Evangile commenté du jeudi 12 décembre 2019

Hebdomada II Adventus IIème semaine de l'Avent
Feria V Jeudi
 Evangelium  Evangile
Léctio sancti Evangélii secundum Mattháeum (11,11-15)
In illo tempore: Dixit Iesus ad turbas: Amen dico vobis: Non surréxit inter natos mulíerum maíor Ioánne Baptísta; qui autem minor est in regno caelórum, maíor est illo. A diébus autem Ioánnis Baptístae usque nunc regnum caelórum vim pátitur, et violénti rápiunt illud. Omnes enim Prophétae et Lex usque ad Ioánnem prophetavérunt; et si vultis recípere, ipse est Elías, qui ventúrus est. Qui habet aures, áudiat. En ce temps là : Jésus dit aux foules : En vérité, Je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n'en a pas surgi de plus grand que Jean-Baptiste; mais celui qui est le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. Or, depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu'à maintenant, le royaume des Cieux se prend par violence, et ce sont les violents qui s'en emparent. Car tous les prophètes et la loi ont prophétisé jusqu'à Jean; et si vous voulez comprendre, il est lui-même cet Élie qui doit venir. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende.
Verbum Dómini. ℟. Laus tibi, Christe. Parole du Seigneur. ℟. Louange à Toi, ô Christ.
Commentaire de l'Evangile par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes.
Les disciples de saint Jean se retirent. C'est alors que le Seigneur prononce l'éloge de son Précurseur. Peut-être la foule n'avait-elle compris qu'imparfaitement le sens exact du message de Jean, peut-être se demandait-elle : « Serait-il donc moins assuré aujourd'hui qu'autrefois ? » Peut-être n'avait-on pas compris davantage le vrai sens de la réponse divine. Le Seigneur est obligé de prendre en mains la défense de Jean -Baptiste et de lui rendre témoignage à son tour : ce qui projette en même temps une nouvelle lumière sur sa propre mission. Les caractères et les rôles de saint Jean et du Christ, différents en vertu d'une disposition divine, nous sont montrés avec leurs notes distinctives.
Qu'êtes-vous allés contempler autrefois dans le désert ? demande le Seigneur aux foules. Les rives du Jourdain sont semées de grands roseaux. Est-ce là tout ce que vous êtes allés voir, un roseau parmi les roseaux que le vent incline de ci de là ? Prenez-vous Jean-Baptiste pour une trempe faible, ondoyante et versatile ? Non, sans doute. Mais alors, qu'êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu d'habits précieux ? — Allusion à la mortification extraordinaire de Jean et à son « vêtement en poils de chameau ». — Mais ce n'est pas au désert que l'on trouve les gens qui se font une vie douce et revêtent des habits somptueux : c'est dans le palais des puissants. Mais encore, demande le Seigneur une troisième fois, qu'êtes-vous allés voir ? Un prophète ? Oui vraiment, un prophète, et plus qu'un prophète ordinaire, car il l'est surabondamment. C'est lui de qui Malachie, son prédécesseur immédiat, a écrit : « Voici que j'envoie mon messager devant votre face : il fraiera le chemin devant vous » (m, 1). Dans les trois synoptiques (car le même texte est cité par saint Marc, i, 2), c'est le Père qui parle à son Fils ; tandis que chez le prophète c'est Dieu qui annonce lui-même son messager : praeparabit viam ante faciem meam. L'interprétation par les évangiles du texte de Malachie suggère donc l'idée de la filiation divine en Jésus de Nazareth. Même pour Jean-Baptiste, la réalité a dépassé l'attente des Juifs : ils sont allés vers lui comme vers un prophète, et ils ont trouvé le héraut, le Précurseur immédiat du Christ, celui qui le montre du doigt.
Je vous le dis, poursuit le Seigneur, parmi ceux qui sont nés de la femme, il n'en est point de plus grand que Jean-Baptiste. Le mot « prophète » n'existe pas dans le grec de saint Luc : mais la Vulgate, qui l'ajoute, a bien rendu la pensée du Seigneur. Il ne s'agit point ici, en effet, de la sainteté personnelle de saint Jean, mais plutôt de sa mission, de son office prophétique. Tout le contexte, tout ce qui précède et tout ce qui suit, nous en avertit. L'expression même dont se sert l'évangile de saint Mattliieu pour désigner l'apparition du Précurseur, surrexit, a une signification précise et formelle : elle est employée maintes fois dans l'Écriture pour indiquer la vocation divine, la mission donnée par Dieu aux juges et aux prophètes de l'Ancienne Loi. Celui-là était dit « se lever » (littéralement « être éveillé ») en Israël, que Dieu « suscitait » avec la tâche spéciale d'éclairer, de défendre ou de sauver son peuple. La réflexion du Seigneur a pour dessein de montrer en Jean -Baptiste un prophète, et le plus grand de tous, mais néanmoins appartenant encore à l'économie ancienne et, à raison de sa fonction même, demeurant encore en dehors de l'économie qu'il annonce. Il est établi sur le seuil des deux Testaments. Il appartient à l'époque de la préparation : il est serviteur. Le plus petit, le premier venu dans le Royaume de Dieu, l'enfant de l'économie nouvelle est plus grand que lui.
Encore une fois, il s'agit moins de différence entre deux personnes que de différence entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Le Seigneur souligne l'éminence de l'économie chrétienne, comme le fera plus tard ex professo l'épître aux Hébreux. C'est un peu l'équivalent de ce que Jésus dira dans la suite à ses apôtres ; Quia multi prophetae et justi cupierunt videre quae videtis, et non viderunt ; et audire quae auditis, et non audierunt (Mt., xiii, 17). La malédiction planait encore sur la nature humaine ; Dieu n'était pas avec l'homme, comme il l'est depuis que le gage historique de l'Incarnation est donné au monde : Nobiscum Deus ; la sécurité surnaturelle et la plénitude de grâce que procurent les sacrements n'existaient pas encore. Il est certainement meilleur d'appartenir à la vie du Seigneur et au Royaume de Dieu que d'annoncer ce Royaume comme futur ; et s'il est glorieux d'être l'ami de l'Époux, comme saint Jean l'a dit de lui-même, il l'est plus encore d'être l'épouse, d'appartenir au corps même du Seigneur. Quoi qu'il en soit donc de la perfection personnelle de saint Jean et de l'intimité de son union avec l'époux des âmes, il n'est comme prophète, comme homme public, que celui qui prépare à cette union, l'ami de l'Époux, le paranymphe. Là est la vraie gloire de saint Jean, et, nous en avons recueilli l'aveu de ses propres lèvres, toute sa joie. On ne saurait donc le diminuer lorsqu'on proclame la supériorité du régime nouveau.
A diebus auiem Joannis Baptistae... Écartons d'abord l'hypothèse d'après laquelle les versets 12 et 13 de saint Matthieu seraient une réflexion de l'évangéliste. Ce procédé de parenthèse personnelle est familier à saint Jean, mais il est étranger à saint Matthieu. On peut d'ailleurs, pour éclairer ce passage, lire saint Luc (xvi, 16) où se trouve à peu près la même pensée, mais dans des circonstances un peu différentes : Lex et propheiae iisque ad Joannevi : ex eo regnum Dei evangelizatur, et omnis in illud vim facit. Le même terme grec, qui a pour sujet omnis chez saint Luc, et regnum caelorum chez saint Matthieu, ne peut avoir chez celui-ci que la signification du passif. Mais alors, comment traduire ? On a hasardé : « le Royaume des deux souffre violence, sous-entendu dans la personne de ceux qui en sont les messagers ou les membres », Avec cette explication, la seconde partie de la phrase : et violenti rapiunt illud, qui est calquée évidemment sur la première, ne se comprend plus : il n'y a plus nulle symétrie ni correspondance entre les deux portions de la phrase, enfin le terme rapiunt s'entend d'un bien dont on veut faire sa propriété, et non d'une richesse que l'on veut détruire.
Voici quel peut être le sens. Jusqu'à saint Jean-Baptiste, tous les prophètes et la Loi ont annoncé de loin et à longue échéance l'ère messianique. Les temps suivaient leur marche tranquille, et les promesses divines reculaient de jour en jour dans un plus lointain passé. Lorsque, soudain, la voix de Jean-Baptiste retentit dans le désert : « Faites pénitence, car le Royaume des cieux est proche, » il est là, à portée de la main ! l'humanité fut secouée d'un grand frisson. Elle se leva et se précipita vers la direction qui lui était montrée. Saint Jean est vraiment un personnage représentatif ; il a déterminé une époque et ouvert les temps nouveaux, A dater de ses jours, c'est-à-dire à dater de sa manifestation, de sa prédication et de son baptême, le Royaume des cieux est en quelque sorte pris d'assaut, enlevé de vive force, tellement les âmes s'y portent en nombre et avec une hâte extraordinaire ; ce sont des empressés et des violents qui veulent s'en emparer; et cet enthousiasme n'a fait que grandir lorsque, non plus seulement le héraut du Messie, mais le Messie lui-même est venu offrir aux multitudes le Royaume annoncé par Jean : chacun s'arrache à son foyer pour suivre les pas du Sauveur ; on l'entoure, on le presse, on veut le saisir et le proclamer roi.
Le Seigneur prend sa revanche à l'égard de son Précurseur : il répond aux multiples témoignages qu'a rendus de lui Jean-Baptiste. Voici un dernier trait, qui devait frapper les Juifs, en même temps quïl s'en allait rejoindre l'assurance donnée jadis par l'archange Gabriel à Zacharie. « Si vous voulez bien l'entendre, Jean-Baptiste est cet Élie qui doit venir. » C'était une tradition juive autorisée que le prophète Élie, enlevé au ciel dans Un char de feu, sans avoir passé par la mort, devait revenir un jour pour relever Jacob et préparer l'avènement du Messie. Il devait faire entrer dans les rangs du peuple ceux qui avaient été indûment écartés, et éliminer ceux qui avaient été accueillis à tort (cf. Eccli., xlviii, 9-10). Malachie, le dernier des prophètes avant Jean-Baptiste, terminait sa prophétie en ces termes : « Voici que je vous envoie Élie le Thesbite, avant que ne vienne le jour du Seigneur, ce jour grand et éclatant : il rapprochera du fils le coeur du père, et le cœur de l'homme de son prochain ; de peur que je ne vienne frapper toute la terre » (iv, 5-6, selon les Septante). Lors de la Transfiguration, Jésus rappellera aux apôtres privilégiés la tradition relative à Élie et distinguera entre les deux avènements ; là encore, il comparera Jean-Baptiste à Élie. — « Qui habet aures audiendi, audiat » : ces paroles, de même que les précédentes : et si vultis recipere, appellent l'attention des auditeurs sur le caractère spécial d'une prophétie qui concerne principalement Élie, et qui pourtant se réalise une première fois déjà en saint Jean-Baptiste.
Les textes français proposés ont pour seul but une meilleure compréhension des textes latins. Ils ne doivent pas être utilisés dans la liturgie en Français.
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