Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 7: De humilitate (i) 7 - L’HUMILITÉ (i)
Septimus humilitatis gradus est: si omnibus se inferiorem et viliorem non solum sua lingua pronuntiet, sed etiam intimo cordis credat affectu, humilians se et dicens cum Propheta: Ego autem sum vermis et non homo, obprobrium hominum et abiectio plebis. Exaltatus sum et humiliatus et confusus. Et item: Bonum mihi quod humiliasti me, et discam mandata tua. Le septième échelon de l’humilité est non seulement de se dire des lèvres inférieur à tous et le plus misérable, mais encore de le croire du fond du coeur, en s’humiliant et en disant avec le Prophète : « Moi, je suis un ver et non un homme, l’opprobre des hommes et le rebut du peuple ; j’ai été exalté, puis humilié et couvert de confusion. » « Et encore : « Il est bon que tu m’aies humilié pour que j’apprenne tes commandements. »
L’humble appréciation du moine sur soi-même n’est pas restreinte aux circonstances que signalait le degré précédent : elle est universelle, elle porte sur tout son être. Le septième degré renferme un élément de comparaison, dans lequel certains auteurs veulent voir, non une simple application de l’humilité, mais son essence même. L’humilité, pour saint Bernard, est la vertu qua homo, verissima sui agnitione, sibi ipsi vilescit . Sur quoi porte la comparaison ? S’agit-il de se croire inférieur “ à toutes choses ” ? Il y aurait bien, semble-t-il, quelque outrance à se déclarer inférieur aux êtres sans raison, inférieur au diable, inférieur à la poussière du chemin ; il est surtout difficile de le croire, à moins que nous ne comprenions vivement, à certaines heures, comment nous abusons du pouvoir de nous soustraire à Dieu, alors que la créature inintelligente lui obéit sans défaillance. Un des traits les plus caractéristiques des saints est cet empressement à se placer au dernier rang, à se tenir tout petits, à ne se préférer à personne. Chez les meilleurs de la nature humaine, toute grâce de Dieu creuse davantage à leurs yeux l’abîme de leur néant ; et toutes les tendresses du Seigneur augmentent en aux la conviction de leur indignité foncière.
Serait-ce, comme on le dit parfois, une “ pieuse exagération ”, une attitude fictive, composée ? Il est incontestable qu’à un point de vue nous nous valons tous, puisque, de nous-mêmes, nous ne valons rien et ne pouvons rien que le péché : Nullum est peccatum quod fecit homo, quod non possit facere alter homo, nisi juvetur a Deo a quo factes est homo.
Jusqu’ici, il n’y a, ni chez nous, ni chez autrui, de “ différentielle ”. Pour parvenir à l’humilité sincère et témoignée, ce n’est pas à mes frères que je me comparerai : je serai attentif aux relations que je soutiens avec Dieu, à ce que je vaux vis-à-vis de lui. Je connais mal le prochain en le voyant opérer le bien, je dois m’en édifier ; mais, s’il fait le mal, l’ignorance où je suis de ses dispositions réelles plaide en sa faveur :
Némo malus nisi probetur. Nous ne savons jamais dans quelle mesure il est coupable, ni comment l’hérédité, l’éducation antérieure, les influences du milieu ont pesé sur lui ; nous ignorons ce qu’il a été, ce qu’il est au regard de Dieu, ce à quoi Dieu le destine : qu’il eût été facile, au Calvaire, de regarder le bon larron comme un damné, ou bien l’apôtre saint Paul comme un simple forcené, lors du martyre de saint Étienne  ! Mais, du moins, nous nous connaissons bien. Je ne sais pas, disait le comte de Maistre, ce qui se passe dans le cœur d’un coquin : ce qu’il y a dans le cœur d’un honnête homme suffit à le faire rougir. Si quelqu’un nous eût traités comme nous avons traité le Seigneur, nous n’aurions nul effort à faire pour le considérer comme le dernier des hommes. Avons-nous assez menti à Dieu ! l’avons-nous assez trahi ! et nos retours, de combien de jours de fidélité ont-ils été suivis ! Il suffit d’y réfléchir un instant pour comprendre ce que nous sommes et à quelle place nous devons nous mettre : inférieurs à tous, plus misérables que tous , sous les pieds de tous : “ Pour moi, ce n’est pas un homme que je suis, mais un ver de terre, la honte de l’humanité, le rebut du peuple ” (Ps. XXl, 7).
Lorsqu’il ne se borne pas à de pures protestations verbales, toujours faciles , mais obéit à une conviction spontanée et profonde du cœur , le moine communie à l’humilité de Celui qui, expiant en lui toutes nos misères, murmurait sur la croix les paroles du Prophète que nous venons de citer. L’âme reconnaît alors, dans l’abjection où elle est descendue, le juste châtiment de son orgueil : “ Je m’étais exalté, et me voici humilié et confondu ” (PS. LXXXVll, 16). Elle comprend tout le profit surnaturel de cette humiliation acceptée : “ Il est bon pour moi que vous m’ayez humilié, car ainsi j’apprendrai à vous obéir ” (Ps. CXVlll, 71).
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