Extrait quotidien de la Règle de Notre Bienheureux Père Saint Benoît, et son commentaire par le TRP Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes :
Caput 35 - DE SEPTIMANARIIS COQUINÆ (b) 35 - LES CUISINIERS DE SEMAINE (b)
Intrantes et exeuntes ebdomadarii in oratorio mox matutinis finitis dominica omnibus genibus provolvantur postulantes pro se orari. Egrediens autem de septimana dicat hunc versum : Benedictus es, Domine Deus, qui adiuvasti me et consolatus es me; quo dicto tertio accepta benedictione egrediens, subsequatur ingrediens et dicat : Deus in adiutorium meum intende, Domine ad adiuvandum me festina, et hoc idem tertio repetatur ab omnibus et accepta benedictione ingrediatur. Le dimanche, sitôt achevé l’office des laudes, ceux qui entrent en semaine et ceux qui en sortent se prosterneront aux genoux de tous dans l’oratoire, demandant qu’on prie pour eux. Celui qui sort de semaine dira le verset : « Tu es béni, Seigneur Dieu, toi qui m’as aidé et consolé. » Ce verset ayant été dit trois fois, le sortant recevra la bénédiction. Celui qui entre en semaine lui succédera en disant : « Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, hâte-toi de me secourir. » Cela sera aussi répété trois fois par tous et, après avoir reçu la bénédiction, le frère entrera en fonction.
Nous nous rappelons qu’au chapitre XXXl saint Benoît a confié les infirmes et les enfants à la sollicitude du cellérier ; nous nous souvenons aussi qu’au chapitre XXXlV la sainte Règle a voulu que ceux-là fussent l’objet de plus d’attentions qui en réclament davantage. Afin d’être bien compris et de fournir quelques précisions, N. B. Père, après avoir défini tes conditions du service de la cuisine, traite à part des soins que méritent les malades et les infirmes (chap. XXXVI), les vieillards et les enfants (chap. XXXVII). C’est une sorte de parenthèse ; lorsqu’elle sera fermée, saint Benoît reviendra à la question du réfectoire et des repas.
Ici encore, c’est une pensée de foi qui doit ordonner notre conduite. Le Seigneur, d’une façon générale, s’est auprès de nous subrogé au prochain, quel qu’il soit. Le prochain, c’est lui. Nous vivons avec l’Eucharistie ; ce n’est que Dieu que nous rencontrons, en nous et autour de nous. C’est Dieu toujours que nous servons, et c’est jusqu’à lui que monte notre tendresse. Tout ce que vous aurez fait à l’un de ces tout petits qui sont miens, c’est à moi que vous l’aurez fait (MATTH., XXV, 40). Ceci est plus particulièrement vrai de nos frères en religion et de leur personne consacrée ; et lorsqu’ils souffrent, ils ressemblent davantage encore à Notre Seigneur Jésus-Christ. On les servira donc tout comme lui-même, car il a dit : J’ai été malade et vous m’avez visité (MATTH., XXV, 36). C’est le profit. des infirmes : c’est le nôtre aussi. Et ne suffit-il pas de cette notion de foi pour donner abondance de paix et de joie à ceux que visite la maladie ou la langueur ; pour donner aussi de la délicatesse et du cœur à ceux qui les soignent ? C’est cette même pensée, plus encore qu’un sentiment de compassion naturelle, qui a provoqué l’insistance de N. B. Père : “ Avant tout et par-dessus tout, dit-il, on prendra soin des malades, et on les servira comme s’ils étaient vraiment le Christ . ” Nulle autre Règle n’avait fait preuve d’autant de sollicitude à l’égard des faibles et des souffrants.
En échange de ces attentions surnaturelles et empreintes de vénération, les malades essaieront de ressembler véritablement au Seigneur par leur humilité douce, leur abnégation et leur réserve. Ils se souviendront que de tels soins sont prodigués non à leur chétive personne, mais au Dieu qui se cache en eux. Ils se garderont de contrister par des exigences indiscrètes et des importunités sans frein, superfluitate sua, les frères qui s’emploient à leur service, sans doute, mais qui pourtant sont bien leurs frères et non des domestiques. Il est difficile de se sanctifier dans la maladie, dit l’auteur de l’Imitation : Pauci ex infirmitate meliorantur (Il, XXlll). .Nous devenons impatients, douillets, un peu sybarites. Le tempérament s’arme et, le diable aidant, la nature redevient insolente. L’habitude des exceptions et des régimes spéciaux atténue sournoisement le sens de l’observance monastique, et pratiquement l’on se persuade que la maladie dispense d’être moine. Une vive souffrance est peut-être moins redoutable à ce point de vue que le malaise perpétuel et ce qu’on appelle aujourd’hui l’état neurasthénique. Aux âmes tentées d’apporter au soin de leur santé une préoccupation excessive, toujours dolentes, toujours en quête de remèdes nouveaux, on pourrait conseiller la lecture attentive de certain chapitre du Chemin de la Perfection. “ Croyez-le, mes filles, disait sainte Thérèse, lorsque nous arrivons à dominer ces misérables corps, ils ne nous importunent plus autant. Assez d’autres s’occuperont de vos besoins ; pour vous, ne vous en souciez pas, à moins qu’il n’y ait nécessité manifeste. Si nous ne nous déterminons à accepter une bonne fois la mort et la perte de notre santé, nous ne ferons jamais rien . La correspondance de la sainte nous montre d’ailleurs jusqu’à quel point elle se préoccupait des santés et comment elle s’ingéniait pour procurer aux infirmes de petites gâteries. Un moine, même sérieusement malade, doit savoir renoncer aux remèdes extraordinaires et trop coûteux, aux cures périodiques dans les stations thermales ; et il n’implore jamais les secours de sa famille selon la chair.
Même si les malades se montrent exigeants, dit saint Benoît, il faut les supporter avec patience, puisque avec eux on acquiert une récompense plus abondante. Aussi bien, afin de ne fournir nul prétexte aux récriminations, afin surtout de réaliser pleinement ce que le Seigneur attend de notre charité, l’Abbé veillera avec un soin extrême à ce que les malades n’aient à souffrir d’aucune négligence, ni de la maladresse ou de l’impéritie de personne.
Les textes français proposés ont pour seul but une meilleure compréhension des textes latins. Ils ne doivent pas être utilisés dans la liturgie en Français.
Aidez-nous à traduire les textes du latin dans votre langue sur : www.societaslaudis.org
Télécharger au format MS Word