Evangile commenté du vendredi 6 septembre 2019 -

Hebdomada XXII per annum XXIIème semaine dans l'année
Feria VI Vendredi
Evangelium Evangile
Luc (5,33-39) Luc (5,33-39)
In illo tempore: Dixérunt ad Iesum pharisaei et scribae: Discípuli Ioánnis ieiúnant frequénter et obsecratiónes fáciunt, simíliter et pharisaeórum; tui autem edunt et bibunt.” Quibus Iésus ait: “Númquid potéstis convívas nuptiárum, dum cum illis est sponsus, fácere ieiunáre? Vénient autem dies; et cum ablátus fúerit ab illis sponsus, tunc ieiunábunt in illis diébus.” Dicébat autem et similitúdinem ad illos: “Némo abscíndit commissúram a vestiménto novo et immíttit in vestiméntum vetus; alióquin et novum rumpet, et véteri non convéniet commissúra a novo. Et nemo mittit vinum novum in utres véteres; alióquin rumpet vinum novum utres et ipsum effundétur, et utres períbunt; sed vinum novum in utres novos mitténdum est. Et nemo bibens vetus vult novum; dicit enim: ‘Vétus mélius est!.’ En ce temps là: : les pharisiens et les scribes dirent à Jésus : Pourquoi les disciples de Jean font-ils souvent des jeûnes et des prières, de même ceux des pharisiens, tandis que les Tiens mangent et boivent ? Il leur répondit: Pouvez-vous faire jeûner les amis de l'Epoux, pendant que l'Epoux est avec eux ? Mais viendront des jours où l'Epoux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront en ces jours-là. Il leur proposa aussi cette comparaison: Personne ne met une pièce d'un vêtement neuf à un vieux vêtement; autrement on déchire le neuf, et la pièce du vêtement neuf ne convient point au vieux vêtement. Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres; autrement le vin nouveau rompra les outres, et il se répandra, et les outres seront perdues. Mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves, et ainsi les deux se conservent. Et personne, buvant du vin vieux, n'en veut aussitôt du nouveau; car il dit: Le vieux est meilleur.
Verbum Domini. R/. Laus tibi, Christe.Parole du Seigneur. R/. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.
Commentaire par Dom Paul Delatte (1848-1937), osb, abbé de saint Pierre de Solesmes
Il est à noter que la guérison du paralytique, la vocation de Lévi et l'incident que nous venons de lire sont rapportés, et dans le même ordre, par les trois synoptiques. Rien, pas même le texte de saint Luc, ne nous oblige à penser que la contestation relative au jeûne eut lieu dans la salle à manger de Lévi, ou du moins le jour de son festin. Les disciples de saint Jean-Baptiste, fidèles à la pratique austère de leur maître (Mt., xi, 18), unissaient les jeûnes rigoureux à de longues et fréquentes prières. De même agissaient, mais pour des motifs moins purs, les disciples des plus célèbres pharisiens. « Je jeûne deux fois la semaine ! » proclame l'un d'eux (Lc,xviii, 12). Ce jeûne, non légal mais passé en coutume, avait lieu le lundi et le jeudi ; et avec quelle ostentation, nous l'avons appris du Seigneur lui-même. Et les pharisiens qui, pour jeûner, prenaient la livrée de la tristesse, en prenaient aussi les suites naturelles. Les gens qui jeûnent sont facilement mécontents, et ils le sont plus facilement encore lorsque l'on mange devant eux : cela leur semble une injure ; ils souffrent deux fois alors, et de leur mal, et du plaisir d'autrui. Quelques disciples de Jean et un groupe de pharisiens, vexés probablement de ce que Jésus eût fait honneur au repas du publicain, s'en vinrent poser au Seigneur une autre question chagrine. Le premier grief avait été : Pourquoi mange-t-il avec ce monde-là ? le second : Pourquoi mange-t-il quand nous ne mangeons pas ? Tout à l'heure, les pharisiens s'adressaient aux disciples afin de critiquer le Maître : maintenant ils abordent le Maître pour attaquer les disciples ; on reconnaît facilement le dessein de semer la zizanie. « Pourquoi vos disciples se soustraient-ils à cette sage et vénérée pratique du jeûne ? pourquoi mangent-ils et boivent-ils, alors que les disciples des maîtres incontestés et des saints en Israël se livrent à leurs austérités accoutumées ? »
On dirait qu'il y a chez le Seigneur un effort constant pour déjouer l'inquisition pharisienne. Nous le remarquions naguère dans la réplique : « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. » Ici encore, le Seigneur écarte la question avec une nuance d'ironie et avec un sourire. A l'interroger avec une intention droite, on eût obtenu de lui toute la lumière ; à le questionner sans droiture, on n'obtient qu'une réponse enveloppée, mesurée aux dispositions de ceux qui interrogent. La première partie de cette réponse est surtout destinée aux disciples de JeanBaptiste. On en appelle à leurs souvenirs. Autrefois, lorsque, dans un sentiment de dévotion exagérée envers leur maître, ils avaient paru s'alarmer de la popularité croissante du Seigneur, Jean les avait calmés par de douces paroles : Qui habet sponsam sponsus est ; amicus autem sponsi, qui stat et audit eum, gaudio gaudet propter vocem sponsi. Hoc ergo gaudium meum impletum est (Jo., III, 29). Le Seigneur retient la comparaison de Jean. Puisqu'il est l'époux, c'est le temps des noces. Les fils de l'époux, c'est à-dire, selon les coutumes juives, ses compagnons et ses amis, ceux qui l'escortent partout et font partie de la fête nuptiale à un titre éminent ; comment pourraient-ils jeûner et revêtir les livrées de la tristesse, aussi longtemps que l'époux est avec eux ? Mais les noces ne durent pas toujours ; le jour viendra où l'époux leur sera ravi ; alors ils pourront reprendre les jeûnes habituels. — Est-ce une prophétie voilée de la Passion du Seigneur et de la tristesse qui remplirait alors le cœur des apôtres ? Ou bien n'est-ce qu'une allégorie gracieuse, expliquant et justifiant la joie des disciples de Jésus à posséder leur Maître, une allusion à l'allégresse des jours messianiques? Les disciples de saint Jean retrouvaient dans cette réponse quelque chose de l'enseignement du Précurseur ; et le Seigneur justifiait à leurs peux la conduite des siens : les apôtres sont dans des conditions spéciales ; il est telles circonstances où des coutumes vénérables, mais pourtant simplement humaines, n'obligent point. La question même du jeûne n'est pas abordée et demeure intacte ; et nous savons par ailleurs que Jésus recommande cette forme de pénitence. Aussi bien, si nous voulions prendre à la lettre la réflexion du Seigneur, nous serions à jamais dispensés du jeûne, puisque, depuis sa Résurrection et son Ascension, le Seigneur demeure avec nous, et que la fête nuptiale est éternelle.