Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 65 - DE PRÆPOSITO MONASTERII (b) 65 - LE PRIEUR DU MONASTÈRE (b)
Ideo nos vidimus expedire propter pacis caritatisque custodiam in abbatis pendere arbitrio ordinationem monasterii sui; et si potest fieri per decanos ordinetur, ut ante disposuimus, omnis utilitas monasterii, prout abbas disposuerit, ut, dum pluribus committitur, unus non superbiat. Quod si aut locus expetit aut congregatio petierit rationabiliter cum humilitate et abbas iudicaverit expedire, quemcumque elegerit abbas cum consilio fratrum timentium Deum ordinet ipse sibi præpositum. Qui tamen præpositus illa agat cum reverentia quæ ab abbate suo ei iniuncta fuerint, nihil contra abbatis voluntatem aut ordinationem faciens, quia quantum prælatus est ceteris, ita eum oportet sollicitius observare præcepta regulæ. Qui præpositus si repertus fuerit vitiosus aut elatione deceptus superbire, aut contemptor sanctæ regulæ fuerit comprobatus, admoneatur verbis usque quater; si non emendaverit, adhibeatur ei correptio disciplinæ regularis. Quod si neque sic correxerit, tunc deiciatur de ordine præposituræ et alius qui dignus est in loco eius surrogetur. Quod si et postea in congregatione quietus et obœdiens non fuerit, etiam de monasterio pellatur. Cogitet tamen abbas se de omnibus iudiciis suis Deo reddere rationem, ne forte invidiæ aut zeli flamma urat animam. Pourtant, si le lieu le requiert ou si la communauté le demande raisonnablement et avec humilité, et que l’abbé le juge utile, c’est l’abbé lui-même qui, avec le conseil des frères craignant Dieu, choisira quelqu’un qu’il nommera son prieur. Ce prieur exécutera avec déférence ce que son abbé lui aura enjoint, sans contrevenir en rien à sa volonté et à ses ordonnances ; car, plus il est élevé au dessus des autres, plus il doit observer soigneusement les prescriptions de la Règle. Si ce prieur se conduisait mal ou si, infatué de lui-même, il s’énorgueillissait et faisait preuve de mépris pour la sainte Règle, qu’il soit admonesté jusqu’à quatre fois. S’il ne s’amende pas, qu’on lui applique les sanctions de règle. Et si, de cette manière, il ne se corrige pas, il sera alors déchu de son rang de prieur et on lui substituera un autre qui en soit digne. Si, par la suite, il n’était pas tranquille et obéissant dans la communauté, il sera même expulsé du monastère. Que l’abbé toutefois songe qu’il doit rendre compte à Dieu de tous ses jugements, pour que jamais le feu de l’envie et de la jalousie ne brûle son âme.
Il ne faut pourtant pas qu’en voulant se prémunir contre l’indiscipline des Prieurs et les troubles qu’elle engendre, on expose le monastère à manquer de gouvernement. Car enfin, si la maison est nombreuse, si l’Abbé est souvent absent ou fatigué, il paraît difficile que les doyens, même réunis en conseil, se concertent pour imprimer une direction unique et absolument identique à celle de l’Abbé. Celui-ci, si locus expetit, pourra- donc choisir un Prieur. Il le fera d’autant plus volontiers que la communauté peut-être le lui demande, humblement, et pour des motifs fondés. Mais encore qu’il lui soit recommandé d’en conférer avec des frères craignant Dieu et prudents, c’est à lui qu’est laissé le soin d’apprécier l’opportunité de cette mesure et de la décider .
Remarquons comment saint Benoît s’applique à souligner, par chaque expression, l’entière liberté de l’Abbé. Il choisit lui-même qui il veut, quemcumque elegerit Abbas, et quand il veut ; c’est lui-même qui l’institue son Prieur, ordinet ipse sibi praepositum ; ce n’est le Prieur ni de l’évêque, ni des frères : c’est le sien, c’est son homme. Et cela suffit pour déterminer quels doivent être l’attitude et le rôle du Prieur dans la communauté.

Qui tamen praepositus illa agat cum reverentia quae ab abbate suo ei injincta fuerint, nihil contra abbatis voluntatem aut ordinationem faciens : quia quantum praelatus est ceteris, tantum eum oportet sollicite observare praecepta regulae
Ce prieur exécutera avec déférence ce que son abbé lui aura enjoint, sans contrevenir en rien à sa volonté et à ses ordonnances ; car, plus il est élevé au dessus des autres, plus il doit observer soigneusement les prescriptions de la Règle.


Qui tamen praepositus : il faut noter cet adverbe, destiné encore à prévenir les empiétements de l’élu. Il est le Prieur, c’est-à-dire celui qui vient immédiatement après l’Abbé et qui est, après lui, la première autorité du monastère ; celui à qui, en cas d’absence, de démission d’incapacité, de mort de l’Abbé, revient de droit le gouvernement ; celui à qui l’Abbé laisse une large part d’action et d’influence : ce n’est pas parce qu’il est tout cela que le Prieur pourra affecter des airs hautains et indépendants. Puisque l’Abbé l’a choisi, librement et non sans retour, pour qu’il soit son bras droit et qu’il le représente auprès des frères, ne serait-il pas déloyal que le Prieur s’efforçât de confisquer l’affection des moines, les détournât sournoisement d’obéir à l’Abbé sur tel ou tel point, et ne tînt nul compte, pour sa part, des ordres ou des directions données ? Qu’il accomplisse, et avec révérence, dit saint Benoît, ce qui lui est enjoint par son Abbé, et qu’il ne fasse rien contrairement à la volonté ou aux règlements de l’Abbé
Et ceci nous invite à dire un mot des qualités d’un Prieur. S’il est saint, Dieu soit béni, car il faut de la vertu à celui qui doit à la fois commander et obéir, obéir mieux et avec une docilité plus profonde, obéir à un homme qu’il voit de plus près et dont peut-être il connaît bien les faiblesses. Il va de soi qu’il aura de l’intelligence et de la circonspection. Il sera régulier et vraiment moine, puisque sa charge est surtout de maintenir l’observance exacte. Et saint Benoît lui rappelle que, dans la mesure même où il est élevé au-dessus des autres, il devra donner l’exemple d’une plus grande fidélité aux préceptes de la Règle. Qu’il soit attaché à son Abbé, c’est tout naturel ; et il s’efforcera au besoin de rapprocher de celui-ci et de lui amener les frères. Il aimera ceux-ci par conséquent. Il est presque souhaitable qu’il soit d’une trempe un peu différente de celle de l’Abbé dans l’intérêt de l’Abbé lui-même, à qui le Prieur pourra donner, à l’occasion et respectueusement, un bon conseil ; dans, l’intérêt aussi des frères, qui pourront parfois trouver chez le Prieur certaines qualités complémentaires de celles de l’Abbé ; mais comparer l’Abbé au père et le Prieur à la mère, ne va pas sans quelque puérilité .
Qui prapositus, si repertus fuerit vitiosus, aut elatione deceptus superbiae, sut contemptor sancta re gulae fuerit comprobatus, admoneatur verbis usque quater : si non emendaverit, adhibeatur ei correctio disciplinae regularis. Quod si neque sic correxerit, tune dejiciatur de ordine praepositura, et alius oui dignus est, in loco ejus subrogetur Quod si et postea in congregatione quietus et obediens non fuerit, etiam de monasterio expellatur. Cogitet tamen abbas, se de omnibus judieiis Deo redditurum rationem, ne forte invidiae sut zeli flamma urat animam
Si ce prieur se conduisait mal ou si, infatué de lui-même, il s’enorgueillissait et faisait preuve de mépris pour la sainte Règle, qu’il soit admonesté jusqu’à quatre fois. S’il ne s’amende pas, qu’on lui applique les sanctions de règle. Et si, de cette manière, il ne se corrige pas, il sera alors déchu de son rang de prieur et on lui substituera un autre qui en soit digne. Si, par la suite, il n’était pas tranquille et obéissant dans la communauté il sera même expulsé du monastère. Que l’abbé toutefois songe qu’il doit rendre compte à Dieu de tous ses jugements,. pour que jamais le feu de l’envie et de la jalousie ne brûle son âme.

Il faut penser à tout. S’il arrive que le Prieur s’en fasse accroire, qu’il soit séduit et emporté par la superbe, qu’il soit convaincu de mépris pour les saintes institutions monastiques , qu’il se révèle enfin comme vicieux : alors l’Abbé n’est point désarmé. Néanmoins il honorera chez son Prieur une charge dont lui-même l’a revêtu, et il évitera de le déconsidérer tout à fait dans l’esprit des frères. Tandis qu’on avertit deux fois les simples moines, trois fois les doyens, le Prieur sera averti quatre fois, et en secret. S’il ne s’amende pas, on lui appliquera les sévérités de la. correction régulière : réprimande publique, etc. (chap.XXVIII).
Si tant cela le laisse incorrigible, qu’on le fasse déchoir du rang de Prieur et qu’un autre, vraiment digne de cette charge, lui soit substitué. Avec notre discipline actuelle, la déposition d’un Prieur mauvais ou simplement douteux se ferait moins longtemps attendre ; et la double cérémonie de déposition et de renouvellement des charges, qui a lieu chaque année, fournit au Prieur l’occasion de disparaître. Un changement d’obédience n’implique aucunement, d’ailleurs, une diminution. Cependant’ si le moine s’essayait dans la suite, par un esprit trop naturel de vengeance, à fomenter la discorde dans la communauté s’il ne restait pas à son rang, obéissant et paisible, qu’on aille jusqu’à l’expulser du monastère : etiam de monasterio expellatur.
Mais, dans une matière où l’Abbé peut excéder, se laisser entraîner à la jalousie, au ressentiment, à la passion, saint Benoît l’avertit de se souvenir qu’il rendra compte à Dieu de toutes ses décisions. Rien n’est plus efficace pour étouffer, dès le principe, toute mauvaise flamme qui brûlerait son cœur.
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