Evangile commenté du mardi 28 août 2018 - St Augustin, évêque et docteur de l'Église

Hebdomada XXI per annum XXIème semaine dans l'année
Feria III Mardi
S. Augustini, episcopi et Ecclesiae doctoris St Augustin, évêque et docteur de l'Église
Memoria Mémoire
Evangelium Evangile
Léctio sancti Evangélii secúndum Matthaéum (23,8-12)
In illo tempore: Dixit Iesus ad discipulos suos: Vos nolíte vocári Rabbi; unus enim est Magíster vester, omnes autem vos fratres estis. Et Patrem nolíte vocáre vobis super terram, unus enim est Pater vester, caeléstis. Nec vocémini Magístri, quia Magíster vester unus est, Christus. Qui maíor est vestrum, erit miníster vester. Qui autem se exaltáverit, humiliábitur; et, qui se humiliáverit, exaltábitur. En ce temps là : Jésus dit à Ses disciples : Mais vous, ne vous faites point appeler Rabbi, car vous n’avez qu’un seul Maître, et vous êtes tous frères. Et ne donnez à personne sur la terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père qui est dans les Cieux. Et qu’on ne vous appelle point maîtres, car vous n’avez qu’un seul Maître, le Christ. Celui qui est le plus grand parmi vous, sera votre serviteur. Quiconque s’élèvera, sera humilié, et quiconque s’humiliera, sera élevé.
Verbum Domini. R/. Laus tibi, Christe.Parole du Seigneur. R/. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.
L'attitude des scribes fournit au Seigneur une occasion nouvelle de mettre en garde ses disciples et tout le peuple contre des esprits dangereux et qui se dérobent à leur mission. Selon saint Marc et saint Luc, il le fait en peu de paroles et ne vise directement que les scribes. Saint Matthieu est beaucoup plus étendu ; il ajoute des traits et des invectives qui s'adressent non seulement aux docteurs, mais encore aux pharisiens en général. Plusieurs indices permettent de supposer que cet évangéliste, fidèle à son procédé bien connu, a groupé ensemble des paroles prononcées en des circonstances variées. Nous avons déjà rencontré chez saint Luc (xi, 39-52) des textes identiques ; le lecteur peut s'y reporter.
En dépit de l'austérité de son langage, le Seigneur ne donne pas encore congé définitif à la Synagogue ; l'éviction se fait avec mesure. Il reconnaît une situation de fait : les scribes et les pharisiens ont occupé les chaires de Moïse : c'est-à-dire qu'ils sont devenus les successeurs de Moïse, les interprètes autorisés de la loi religieuse. Mais il y a un départ à accomplir entre leur mission et leur vie. Tout ce qu'ils vous enseignent au nom de Dieu et légitimement, faites -le, dit Jésus, observez-le ; mais abstenez-vous d'imiter leur conduite. Le Seigneur a déjà dénoncé, dans le Discours sur la montagne, l'insuffisance des dispositions pharisiennes, lorsqu'il a déclaré que c'était trop peu, pour appartenir à son Royaume, de la justice telle que l'entendaient les maîtres actuels d'Israël : il enchérissait alors sur les prescriptions formulées par la Synagogue. Aujourd'hui, il dénonce avec plus d'énergie l'indignité de ceux qui représentent la Loi : ils disent et ne font pas. Leur vie est mensonge. Ils sont devenus un péril et un objet de scandale pour les âmes. Gardez-vous de les suivre en tout, prenez vos sûretés contre eux : cavete a scribis (cf. Mt., XVI, 6 ; Lc,xii, 1 ; Mal., ii, 7-8).
Par leur ritualisme mesquin, leurs gloses ridicules, leurs prétendues traditions (Mt., xv, 3 sq.), les scribes ont multiplié à l'excès les difficultés, les prohibitions, les prescriptions menues : tout cela, ils l'ont rassemblé peu à peu en un réseau gênant, en un fardeau intolérable, qu'ils ont jeté sur les épaules des hommes. Qui donc parvient à le porter dans son intégrité ? demandait saint Pierre : Nunc ergo quid tenuatis Deum, imponere jugum super cervices discipulorum, quod neque patres nostri neque nos portare potuimus (Act., xv, 10). Quant aux docteurs, ils ne consentent même pas à le remuer du doigt. Ce qui peut s'entendre de deux manières : ou bien, les pharisiens s'étant rendu compte qu'un tel fardeau est au-dessus des forces humaines, l'idée ne leur est jamais venue de l'alléger, d'y retrancher quoi que ce soit ; ou bien encore et plutôt : tout en affectant de se montrer scrupuleux observateurs de la Loi, ils ne s'astreignent à rien de ce qui contrarierait leurs habitudes et leurs passions. L'observance pharisaïque n'a rien qui soit salutaire et spirituel (Rom., II, 17-24).
Toutes les bonnes œuvres de ces docteurs infidèles sont inspirées par le désir de paraître, de provoquer les applaudissements ; par le souci misérable de l'effet produit sur autrui, comme s'ils étaient des acteurs et que la vie fût une scène de théâtre. C'est l'odieuse contrefaçon de la présence de Dieu : l'asservissement perpétuel de la vie à un regard humain. Cette ostentation se traduit dans leurs aumônes et leurs prières, comme il a été marqué au chapitre vi de saint Matthieu ; elle se reflète dans toute leur allure. Ils élargissent leurs phylactères et agrandissent les franges de leurs manteaux. Au chapitre vi du Deutéronome (4-9), là même où nous avons lu le précepte d'aimer Dieu de tout notre cœur, le Seigneur avait dit : « Les commandements que je te donne aujourd'hui demeureront dans ton cœur... Tu les attacheras sur ta main pour qu'ils te servent de signe, et ils seront comme un frontal devant tes yeux. » Cela signifiait que la croyance à l'unité de Dieu et l'amour de ce Dieu unique devaient informer toute la vie du Juif : mais, là encore, le ritualisme matériel s'était donné carrière. Après la captivité, ceux qui faisaient profession de piété enfermaient dans des sachets ou des cassettes de petites feuilles de parchemin où étaient reproduits certains textes de l'Écriture ; et, à l'aide de courroies, ils les fixaient sur leur front et sur leur main. C'étaient les phylactères. Les pharisiens en élargissaient les dimensions, afin que leur zèle fût plus visible. Quant aux franges, aux houppes blanches qui ornaient les quatre ceins du vêtement de dessus et devaient être attachées à ce manteau par des cordons de couleur hyacinthe, elles avaient été prescrites par les Nombres (xv, 38-40) et le Deutéronome (xxii, 12), afin de défendre ceux qui les porteraient contre l'oubli de Dieu et l'infidélité. Un pharisien dévot se reconnaissait à l'enseigne des longues franges. — Ils aiment, poursuit le Seigneur, à se promener en robes longues. A eux les premières places dans les festins (Le., xiv, 7 sq.), les sièges d'honneur dans les synagogues ; ils recueillent avec complaisance, sur la place publique, les salutations et inclinations profondes, et se font appeler rabbi !
Rien de pareil ne doit exister parmi les disciples du Seigneur. Pour vous, leur dit-il, ne revendiquez pas ce titre de rabbi : car vous êtes tous à l'école d'un maître, d'un maître unique, et vous êtes tous frères. N'appelez personne ici-bas votre père : car vous avez tous un seul et même Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas appeler seigneurs : car vous n'avez qu'un seul seigneur, le Christ. — La recommandation de Jésus a pour dessein de proscrire toute recherche de vanité, toute rivalité de préséance. Ce serait revenir au pharisaïsme que de réclamer les témoignages de respect comme un honneur personnel ; mais ce serait une autre forme de pharisaïsme que de refuser certaines appellations dont la plus ancienne tradition chrétienne, interprétant la lettre de l'évangile, a justifié l'usage. S'en défendre révélerait simplement qu'on ne comprend pas à qui elles s'adressent réellement. Nous n'avons d'autre Père que Dieu, d'autre docteur et d'autre maître que le Christ ; et lorsque les envoyés de Dieu lui servent auprès de nous d'intermédiaires, il les autorise par une mission et une investiture régulières. Ces lieutenants de Dieu ne nous parlent et ne nous guident qu'en son nom ; ils n'ont pas de doctrine personnelle : ils seraient bientôt désertés par les fidèles s'ils enseignaient autre chose que la pensée de Dieu. C'est donc encore rendre hommage à Dieu et au Christ qu'honorer du titre de père, de seigneur ou de maître les ministres et prélats de l'Église du Christ. Même, et c'est en cela encore qu'ils représentent le Seigneur, leur autorité n'est toujours que servitude ; ils n'existent que pour le bien de tous, ils sont eux-mêmes le bien de chacun. « Le plus grand parmi vous, dit Jésus, sera votre serviteur » (Mt., XX, 25-28 ; Lc,XXii, 25-27 ; Xiv, 11 ; xviii, 14).
Le Seigneur flétrit ensuite la rapacité des scribes. Ils étaient regardés comme des hommes de prière et on les supposait en grande faveur auprès de Dieu. Les femmes se laissaient facilement impressionner par des formes extérieures ; et les veuves surtout, privées de l'intelligence et de l'appui de leurs maris, devenaient la proie facile de cette gent avide. Les longues oraisons provoquaient les somptueux honoraires ; ils extorquaient ainsi de gros présents et dévoraient tout l'avoir des veuves. Ces faux docteurs s'enrichissent, durant leur vie, par des procédés qui ont quelque chose de sacrilège : c'est une grande richesse de châtiment qu'ils s'acquièrent ainsi. Les représailles de Dieu en seront plus sévères, parce qu'il devra venger sur d'indignes pasteurs son peuple appauvri par eux.