si fecéritis, quae ego praecípio vobis. Iam non dico vos servos, quia servus nescit quid facit dóminus eíus; vos autem dixi amícos, quia ómnia, quae audívi a Patre meo, nota feci vobis. Non vos me elegístis, sed ego elégi vos et pósui vos, ut vos eátis et fructum afferátis, et fructus vester máneat, ut quodcúmque petiéritis Patrem in nómine meo, det vobis. Haec mando vobis, ut diligátis ínvicem. En ce temps là Jésus dit à Ses disciples : Ceci est Mon commandement: que vous vous aimiez les uns les autres, comme Je vous ai aimés. Personne ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Vous êtes Mes amis, si vous faites ce que Je vous commande. Je ne vous appellerai plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître; mais Je vous ai appelés amis, parce que tout ce que J'ai appris de Mon Père, Je vous l'ai fait connaître. Ce n'est pas vous qui M'avez choisi, mais c'est Moi qui vous ai choisis, et Je vous ai établis afin que vous alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure; afin que tout ce que vous demanderez au Père en Mon nom, Il vous le donne. Ce que Je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres.
Verbum Domini. R/. Laus tibi, Christe.Parole du Seigneur. R/. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.
C'est donc une charte d'unité universelle qui nous est octroyée par le Seigneur. Nous avons vu la révolution accomplie dans nos relations avec le Père, avec le Fils : quelles seront désormais, et à raison de ce même changement profond, nos relations avec le prochain? Un instant auparavant le Seigneur nous a parlé de ses volontés et de ses préceptes ; mais cette multiplicité et cette variété, il semble maintenant les ramener à un seul précepte, le sien : la charité. Mon commandement, c'est que vous vous aimiez les uns les autres. Vous aimerez : c'est mieux que la froide justice ; c'est plus clair que les prohibitions. Les dix commandements ne sont que les morcellements ou les épanouissements de la charité. Tout est simplifié et facilité : un seul précepte à accomplir, et qui ruine en nous les formes diverses de l’égoïsme. Dès lors, se réalise dans toute son étendue la seule volonté de Dieu ; c'est vraiment le règne de Dieu sur la terre.
Et dans l'accomplissement de ce précepte, il nous est enjoint d'aller jusqu'à la perfection : nous nous aimerons comme le Seigneur nous a aimés. Cela est possible, parce que nous sommes dans le Seigneur. C'est avec son cœur, sa pensée, son intention, c'est avec sa gravité, sa longanimité que nous aimerons. Et, comme lui, nous aimerons « jusqu'à la fin » : l'indice de la perfection dans la charité sera de donner notre vie pour ceux vers qui elle s'incline, amis ou ennemis. « Personne, dit Jésus, ne peut porter l'amour plus loin que de donner sa vie pour ceux qu'il aime. » Le Seigneur ne fait pas allusion seulement à l'héroïsme du sacrifice qu'il accomplira dans quelques heures, ni au dévouement du martyre, ni à l'exercice d'une dilection allant jusqu'à la mort : mais il envisage aussi l'appartenance constante et douce à la loi de la charité. Car c'est vraiment donner sa vie que de la consacrer toute au prochain..
Vous êtes mes amis, vous demeurez enveloppés de ma tendresse, si vous accomplissez ce que je vous commande, si vous aimez vos frères. C'est le Nouveau Testament qui commence. Dorénavant, on ne vous appellera plus serviteurs ou esclaves (Gai., iv, 7 ; Rom., VIII, 15). Le serviteur fait partie de la famille, selon la conception antique, mais il n'est pas initié à ses secrets. Il ne prend aucune part aux délibérations, il n'est pas de l'intimité ; il travaille à l'exécution d'une pensée qu'il ne connaît pas. Le secret de la vie de Dieu, la Trinité, l'universalité du plan divin, les choses de l'éternité, tout cela n'a pas été manifesté au serviteur, au Juif. Mais les enfants, les aimés, les aimants, sont renseignés, eux. Vers eux s'incline le cœur du Père, et le Fils ne leur a laissé ignorer rien de ce qu'il a mission de dire. « Je vous ai appelés des amis, parce que tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître. »
Habituellement, I’homme choisit son maître et se range à la discipline et à la doctrine de celui qu'il préfère. Il en va autrement ici. C'est l'amour de Dieu qui est premier. Comme tel, c'est lui encore qui assure la fermeté de son choix. Ce n'est pas vous, poursuit le Seigneur, qui m'avez choisi : c'est moi qui vous ai élus comme amis, comme disciples, comme apôtres ; moi qui vous ai établis et envoyés pour que vous alliez de vertu en vertu, pour que vous produisiez du fruit, un fruit qui demeure éternellement. « Ainsi, tout ce que vous solliciterez de mon Père, en mon nom, il vous l'accordera. » Peut-être faut-il voir dans le verset 16 une garantie de cette charité fraternelle dont il a été parlé depuis le verset 12 : les disciples sont, en groupe, les amis du Seigneur ; ils ont été, ensemble, choisis par lui ; ils aimeront, en chacun, l'élection de Dieu ; leur vertu croîtra dans leur charité ; et l'efficacité d'une prière adressée à Dieu, d'un seul cœur et d'une seule âme, en unité avec le Fils de Dieu, sera souveraine. Aussi le Seigneur revient-il, sous forme de conclusion, au précepte de la charité fraternelle : ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres.