Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 28 - 28 - LES FRÈRES QUI, SOUVENT CORRIGÉS, NE VEULENT PAS S’AMENDER
Si quis frater frequenter correptus pro qualibet culpa, si etiam excommunicatus non emendaverit, acrior ei accedat correptio, id est ut verberum vindicta in eum procedant. Quod si nec ita correxerit, aut forte quod absit in superbia elatus etiam defendere voluerit opera sua, tunc abbas faciat quod sapiens medicus : si exhibuit fomenta, si unguenta adhortationum, si medicamina scripturarum divinarum, si ad ultimum ustionem excommunicationis vel plagarum virgæ, et iam si viderit nihil suam prævalere industriam, adhibeat etiam quod maius est suam et omnium fratrum pro eo orationem, ut Dominus qui omnia potest operetur salutem circa infirmum fratrem. Quod si nec isto modo sanatus fuerit, tunc iam utatur abbas ferro abscisionis, ut ait apostolus : Auferte malum ex vobis, et iterum : Infidelis, si discedit, discedat, ne una ovis morbida omnem gregem contagiet. SI UN FRÈRE, fréquemment corrigé pour quelque faute, ne s’amendait pas même après avoir été exclu de la vie commune, on en viendra pour lui à une punition plus rude, c’est-à dire qu’on lui infligera le châtiment du fouet. Si par là il ne se corrigeait pas non plus, et si même, par malheur, il lui arrivait de s’enfler d’orgueil jusqu’à vouloir justifier ses actes, que l’abbé fasse alors comme un habile médecin : après avoir administré les calmants et les onguents des exhortations, les remèdes des divines Écritures et finalement le cautère de l’exclusion et des coups de fouet, s’il voit que décidément son art est impuissant, il aura encore recours à un plus grand moyen, sa prière et celle de tous les frères afin que le Seigneur, qui peut tout, opère le salut de ce frère malade. Au cas où, même par ce moyen, il ne serait pas guéri, alors l’abbé usera du fer pour amputer, selon la parole de l’Apôtre : « Retranchez le mauvais du milieu de vous », et encore : « Si l’infidèle s’en va, qu’il s’en aille », pour qu’une seule brebis infectée ne contamine pas tout le troupeau.
Notre bienheureux Père revient aux degrés de la discipline régulière, dont il a commencé l’énumération au chapitre XXlII. Le détail des châtiments déjà décrits est d’abord brièvement rappelé : un frère, coupable d’une des fautes qui méritent correction sérieuse, a été repris fréquemment, trois fois au moins, deux fois en secret et une fois en public ; il a été excommunié, ou bien il a subi une peine corporelle. Mais il n’y a pas eu d’amendement. L’excommunication elle-même n’a pas obtenu de fruit, chez un caractère présumé pourtant guérissable par elle. Alors, on ajoute à l’excommunication une correction plus sévère, c’est-à-dire qu’on inflige au coupable le châtiment des verges. Le châtiment corporel est dit plus sévère et plus rude, non que l’excommunication soit une peine moins grave, mais parce que la correction physique réduira peut-être plus efficacement l’homme animal, demeuré insensible aux peines spirituelles ; et aussi parce que, dans le châtiment corporel, il y a une note de servilité et comme un stigmate de bassesse. Pour celui envers qui on n’a pas même essayé de l’excommunication, mais qu’il a fallu soumettre au jeûne ou aux verges immédiatement après les admonitions, on continuera sans doute un régime identique et on frappera un peu plus fort.
On voit bien qu’aux yeux de saint Benoît l’âme a une valeur absolue et qu’elle doit être traitée avec une patience sans limite. Il suppose que le coupable ne se rend pas encore, qu’il ose même, dans une exaltation violente, justifier sa conduite et plaider le bon droit pour lui. Quod absit ! dit N. B. Père. Il sait trop bien cependant que ce n’est pas l’invraisemblable. Ailleurs il a flétri cette triste facilité qu’ont les hommes d’appeler bien ce qu’ils veulent, d’adorer leur pensée, de légitimer ainsi les dernières honte. La conscience est cautérisée. Ce qui avait été jusqu’ici une faiblesse devient un principe, un système. Pourtant, il n’est pas question encore de prononcer la sentence irrévocable.
L’Abbé continuera de faire ce que fait un sage médecin . Il se rappellera toutes les industries dont il a pu légitimement user pour procurer la guérison ; il s’assurera qu’il n’a rien négligé. Il s’est efforcé, par tout moyen, selon les procédés de la médecine ancienne, de faire sortir la maladie, d’attirer à. l’extérieur et aux surfaces un mal profond qui déconcertait l’œuvre de la vie. Il a d’abord employé les fomentations, les applications chaudes, capables de solliciter le mal au départ ; puis les onguents, le baume des exhortations, comme pour assouplir la peau et les chairs ; ensuite les remèdes internes des divines Écritures. La parole de Dieu a une vertu sacramentelle ; elle opère comme un charme sur les âmes. Il est des formules, si claires et si douces, qu’elles parviennent à soustraire l’âme à. sa fièvre. On voit que les admonitions privées ou publiques et les bons conseils des sympectes doivent s’inspirer uniquement de la doctrine surnaturelle et rappeler au coupable les textes familiers de l’Écriture qui contiennent la règle des mœurs et de la perfection monastique. Ces moyens préliminaires n’ayant pas réussi, l’Abbé s’est décidé enfin à cautériser par la brûlure de l’excommunication, à scarifier par les plaies des verges. Mais il est forcé de constater que son art ne triomphe nullement du mal.
Ce que les efforts humains ne peuvent obtenir la prière peut le solliciter de Dieu. Il n’y a rien de désespéré pour lui. Les trésors de sa miséricorde ont des grâces capables de convertir le cœur le plus endurci. N’est-il pas le Dieu qui ressuscite les morts (Rom., IV, 17) ? Omnipotenti medico nihil est insanabile ; non renuntiat ad aliquem . Que l’Abbé agisse donc encore, dit saint Benoît, à la manière d’un médecin avisé ; qu’il ait recours à un remède plus efficace que les précédents, sa prière et celle de tous les frères, pour que le Seigneur, à qui tout est possible, rende la santé à ce frère malade. Il s’agit d’une supplication plus instante et plus unanime que celle dont il a été parlé au chapitre XXVll ; c’est une sorte de mise en demeure respectueuse et filiale adressée à Dieu par tout le convent.
Si enfin le malheureux ne trouve pas sa guérison dans un tel remède, il ne reste plus au médecin qu’à se servir résolument du fer qui retranche. L’excommunié devient un danger. Sa corruption peut infecter la communauté entière ; une seule brebis malade peut contaminer tout le troupeau. La charité que l’on doit à une communauté toujours .plus intéressante qu’un particulier, oblige à se défaire dé tout élément dont on n’espère plus la correction et qui constitue un scandale et tin péril permanent. C’est la recommandation formelle de l’Apôtre : “ Enlevez le mal, ou le mauvais, du milieu de vous (I COR., V, 13). Non enim et hoc fat crudeliter, sed misericorditer, ne contagione pestifera plurimas perdat, dit saint Augustin, dans un passage qu’on pourra comparer à notre description des degrés de la discipline régulière . Et saint Cyprien avait écrit, lui aussi : Inter virgines non putem (illas) debere numerari, sed tamquam contactas oves et morbidas pecudes a saneto et puro grege virginitatis arceri, ne contagio suo caeteras polluant . Aussi bien ce n’est plus un malade, c’est un cadavre. L’Abbé ne fait que reconnaître une séparation consommée d’avance par celui-là même qui est expulsé. Il l’a voulu. On se résigne à son irréconciliable aveuglement. : “ Si l’infidèle veut s’en aller, qu’il s’en aille dit saint Benoît, qui prend dans un sens accommodatice une autre parole de l’Apôtre (I COR., Vll, 15).
L’expulsion est prévue aussi dans des Règles plus anciennes, par exemple dans celles de saint Macaire et de saint Basile ; et visiblement saint Benoît s’est souvenu de ces textes législatifs. Quelques ; Règles n’ont pas osé décréter l’expulsion : Quamvis frequentiuin gravissimorumque vitiorum voragine sit quisquamn intmersus, dit saint Isidore , non tamen a monasterio projiciendus, ... ne forte qui poterat per diuturnarn poenitudinem emendari, dum projicitur, ore diaboli devoretur. On préférait la réclusion et la détention, au besoin perpétuelle. Mais le droit commun de l’Église a reconnu la légitimité et l’opportunité de l’expulsion et il a déterminé les, formes juridiques selon lesquelles les supérieurs compétents y peuvent procéder.
Les textes français proposés ont pour seul but une meilleure compréhension des textes latins. Ils ne doivent pas être utilisés dans la liturgie en Français.
Aidez-nous à traduire les textes du latin dans votre langue sur : www.societaslaudis.org
Télécharger au format MS Word