Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 51 - DE FRATRIBUS QUI NON LONGE SATIS PROFICISCUNTUR 51 - LES FRÈRES QUI S’EN VONT À PEU DE DISTANCE
Frater qui pro quovis responso dirigitur et ea die speratur reverti ad monasterium, non præsumat foris manducare, etiam si omnino rogetur a quovis, nisi forte ei ab abbate suo præcipiatur. Quod si aliter fecerit, excommunicetur. LE FRÈRE qui est envoyé pour une commission quelconque et qui doit rentrer le jour même au monastère ne se permettra pas de manger au dehors, même s’il en est instamment prié par quelqu’un, à moins que son abbé ne le lui ait dit. S’il agit autrement, il sera exclu de la vie commune.
Le titre nous renseigne insuffisamment sur l’objet réel de ce chapitre : alors que le chapitre précédent traçait aux moines une ligne de conduite relativement à l’office divin, celui-ci leur indique ce qu’ils doivent faire pour les repas.
Il s’agit de frères envoyés régulièrement pour traiter une affaire quelconque pro quovis responso . Saint Benoît passe sous silence le cas des moines qui voyagent au loin : évidemment, ceux-ci devront accepter l’hospitalité qu’ils trouveront en chemin. Ou .bien ils emporteront des provisions. il le fallait bien au désert ; encore le soleil épuisait-il. parfois les outres, comme pour ces frères qui allèrent visiter saint Antoine ; parfois aussi, c’était l’âne chargé des vivres qui crevait en route .
Toutes les fois que les moines verront la possibilité de rentrer le jour même au monastère ils se garderont de s’asseoir à la table des séculiers. Et saint Benoît prévoit les excuses des voyageurs : “ Mais la route est dure ! Il fait si chaud ! On a insisté si vivement ! N’étaient-ce point des gens de condition, des personnes pieuses ? ” Non, rien de tout cela ne suffit : etiam a quovis rogentur . Pourtant, il n’est pas impossible que l’Abbé accorde permission : c’est le sens à donner ici à praecipiatur. La Règle du Maître rapporte le petit dialogue qui s’engage entre le moine et son Abbé et énumère toutes les circonstances où il faut accepter ou refuser les invitations . Pour nous, si la permission du supérieur n’est que tacite et supposée, soyons très réservés dans l’interprétation. Il va de soi que, si la fatigue était sérieuse, il faudrait sans scrupule accepter du réconfort. Cassien nous raconte comment deux jeunes solitaires se laissèrent mourir de faim plutôt que de toucher aux figues qu’ils portaient à un malade .
N. B. Père prononce la peine de l’excommunication contre les transgresseurs (peut-être l’excommunication de la table), puisque, par cette infraction, ils sont redevenus séculiers. La vie commune se traduit surtout dans la conventualité de l’office divin et de la table. Alors même qu’un moine ne pourra pas prendre son repas à la même heure que ses frères, il demeure souhaitable qu’il le prenne au monastère après son retour. La table des séculiers n’est pas faite pour nous : ni leurs vins, ni leur conversation ne nous conviennent. On se retranche parfois derrière le prétexte de l’édification : mais ne semble-t-il pas que l’édification est beaucoup plus réelle quand on ne nous voit que rarement ?
N’y aurait-il pas chez les mondains quelque surprise à constater que des religieux acceptent si spontanément toute invitation ? S’ils mangent et boivent peu, on les soupçonnera d’hypocrisie ; qu’ils aient bonne fourchette et apprécient les bons crus, on les trouvera immodérés. Le vœu de N. B. Père est qu’à tout instant et partout le moine demeure moine et conserve tout ce qu’il peut de sa profession. Gardons-nous de croire qu’une fois hors du monastère, il soit de bon ton de marcher, de regarder, d’agir à la mondaine, de n’être religieux que par l’habit.
Les textes français proposés ont pour seul but une meilleure compréhension des textes latins. Ils ne doivent pas être utilisés dans la liturgie en Français.
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